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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209741

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209741

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209741
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 27 avril 2022 et 18 avril 2024,

M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation du refus d'enregistrement, par le préfet de police, de sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la France est devenue responsable du traitement de sa demande d'asile faute d'avoir informé l'Etat requis de l'impossibilité de l'exécution du transfert en application de l'article 9 du règlement UE n°118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- il appartient à l'administration d'établir qu'elle l'avait informé des conséquences de ses absences sur la prorogation du délai de transfert ;

- il n'a pas pris la fuite de manière intentionnelle et systématique notamment en refusant de se soumettre à un test PCR de dépistage de la covid-19 à une date à laquelle l'administration ne démontre pas que ce dernier était nécessaire pour entrer en Allemagne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête comme irrecevable et subsidiairement à son rejet au fond.

Il soutient que la requête est irrecevable faute de nouvelle décision de transfert, le délai d'exécution de la décision initiale ayant simplement été prolongé et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

28 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Grossholz.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 7 juillet 1987 à Nangarhar, en Afghanistan dont il est un ressortissant, a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités allemandes le 5 novembre 2021. Il a demandé l'enregistrement de sa demande d'asile, qui lui a été refusé le 7 avril 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette dernière décision.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de police :

2. Contrairement à ce que soutient le préfet de police, la circonstance qu'aucune nouvelle décision de remise du requérant aux autorités allemandes ne serait intervenue, les délais d'exécution de celle du 5 novembre 2021 ayant seulement été prolongés, n'est pas de nature à entraîner l'irrecevabilité des conclusions présentées par le requérant, qui tendent à l'annulation du refus d'enregistrement, par le préfet de police, de sa demande d'asile. La fin de non-recevoir, qui n'est pas fondée, doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

3. Aux termes des dispositions du 2 de l'article 29 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'État membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un examen de dépistage RT-PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

4. M. A conteste pouvoir être regardé comme ayant pris la fuite pour avoir refusé, le 15 décembre 2021, de se soumettre à un test de dépistage de la covid-19 en vue de son voyage à destination de l'Allemagne le 17 décembre suivant, entraînant l'annulation de ce dernier, en l'absence de toute preuve par l'administration de la nécessité de le faire en vue d'entrer dans ce pays à cette date. Par suite, alors même qu'il a refusé de se soumettre à cette formalité, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait revêtu un caractère obligatoire, M. A est fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'une attestation de demande d'asile en procédure normale a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 29, paragraphe 2 du règlement (UE) du 26 juin 2013 et qu'elle doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de police ou tout préfet compétent enregistre la demande d'asile présentée par M. A en procédure normale. Il lui est enjoint, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins de mise en œuvre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sèze, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de police le versement à Me de Sèze de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police portant refus d'enregistrement, en procédure normale, de la demande d'asile présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet compétent de procéder à l'enregistrement, en procédure normale, de la demande d'asile présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me de Sèze une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me de Sèze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Sèze et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 mai 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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