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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209887

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209887

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209887
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantPOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 avril 2022, le 26 février 2024 et le 4 avril 2024, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 51 bis rue de Miromesnil (75008), représenté par Me Pouillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la ville de Paris à lui verser une somme totale de 460 954 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 8 063, 95 euros en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 160 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'expert a retenu la responsabilité pleine et entière de la ville de Paris ;

- il a subi un préjudice de perte de jouissance des caves en sous-sol à hauteur de 443 196 euros couvrant la période de 2009 à 2022 ;

- il a subi un préjudice à hauteur de 15 000 euros au titre des diligences accomplies par la gardienne afin de remédier aux désordres dans l'immeuble ;

- il a dû supporter les frais d'honoraires du géomètre-expert à hauteur de 598 euros, les honoraires d'avocat à hauteur de 2 160 euros et les frais d'expertise à hauteur de 8 063,95 euros ;

- le chiffrage de son préjudice est justifié.

Par un mémoire enregistré le 18 mars 2024, la ville de Paris conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction et au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la réalisation des travaux prescrits par l'expert judiciaire dès lors qu'ils ont été réalisés à l'été 2022 ;

- elle a proposé une indemnisation à titre amiable d'un montant de 11 561 euros ;

- le chiffrage du préjudice devant la juridiction n'est pas établi.

Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été reportée au

17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélard,

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pouillet, représentant le syndicat requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat des copropriétaires du 51 bis rue de Miromesnil a subi de fréquentes montées en charge de l'eau de ruissellement de voirie dans le porche d'entrée et les sous-sols de l'immeuble en période d'épisodes pluvieux. Par une ordonnance du 12 juin 2012, une expertise a été ordonnée. Dans un rapport du 22 novembre 2013, l'expert conclut que l'origine des désordres était imputable à la ville de Paris du fait de l'insuffisance du système public d'évacuation des eaux pluviales. Malgré les travaux réalisés par la ville de Paris, les désordres ont persisté. Une expertise a été ordonnée le 12 février 2019. Dans son rapport du 23 mars 2020, l'expert conclut que l'origine des désordres était imputable à la ville de Paris du fait de l'insuffisance du système public d'évacuation des eaux pluviales. Par un courrier du 22 mars 2022, le syndicat a demandé à la ville de Paris de procéder aux travaux préconisés par l'expert et de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis. Les travaux préconisés par l'expert ont été réalisés à l'été 2022. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la ville de Paris à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation

En ce qui concerne la responsabilité

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Les tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise du 22 novembre 2013 et du 23 mars 2020, que l'immeuble sis 51 bis, avenue Miromesnil a subi des inondations lors de fortes pluies depuis l'été 2009. Ces inondations trouvaient leur cause dans une insuffisance du réseau public d'évacuation des eaux pluviales. Les travaux entrepris par la ville de Paris en 2014, à la suite de préconisations du rapport d'expertise du 22 novembre 2013, permettant le doublement de la capacité d'engouffrement de l'avaloir situé au carrefour de la rue Miromesnil et du boulevard Hausman, n'ont pas permis de mettre fin aux désordres. La création d'une double bouche d'égout, achevée le 19 août 2022, a mis fin à ces désordres. Ainsi, le syndicat requérant est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il a subis du fait des dommages causés par le réseau d'assainissement dysfonctionnel entre l'été 2009 et le 19 août 2022.

En ce qui concerne les préjudices

4. Le syndicat requérant soutient avoir subi un préjudice financier de 17 758 euros. Toutefois, le préjudice financier de 15 000 euros au titre des diligences accomplies par la gardienne de l'immeuble lors des inondations, notamment celles d'éponger, de nettoyer les sols et de répondre aux mécontentements des occupants, n'est établi par aucune pièce. En outre, le syndicat requérant n'est pas fondé à demander l'indemnisation des frais exposés et non compris dans les dépens au cours de la procédure devant le juge des référés, laquelle est distincte de la présente instance. Ainsi, il sera fait une exacte appréciation du préjudice financier subi en lui attribuant la somme de 598 euros, correspondant aux honoraires du géomètre expert intervenu les 23 et 28 septembre 2010.

5. Le syndicat de copropriété soutient qu'il a subi un préjudice de jouissance des sous-sols de l'immeuble dès lors que les habitants ne pouvaient pas utiliser leurs caves et réserves pour y stocker des objets de valeur et qu'elles étaient devenues dangereuses en cas d'inondation compte tenu de la présence d'un transformateur électrique. Pour évaluer ce préjudice à hauteur de 443 193 euros, le syndicat de copropriété se fonde la valeur locative mensuelle d'une cave à Paris. Toutefois, le préjudice de jouissance d'un bien immobilier ne se confond pas avec le préjudice financier tiré de l'impossibilité de le louer et ne peut être apprécié au regard de la valeur locative. Ainsi, dans la mesure où les habitants de l'immeuble ont été partiellement privés de l'usage normal de leurs caves et réserves de 2009 à 2022 et compte tenu de la superficie totale de près 265 m2 des espaces concernés, il sera fait une juste appréciation du préjudice de jouissance subi à ce titre en lui attribuant une somme de 6 500 euros.

Sur les frais d'expertise

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

7. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 8 063,95 euros, doivent être mis à la charge définitive de la ville de Paris.

Sur les frais d'instance

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. "

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 51 bis rue de Miromesnil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La ville de Paris versera au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 51 bis rue de Miromesnil une somme de 7 098 euros au titre des préjudices subis.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise sont mis à la charge de la ville de Paris à hauteur de 8 063,95 euros.

Article 3 : La ville de Paris versera à une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 51 bis rue de Miromesnil et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le rapporteur,

R. Hélard

Le président,

F. Ho Si Fat

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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02/04/2026

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