LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210242

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210242

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210242
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCHAPELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022 sous le n° 2210242, et un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Chapelle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris par laquelle il a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 7 mars 2022 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Paris la Santé l'ayant condamné à une sanction de quatorze jours de cellule disciplinaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure dès lors, en premier lieu, que le compte-rendu d'incident a été établi irrégulièrement, faute de l'avoir été à bref délai, faute de mention de l'identité de son rédacteur et faute d'avoir été rédigé par l'agent qui était présent, en deuxième lieu, que l'auteur de la décision de poursuite n'avait pas de délégation régulière pour signer une telle décision, la délégation n'étant notamment pas signée, en troisième lieu, que le rapport d'enquête est insuffisamment motivé, en quatrième lieu, qu'il a été porté atteinte à ses droits de la défense faute d'accès aux pièces de la procédure disciplinaire au moins 24 heures avant la tenue de la commission de discipline, en cinquième lieu, que la commission de discipline était irrégulièrement composée, faute de désignation régulière des deux assesseurs et de la présidente, de justification que l'assesseur interne n'était pas l'auteur du compte-rendu d'intervention ou du rapport d'enquête et de publication de la liste des assesseurs dans les locaux de la commission de discipline, en sixième lieu, que la procédure disciplinaire est incompatible avec les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison, d'une part, du cumul des fonctions de poursuite, d'instruction et de sanction entre les mains du chef d'établissement et, d'autre part, du caractère non-suspensif du recours administratif préalable obligatoire et, en septième lieu, que la présidente de la commission de discipline a fait preuve d'animosité vis-à-vis de lui et donc de partialité ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que l'une des fautes qui lui sont reproché n'est pas établie et que l'autre n'était pas intentionnelle et, d'autre part, que la sanction prononcée n'était pas adaptée à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens du requérant n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 décembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 juin 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 5 mai 2022 sous le n° 2210243, et un mémoire, enregistré le 15 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Chapelle, conclut aux mêmes fins que sous le n° 2210242.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de vices de forme et de procédure dès lors, en premier lieu, que le compte-rendu d'incident a été établi irrégulièrement, faute de l'avoir été à bref délai, faute de mention de l'identité de son rédacteur et faute d'avoir été rédigé par l'agent qui était présent, en deuxième lieu, que l'auteur de la décision de poursuite n'avait pas de délégation régulière pour signer une telle décision, la délégation n'étant notamment pas signée, en troisième lieu, que la commission de discipline était irrégulièrement composée, faute de désignation régulière des deux assesseurs et de la présidente, de justification que l'assesseur interne n'était pas l'auteur du compte-rendu d'intervention ou du rapport d'enquête et de publication de la liste des assesseurs dans les locaux de la commission de discipline, en quatrième lieu, que la procédure disciplinaire est incompatible avec les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison, d'une part, du cumul des fonctions de poursuite, d'instruction et de sanction entre les mains du chef d'établissement et, d'autre part, du caractère non-suspensif du recours administratif préalable obligatoire, en cinquième lieu, que la présidente de la commission de discipline a fait preuve d'animosité vis-à-vis de lui et donc de partialité et, en sixième lieu, que la décision de la commission de discipline est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que les fautes qui lui sont reprochées n'étaient pas intentionnelles et, d'autre part, que la sanction prononcée n'était pas adaptée à sa situation personnelle, et d'une erreur de droit dès lors qu'un même comportement a caractérisé deux fautes disciplinaires distinctes ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que sous le n° 2210242.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 13 mai 2013 portant autorisation unique de mise en œuvre de traitements de données à caractère personnel relatifs à la vidéoprotection au sein des locaux et des établissements de l'administration pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fragonas, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées ci-dessus présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B a été écroué le 19 décembre 2021 au centre pénitentiaire de Paris la Santé. Il a fait l'objet de compte-rendus d'incident pour s'être jeté, le 22 février 2022, dans le filet de protection de la rue haute de l'établissement et pour avoir, le 2 mars 2022, bousculé un surveillant pénitentiaire et bloqué la fermeture de sa porte de cellule. Par deux décisions du 7 mars 2022, la commission de discipline a estimé qu'il avait commis ce faisant des fautes au regard du 14° de l'article R. 57-7-1 et du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, dans la première procédure correspondant à l'instance n° 2210243, et au regard du 1° de l'article R. 57-7-1 et du 1° de l'article R. 57-7-2, dans la seconde procédure correspondant à l'instance n° 2210242. Elle lui a infligé pour cela une sanction de mise en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours, commune aux deux procédures. Par des courriers du 21 mars 2022, l'intéressé a formé des recours administratifs préalables obligatoires sur le fondement de l'article R. 57-7-32 du même code devant le directeur interrégional des services pénitentiaire de Paris, qui les a rejetés par deux décisions du 25 avril 2022. M. B en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n° 2210242 par une décision du 24 juin 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans cette instance.

