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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209978

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209978

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209978
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantPINTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme B A C, représentée par Me Pinto, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de l'université Paris Panthéon-Assas a prononcé son licenciement au terme de la période d'essai ;

2°) d'enjoindre à l'université Paris Panthéon-Assas de poursuivre le contrat illégalement rompu, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'université Paris Panthéon-Assas à lui verser l'intégralité des salaires qu'elle aurait dû percevoir si elle n'avait pas été licenciée ;

3°) de mettre à la charge de l'université Paris Panthéon-Assas une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision de licenciement est entachée de vices de procédure dès lors qu'aucun délai de prévenance n'a été respecté et qu'elle n'a pas été convoquée à un entretien préalable au licenciement ;

- la décision de licenciement n'a pas été motivée ;

- la décision de licenciement a été prise au motif qu'elle était enceinte ;

- la décision de licenciement méconnaît les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, l'université Paris Panthéon-Assas conclut au rejet de la requête.

L'université Paris Panthéon-Assas soutient que :

- la requérante demande formellement l'annulation d'une attestation du 16 décembre 2021 et non la décision du 10 décembre 2021 qui prononce effectivement son licenciement, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation sont mal dirigées et sont donc irrecevables ;

- les conclusions aux fins d'annulation sont tardives ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable et qu'elles ne sont pas chiffrées ;

- les moyens invoqués par Mme A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maréchal, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a été recrutée par l'université Paris Panthéon-Assas, pour exercer les fonctions de gestionnaire de scolarité au sein de la direction des études et de la formation, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 19 octobre 2021 au 31 août 2022, assorti d'une période d'essai d'un mois renouvelable une fois. Le 16 novembre 2021, le président de l'université Paris Panthéon-Assas a renouvelé la période d'essai de l'intéressée. Le 10 décembre 2021, il a prononcé son licenciement au terme de la période d'essai. Mme A C demande l'annulation de cette décision, et sollicite la poursuite de son contrat ainsi que la condamnation de l'université à lui verser les salaires qu'elle aurait dû percevoir si elle n'avait pas été licenciée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction applicable au litige : " () / Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. / Aucune durée de préavis n'est requise lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient en cours ou à l'expiration d'une période d'essai. / Le licenciement au cours d'une période d'essai doit être motivé. / Le licenciement au cours ou à l'expiration d'une période d'essai ne donne pas lieu au versement de l'indemnité prévue au titre XII ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la période d'essai de Mme C courait jusqu'au 18 décembre 2021. En mettant fin au contrat à cette date, le président de l'université a prononcé un licenciement à l'expiration de la période d'essai.

4. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier, notamment de la copie d'écran de l'agenda de la supérieure hiérarchique de Mme A C, qui comporte un rendez-vous avec elle le 9 décembre 2021 à 16h30 ayant comme objet sa fin de période d'essai, mais également du courriel du 13 décembre 2021 adressé par le directeur des ressources humaines à l'intéressée et qui rappelle le contenu de cet entretien du 9 décembre, que la décision attaquée est bien intervenue à l'issue d'un entretien préalable. Par ailleurs, aucune disposition, et notamment pas l'article 9 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 cité au point 2, n'imposait à l'université Paris Panthéon-Assas en sa qualité d'employeur public de respecter un certain formalisme ou des obligations particulières quant au déroulement de cet entretien préalable. Par suite, le moyen tiré de ce que la requérante n'aurait pas été convoquée à un entretien doit être écarté.

5. De même, il résulte des dispositions citées au point 2 qu'aucune durée de préavis n'est exigée lorsque la décision de mettre fin au contrat intervient en cours ou à l'expiration d'une période d'essai. Dès lors, le moyen tiré de ce que " aucun délai de prévenance n'a été respecté " doit être écarté.

6. Enfin, le licenciement d'un agent public contractuel au terme de la période d'essai contractuellement prévue n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en vertu des dispositions citées au point 2 ou en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable aux agents contractuels en vertu du II de l'article 32 de cette même loi, alors en vigueur : " () / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de () leur situation de famille ou de grossesse () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des deux évaluations réalisées au cours des deux mois durant lesquels elle a exercé ses fonctions, que Mme A C n'a pas atteint ses objectifs, que lui était reconnu un manque de rigueur et d'investissement, et qu'aucun des six critères sur la base desquelles elle était évaluée n'a pu être noté comme satisfaisant. L'université produit en outre des échanges de courriels démontrant que Mme A C a pu, faute de maîtriser les procédures, induire en erreur des étudiants qui l'interrogeaient, notamment sur le choix de matières. La requérante soutient en se fondant sur la chronologie des évènements qu'elle a été licenciée au motif qu'elle était enceinte. Toutefois, elle n'apporte au soutien de ses allégations aucune pièce ni aucun élément probant de nature à établir que son licenciement aurait eu pour cause son état de grossesse et qu'elle aurait fait l'objet d'une discrimination. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de licenciement aurait en réalité été prise au motif de sa grossesse doit, dans ces conditions, être écarté.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point précédent, la décision attaquée n'ayant pas été prise au motif que la requérante était enceinte, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'université Paris Panthéon-Assas, Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision prononçant son licenciement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

12. Compte tenu de ce que l'université Paris Panthéon-Assas n'a commis aucune illégalité fautive. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposées en défense, les conclusions aux fins de condamnation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Paris Panthéon-Assas, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, à Me Pinto et à l'université Paris Panthéon-Assas.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Lamarche, première conseillère,

M. Maréchal, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. MaréchalLe président,

F. Ho Si FatLa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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