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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209677

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209677

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209677
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCHOUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2022 et le 9 juillet 2022, Mme B A, représentée par Mme F C, agissant en sa qualité de curateur de Mme A, et par Me Chouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler les deux arrêtés du 25 mai 2021 par lesquels la maire de Paris l'a placée en congé de maladie sans traitement du 25 mars 2020 au 24 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de se prononcer sur son aptitude à être titularisée, sans délai, à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle n'a pu bénéficier d'un aménagement de poste à compter de 2017 ;

- la Ville de Paris a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en s'abstenant de lui accorder un aménagement de poste et en pratiquant une discrimination liée à son état de santé ;

- elle a subi un préjudice financier, en raison des périodes où elle a été placée en congé de maladie sans traitement et de l'absence de sa titularisation, qui doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros ;

- elle a subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation sont tardives ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont en tout état de cause pas fondés ;

- la Ville de Paris n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les préjudices subis n'entretiennent pas de lien de causalité avec la faute imputée à la Ville de Paris.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée le 7 avril 2014 par la Ville de Paris en qualité d'auxiliaire de puériculture et de soins de 1ère classe stagiaire. Elle a été placée en congé de longue durée du 9 février 2015 au 7 mars 2017. Après avoir repris le service, elle a de nouveau été placée en congé de longue durée du 26 avril 2017 au 24 mars 2020. Elle a ensuite été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé du 25 mars 2020 au 11 avril 2021. Par deux arrêtés du 25 mai 2021, la maire de Paris, constatant que Mme A avait la qualité de fonctionnaire stagiaire, l'a placée en congé sans traitement du 25 mars 2020 au 24 septembre 2021. Le 25 septembre 2021, Mme A a été licenciée pour inaptitude. Mme A demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 25 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 1er février 2021, régulièrement publié au bulletin officiel de la Ville de Paris du 5 février 2021, la maire de Paris a donné à M. E D, chef du bureau maladies retraite invalidité, délégation à l'effet de signer les décisions pour les fonctionnaires et agents non titulaires en matière de congé de maladie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 relative à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : / [] 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement [] ". Aux termes de l'article 10 du décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire territorial stagiaire qui est inapte physiquement à reprendre ses fonctions à l'expiration des congés de maladie prévus au premier alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitée ou aux 3°, 4° et 9° du même article, [] est placé en congé sans traitement pour une durée maximale d'un an renouvelable une fois. ".

4. Mme A soutient que l'administration aurait dû la faire bénéficier d'aménagements de poste, proposés par des avis du médecin de prévention des 4 et 18 avril 2017, consistant en un changement d'affectation au sein d'une petite structure et un accompagnement en binôme dans l'accomplissement de ses tâches. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui avait repris le service le 7 mars 2017, a été placée en congé de maladie dès le 26 avril 2017 et ce jusqu'à son licenciement, de sorte que la Ville de Paris n'a pas été en mesure d'organiser un aménagement de son poste. Au demeurant, la circonstance que les aménagements de poste proposés auraient pu contribuer à la préservation de son état de santé est sans incidence sur son inaptitude physique constatée par l'administration à la date des décisions attaquées, à la suite d'un avis du comité médical du 12 avril 2021 la déclarant définitivement inapte à l'emploi et aux fonctions. La Ville de Paris était donc fondée à placer Mme A en congé sans traitement à raison de son inaptitude physique, à l'expiration de ses droits à congés de maladie le 25 mars 2020 et ce jusqu'au 24 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés attaqués, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en s'abstenant d'organiser un aménagement de son poste, la Ville de Paris n'a pas commis d'illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.

7. En deuxième lieu, si Mme A soutient avoir fait l'objet d'une discrimination liée à son état de santé en raison des consultations médicales exigées par son employeur à la suite de l'annonce de son handicap, elle n'apporte aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'une discrimination.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Mme F C, à Me Chouki et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Y. COZ

Le président,

C. FOUASSIER La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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