4. En revanche, M. B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle dans l'instance n°2210243. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

En ce qui concerne le caractère fautif des faits en cause :

6. Aux termes de l'article R. 57-7 du code de procédure pénale, alors applicable : " Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues aux articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3, en trois degrés. " Aux termes de l'article R. 57-7-1 du même code " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel () / 14° De franchir ou tenter de franchir les grillages, barrières, murs d'enceinte et tous autres dispositifs anti-franchissement de l'établissement, d'accéder ou tenter d'accéder aux façades et aux toits de l'établissement ainsi qu'aux chemins de ronde, aux zones neutres et aux zones interdites visées par le règlement intérieur ou instruction particulière arrêtée par le chef d'établissement () " Aux termes de l'article R. 57-7-2 du code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement () "

S'agissant des faits du 22 février 2022 :

7. Il ressort des pièces du dossier que, dans la procédure correspondant à la requête n° 2201243, l'autorité administrative a estimé que M. B avait commis des fautes au regard du 14° de l'article R. 57-7-1 et du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, le 22 février 2022, pour s'être jeté dans le vide par-dessus la rambarde d'une coursive en étage, ce qui l'a fait atterrir dans le filet de protection de la rue haute. Le requérant soutient d'abord, sans être contredit, qu'il suivait à l'époque des faits un traitement, prescrit par un médecin psychiatre, consistant en la prise de deux médicaments destinés à apaiser ses angoisses et à l'aider à dormir et revenait, au moment des faits, de l'unité sanitaire, où il avait consulté un psychiatre. Il a par ailleurs indiqué, dans le compte-rendu d'incident ayant été établi à la suite de son geste, qu'il s'était jeté dans le vide car il " n'avai[t] pas les idées claires ". Malgré ces déclarations, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait alors pris des mesures pour apprécier le risque suicidaire présenté par l'intéressé et, le cas échéant, y remédier. Les propos de M. B ont été réaffirmés au cours de son audition du 7 mars 2022 par la commission de discipline, durant laquelle il a indiqué qu'il " voulai[t] [s]e suicider " et conserver l'intention de le faire et de " [s]e casser les dents au sol ". Par ailleurs, alors qu'ils étaient susceptibles de renseigner sur l'état de santé de l'intéressé, les " écrits professionnels " qui avaient été présentés devant la commission de discipline n'ont pas été portés à la connaissance du tribunal par le garde des sceaux, ministre de la justice. Il ressort enfin des pièces du dossier que si la délibération de la commission de discipline n'a pas tenu compte de l'intention qui était celle de l'intéressé lorsqu'il s'est jeté dans le vide, la présidente de la commission a tout de même décidé, cinq minutes après la notification de la délibération à l'intéressé, de le placer aussitôt en cellule de protection d'urgence, avant l'exécution de la sanction disciplinaire prononcée à son encontre, en raison du " risque auto-agressif " qu'il présentait, qualifié dans la décision de placement de " grave et immédiat ". Eu égard à tout ce qui précède, et en l'absence de tout élément communiqué par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur l'évaluation par ses services du risque suicidaire de l'intéressé durant cette période, M. B est fondé à soutenir qu'en qualifiant le caractère fautif du comportement qu'il a adopté le 22 février 2022 sans tenir compte de l'intention ayant présidé à son geste, l'autorité administrative a entaché la première décision du 25 avril 2022 d'une erreur d'appréciation.

S'agissant des faits du 2 mars 2022 :

8. Il ressort des pièces du dossier que, dans la procédure correspondant à la requête n° 2201242, l'autorité administrative a estimé que M. B avait commis des fautes au regard du 1° de l'article R. 57-7-1 et du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, le 2 mars 2022, en ayant bousculé un surveillant pour tenter de sortir de sa cellule et en ayant fait obstacle à la fermeture par celui-ci de la porte de la cellule.

