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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209802

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209802

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209802
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET SELARL DI VIZIO LAW

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société MasterClass Santé, qui contestait la décision du 4 février 2022 de la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) lui retirant son enregistrement en qualité d'organisme de développement professionnel continu (ODPC). La société soutenait que la décision était entachée d'une erreur de fait, n'ayant pas commis de manœuvres frauduleuses. Le tribunal a jugé que le moyen n'était pas fondé, confirmant ainsi le retrait d'enregistrement prononcé sur le fondement des articles R. 4021-24 et R. 4021-25 du code de la santé publique.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une ordonnance du 26 avril 2022, enregistrée le 28 avril suivant au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société MasterClass Santé.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le

11 mars 2022, la société MasterClass Santé, représentée par Me Di Vizio (SELARL Barok Avocats), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 février 2022 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu a retiré son enregistrement n° 8750 en qualité d'organisme de développement professionnel continu ;

2°) de mettre à la charge de l'Agence nationale du développement professionnel continu la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas commis de manœuvres frauduleuses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen tiré de l'erreur de fait soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 14 septembre 2016 relatif aux critères d'enregistrement des organismes ou structures qui souhaitent présenter des actions de développement professionnel continu auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu et à la composition du dossier de présentation des actions ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, juriste, représentant l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Considérant ce qui suit :

1. La société MasterClass Santé a été enregistrée comme organisme de développement professionnel continu (ODPC) auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu (l'ANDPC) à compter du 24 juillet 2018. Elle dispensait à ce titre des formations dématérialisées aux professionnels de santé. Par une décision du 4 février 2022, la directrice générale de l'ANDPC a retiré son enregistrement en qualité d'ODPC au motif qu'elle avait commis des manœuvres frauduleuses, en l'occurrence de fausses facturations concernant deux actions de formation, afin de bénéficier indûment d'une prise en charge. Par la présente requête, la société MasterClass Santé demande l'annulation de cette décision.

2. D'une part, en vertu de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu comportant des actions de formation continue, d'analyse, d'évaluation et d'amélioration de ses pratiques et de gestion des risques. L'engagement dans une démarche d'accréditation vaut engagement dans une démarche de développement professionnel continu ". Aux termes de l'article L. 4021-6 de ce code : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. Elle exerce le contrôle de ce dispositif. A cette fin, elle peut se faire communiquer toute pièce nécessaire à ce contrôle. Ce contrôle est mis en œuvre sans préjudice du contrôle prévu à la seconde phrase de l'article L. 4021-5 ". Aux termes de l'article L. 4021-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités selon lesquelles : () 4° Des sanctions à caractère financier ou administratif peuvent être prises en cas de manquements constatés dans la mise en œuvre des actions et des programmes ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 4021-24 de ce même code : " Tout organisme ou structure qui souhaite présenter des actions de développement professionnel continu s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 dépose une demande d'enregistrement auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu. L'agence procède à l'enregistrement si l'organisme ou la structure satisfait à des critères, fixés par arrêté du ministre chargé de la santé, relatifs à sa capacité à proposer des actions de développement professionnel continu et à son indépendance à l'égard des entreprises fabriquant ou distribuant des produits de santé. () ". Aux termes de l'article R. 4021-25 : " I.-L'organisme ou la structure enregistré en application de l'article R. 4021-24 peut proposer des actions de développement professionnel continu, présentées sous forme dématérialisée conformément au modèle défini par un arrêté du ministre chargé de la santé. () III.- Les sanctions d'une évaluation défavorable ou d'un contrôle qui laisse apparaître un manquement dans l'exécution de l'action sont : () 3° Le retrait de l'enregistrement de l'organisme ou de la structure concernée en cas de fausse déclaration ou de manœuvre frauduleuse. La sanction est prononcée par le directeur général de l'agence. () La prise en charge des frais pédagogiques exposés peut être refusée ou, le cas échéant, leur remboursement exigé ".

