mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210132 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai et 24 août 2022, Mme C, représentée par Me de Seze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
-le préfet de police a méconnu l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 ;
-la décision de prolongation du délai de transfert prise par le préfet de police est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la mesure de transfert et de placement en procédure Dublin qui est entachée d'irrégularité ;
-la décision méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
-elle n'a été absente qu'à un seul rendez-vous, ce qui ne suffit pas à caractériser la fuite ;
-le préfet de police n'établit pas qu'à la date du vol vers l'Espagne, cet Etat exigeait effectivement qu'un test PCR soit réalisé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 juillet et 25 août 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
-le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dousset,
- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 29 janvier 1993 à Issia, a sollicité l'asile en France le 12 octobre 2021 pour sa fille mineure et elle-même et a été placée en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 7 décembre 2021, le préfet de police a prononcé son transfert aux autorités espagnoles en charge de l'examen de sa demande d'asile. Mme A n'a pas exécuté cet arrêté et s'est présentée au guichet de la préfecture de police le 3 mai 2022 afin que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale. Elle demande l'annulation de la décision de refus qui lui a été opposée.
2. En premier lieu, aux termes du deuxième paragraphe de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. ".
3. Il ressort des éléments produits par le préfet de police, et notamment de l'accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie " Dublinet ", que les autorités espagnoles ont été avisées, le 27 avril 2022 à 14h52, de la prolongation jusqu'au 2 mai 2023 du délai de transfert de Mme A, dont les références personnelles figurent dans l'objet du message. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 doit, dès lors, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2016, le transfert du demandeur vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". Il résulte clairement de ces dispositions que le transfert vers l'État membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un examen de dépistage RT-PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.
5. Mme A soutient que c'est à tort qu'elle a été placée en fuite dès lors qu'elle a respecté l'ensemble de ses obligations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a refusé de réaliser, le 26 avril 2022, un test PCR nécessaire à son embarquement vers l'Espagne prévu le 28 avril 2022, alors qu'elle avait été informée des conséquences d'un tel refus, et elle ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test. Mme A soutient que le préfet de police n'établit pas qu'à la date de son transfert programmé, les voyageurs souhaitant entrer en Espagne étaient tenus de produire un résultat négatif d'un test PCR. Toutefois, le préfet de police produit une page d'un site internet qui confirme la nécessité d'un test PCR négatif pour entrer en Espagne à la période des faits et Mme A, qui n'a pas répliqué à la production de cette pièce, ne verse au dossier aucun document démontrant le contraire. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme s'étant volontairement et intentionnellement soustraite à la mesure de transfert vers l'Espagne et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
7. La décision attaquée n'a pas pour base légale l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de police a prononcé le transfert de Mme A aux autorités espagnoles. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer l'illégalité de cette dernière décision à l'appui de la contestation de la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.
8. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Mme A se prévaut de la présence en France de sa fille mineure. Toutefois, la décision attaquée n'a pas pour conséquence de la séparer de cette dernière. En outre, si Mme A soutient que le père de son enfant réside en France et qu'il bénéficiait, à la date de la décision attaquée, du droit au maintien sur le territoire national, sa demande d'asile ayant été enregistrée en procédure accélérée, elle ne produit, en tout état de cause, aucune pièce permettant de démontrer qu'il participerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ni même qu'il entretiendrait une relation avec elle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions de Mme A à fin d'annulation de la décision du préfet de police du 3 mai 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me de Seze et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3
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01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
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01/04/2026