9. En premier lieu, il ressort d'abord du rapport d'enquête établi à la suite de ces faits que le requérant avait reconnu lui-même avoir bloqué la porte de la cellule avec son pied alors que le surveillant essayait de la refermer. L'intéressé doit ce faisant être regardé comme ayant refusé d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement, en méconnaissance du 1° de l'article R. 57-7-2, ce qui caractérise une faute du deuxième degré.

10. En second lieu, si la décision attaquée retient en outre que l'intéressé a bousculé le surveillant pénitentiaire qui se tenait devant sa porte, M. B a en revanche contesté la matérialité de ces faits tant dans sa déclaration reproduite dans le rapport d'enquête qu'au cours de son audition par la commission de discipline. Il ressort des pièces du dossier que les membres de la commission de discipline ont adopté leur délibération après avoir visionné, en présence de l'intéressé et de son conseil, les bandes de vidéosurveillance ayant enregistré l'échange entre le détenu et le surveillant. Il ressort également des pièces du dossier que le conseil de M. B a déclaré, au cours de la séance de la commission de discipline, que les bandes ne permettaient pas de voir un " geste clair " de sa part en direction du surveillant pénitentiaire. Le garde des sceaux, ministre de la justice, à qui une copie de ces enregistrements a été demandée par le biais d'une mesure d'instruction le 29 novembre 2023, réitérée le 18 décembre 2023, ne les a pas portés à la connaissance du tribunal et n'a fait état d'aucune circonstance qui l'aurait placé dans l'impossibilité de le faire. Dans ces conditions, c'est à tort qu'il a estimé que l'intéressé avait repoussé brutalement le surveillant se tenant dans l'embrasure de la porte et commis, de ce fait, la faute de premier degré mentionnée au 1° de l'article R. 57-7-1. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée du 22 février 2022 est entachée d'une erreur de fait en tant qu'elle a regardé les faits en cause comme étant matériellement établis.

En ce qui concerne la proportionnalité de la sanction :

11. En vertu de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale, l'échelle des sanctions applicables aux personnes détenues comprend huit niveaux, correspondant à ses 1° à 8°, allant de l'avertissement pour les fautes les plus légères à la mise en cellule disciplinaire pour les plus lourdes. En vertu de l'article R. 57-7-49 du même code, les sanctions prononcées doivent être " proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur ". Aux termes de l'article R. 57-7-41 : " Lorsque la commission de discipline est amenée à se prononcer le même jour sur plusieurs fautes commises par une personne détenue (), les durées des sanctions prononcées se cumulent. Toutefois, lorsque les sanctions sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu pour la faute la plus grave () ".

12. Aux termes de l'article R. 57-7-43 du code : " La mise en cellule disciplinaire () consiste dans le placement de la personne détenue dans une cellule aménagée à cet effet et qu'elle doit occuper seule ". Aux termes de l'article R. 57-7-44 : " La sanction de cellule disciplinaire emporte pendant toute sa durée la suspension de la faculté d'effectuer en cantine tout achat autre que l'achat de produits d'hygiène, du nécessaire de correspondance () de tabac ainsi que la suspension de l'accès aux activités, sous réserve des dispositions de l'article R. 57-7-45 ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-47 : " () la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la sanction de quatorze jours de mise en cellule disciplinaire a été prononcée à l'encontre de M. B de manière commune aux deux procédures disciplinaires ouvertes contre lui. Il résulte néanmoins de ce qui a été dit aux points 7 et 10, d'une part, que l'appréciation de la faute commise le 22 avril 2022 est entachée d'erreur et, d'autre part, que le fait d'avoir le 2 mars 2022 bousculé un surveillant pénitentiaire n'était pas matériellement établi. Il en résulte que ces différents faits ne permettaient pas de prononcer une sanction à l'encontre de M. B. Il en va autrement du fait d'avoir le 2 mars 2022 bloqué quelques instants la fermeture de la porte de sa cellule en méconnaissance d'une instruction reçue d'un membre du personnel pénitentiaire. Toutefois, au regard de ce seul fait, la sanction de mise en cellule disciplinaire, qui constitue la plus lourde de l'échelle des sanctions, et de surcroît pour une durée de quatorze jours, particulièrement longue au regard de la durée maximale encourue, présentait un caractère disproportionné. M. B est donc fondé à soutenir que l'autorité administrative a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en lui infligeant une sanction sans rapport avec la gravité des faits qu'il avait commis.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 25 avril 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions du 25 avril 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris sont annulées.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2210242-2210243/6-1

Décisions similaires

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.

27/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.

20/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.

20/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.

20/03/2026

← Retour aux décisions