4. Enfin, le guide des règles de prise en charge des actions de DPC destiné aux organismes de DPC publié par l'ANDPC prévoit, s'agissant des demandes de paiement des sessions dites " demandes de solde ", que ces demandes " peuvent être effectuées pour toutes les sessions terminées dès le lendemain de leur clôture. Les ODPC doivent désinscrire les participants n'ayant pas suivi la session avant d'adresser la demande de solde à l'Agence nationale du DPC. Pour bénéficier d'une prise en charge, la session : doit être intégralement suivie (réunion et/ou activité non présentielle). Tout participant n'ayant pas suivi l'intégralité de la session (réunion et/ou activité non présentielle) n'est pas pris en charge par l'Agence nationale du DPC ; doit respecter les volumes horaires déclarés au moment du dépôt de l'action ainsi que la période indiquée (date de début et date de fin de la session) ". En outre, en vertu du guide des règles de prise en charge des actions de DPC destiné aux professionnels de santé : " Pour bénéficier d'une prise en charge : 1. Le professionnel doit continuer à être éligible au financement de l'Agence au jour de démarrage de la session à laquelle il s'est inscrit (). 2. Le professionnel doit suivre la session dans son intégralité (réunion et/ou activité non présentielle), respecter les volumes horaires déclarés ainsi que la période indiquée (date de début et date de fin de la session) par l'organisme de DPC. Aucune prise en charge n'est assurée pour un participant qui aurait démarré la session avant la date de début déposée sur le site de l'Agence ni ne l'aurait terminé après sa date de fin ".

5. Pour prononcer la sanction de retrait de l'enregistrement de la société MasterClass Santé comme ODPC sur le fondement des dispositions rappelées au point 3 du présent jugement, l'ANDPC a relevé que la société avait transmis de fausses déclarations concernant les demandes de solde des sessions 3 et 4 de l'action de formation intitulée " Contraception féminine : mieux comprendre pour mieux prescrire ", qui se sont déroulées respectivement entre le 22 mai et

le 22 juin 2021 et entre le 15 juin et le 15 juillet 2021, dans la mesure où quatorze professionnels déclarés parmi les participants à cette action de formation, pour lesquels des attestations de traçabilité des données de connexion avaient été produites, ont en réalité confirmé ne pas avoir suivie cette action de formation, ne pas l'avoir suivie entièrement ou l'avoir suivie postérieurement aux périodes programmées.

6. Il ressort des pièces versées au dossier qu'au soutien de sa demande de solde des sessions 3 et 4 de l'action de formation en cause, la société MasterClass Santé a transmis à l'ANDPC des attestations de " traçabilité " mentionnant les dates de début et de fin de connexion ainsi que la durée totale de connexion, pour chacun des trente-et-un professionnels de santé ayant participé à la session 3 et des quinze professionnels ayant participé à la session 4 de l'action de formation litigieuse. Or, au cours de l'enquête mise en œuvre par l'ANDPC à la suite du signalement d'un médecin qui avait déclaré ne pas avoir suivi la formation en cause, quatorze professionnels interrogés ont déclaré soit ne pas avoir suivi la formation soit ne pas l'avoir suivie intégralement ou l'avoir suivie postérieurement aux dates des sessions programmées, pour la plupart après que la société a été informée de l'enquête diligentée à son encontre. La société requérante n'apporte aucun élément probant permettant d'expliquer les incohérences entre les données de connexion précises qu'elle avait renseignées pour chacun de ces professionnels de santé et les déclarations recueillies au cours de l'enquête dont il ressort que ces professionnels ne remplissaient en réalité pas les conditions de la prise en charge rappelées au point 4 du présent jugement. En particulier, si la société soutient qu'elle a bien transmis les liens de connexion aux professionnels concernés et qu'il leur appartenait de suivre la formation après s'être connectés, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier les dates et les durées de connexion relevées par elle et transmises à l'ANDPC qui sont contredites par les déclarations des professionnels concernés. De même, si la société fait état d'un dysfonctionnement informatique, constaté par un expert-comptable, qui aurait affecté les données relevées pour la session 3, l'attestation produite porte sur la seconde demande de prise en charge adressée à l'ANDPC au mois de

novembre 2021 dans le cadre de la procédure contradictoire. Ainsi, ce dysfonctionnement informatique, qui n'est au demeurant aucunement précisé, ne permet, en tout état de cause, pas d'expliquer l'incohérence entre les données de connexion erronées pour quatorze professionnels qui avaient été transmises par la société au soutien de sa demande de solde. Dans ces conditions, la société MasterClass Santé n'est pas fondée à soutenir que l'ANDPC a commis une erreur de fait ou, en tout état de cause, une erreur d'appréciation à supposer qu'elle ait entendu soulever ce moyen, en retenant qu'elle a commis des manœuvres frauduleuses en produisant de fausses facturations afin de bénéficier indûment d'une prise en charge.

7. Il résulte de ce qui précède que la société MasterClass Santé n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice générale de l'ANDPC du 4 février 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société MasterClass Santé est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MasterClass Santé et à l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANNLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne aux ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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