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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210451

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210451

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210451
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 mai 2022, le 6 novembre 2023, le 15 décembre 2023 et le 25 janvier 2024, M. B C, représenté par la SCP CRTD et Associés, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier national d'ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance à lui verser la somme de 87 387,76 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de condamner solidairement le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance aux entiers dépens de l'instance ;

3°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine ;

4°) de mettre à la charge solidairement du CHNO des Quinze-Vingts et de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le CHNO des Quinze-Vingts a commis des fautes, tenant à un défaut de prise en charge de son endophtalmie et à un défaut d'information, de nature à engager sa responsabilité ;

- la faute tenant au défaut de prise en charge porte en elle l'intégralité du dommage et ouvre droit à réparation intégrale ; il est fondé à obtenir les sommes de 31,66 euros au titre des dépenses de santé actuelles, de 948,60 euros au titre des frais divers, de 907,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 10 000 euros au titre des souffrances endurées, de 45 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent et de 10 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 novembre 2023 et le 4 janvier 2024, le centre hospitalier national d'ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par Me Boileau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, à ce que la partie perdante soit condamné aux entiers dépens de l'instance et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné une contre-expertise médicale et à ce que les dépens de l'instance soient réservés et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que les conclusions du requérant et de la CPAM des Hauts-de-Seine soient ramenées à de plus justes proportions et à ce que les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées.

Ils font valoir que :

- il n'existe pas de lien de causalité entre les manquements et le dommage allégué ;

- à supposer qu'il faille fixer une perte de chance, elle devrait être limitée à 50 % ;

- la réalité des préjudices tenant aux dépenses de santé actuelles de la victime, au préjudice esthétique temporaire, au préjudice d'agrément et au préjudice d'impréparation n'est pas établie et l'indemnité accordée au titre des autres préjudices, après application du taux de perte de chance, doit être ramenée à de plus justes proportions.

Par un mémoire, enregistré le 23 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner solidairement le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance à lui verser la somme de 6 124,93 euros en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par la victime, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du jugement à intervenir ;

2°) de condamner solidairement le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge solidairement du CHNO des Quinze-Vingts et de la société Relyens Mutual Insurance la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle est fondée à demander le remboursement par l'AP-HP de la somme de 5 951,33 euros qu'elle a exposée au titre des dépenses de santé actuelles de la victime et de celle de 173,60 euros qu'elle a exposée au titre de ses dépenses de santé futures.

La clôture de l'instruction est intervenue le 12 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- les observations de Me Boileau, représentant le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance.

Une note en délibéré, présentée pour le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance, a été enregistrée le 10 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été pris en charge le 4 décembre 2019 au sein du centre hospitalier national d'ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts en raison de rougeurs à l'œil droit causées par une endophtalmie. Il a été renvoyé à son domicile avant d'être repris en charge du 6 au 15 décembre 2019. Du fait de l'infection et de la vitrectomie pratiquée de ce fait, il ne présentait plus à la suite de son hospitalisation qu'une acuité visuelle de l'œil droit de moins de 1/7. L'intéressé a adressé une demande indemnitaire au CNHO des Quinze-Vingts le 11 janvier 2022, sans obtenir de réponse. M. C doit être regardé comme demandant, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation solidaire du CNHO des Quinze-Vingts et de son assureur, la société Relyens Mutual Insurance, à lui verser une somme de 87 387,76 euros, en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi. La CPAM des Hauts-de-Seine demande également leur condamnation solidaire à lui verser la somme de 6 124,93 euros en remboursement des prestations versées en lien avec le dommage de la victime.

2. Postérieurement à l'introduction de sa requête, M. C a saisi le juge des référés du tribunal qui, par ordonnance du 29 juillet 2022, a confié la réalisation d'une expertise à la docteure A, ophtalmologiste. Celle-ci a remis son rapport le 3 février 2023.

Sur la responsabilité :

3. En premier lieu, en vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. C, qui avait été opéré d'un glaucome deux ans avant les faits, a développé une endophtalmie à l'œil droit, à la suite de la pénétration d'un germe dans la fistule de sa bulle de filtration. Si cette infection a été diagnostiquée dès la prise en charge du patient, le 4 décembre 2019, au CHNO des Quinze-Vingts, il résulte de l'instruction que l'intéressé n'y a pas fait l'objet d'une injection intravitréenne d'antibiotiques, dont l'experte indique qu'elle doit intervenir dans les cent-vingt minutes suivant la pose du diagnostic, et a de surcroît été renvoyé à son domicile. Il en résulte que le CNHO des Quinze-Vingts a commis une faute tenant à un défaut de prise en charge, de nature à engager sa responsabilité. Il résulte de l'instruction que si ce traitement lui avait été administré dans le délai évoqué par l'experte, le risque auquel l'intéressé était exposé de perdre son œil infecté n'était que de 15 % et que le défaut de prise en charge dont il a été victime lui a fait perdre toute chance d'éviter la survenue de ce dommage. Par suite, l'intéressé est en droit d'obtenir une indemnisation des préjudices subis après prise en compte d'un taux de perte de chance de 85 %.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / En cas de litige, il appartient () à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation d'information incombant aux établissements de santé se rapporte à l'utilité ou la nécessité d'un acte médical proposé au patient et aux conséquences d'un tel acte. Par suite, si l'établissement de santé a, ainsi qu'il a été dit au point 4, commis une faute tenant à un retard de prise en charge en renvoyant M. C à son domicile le 4 décembre 2019, sans réaliser aussitôt une injection intravitréenne, il n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Le requérant n'est par conséquent pas fondé à rechercher également l'engagement de sa responsabilité à ce titre et à obtenir la réparation du préjudice d'impréparation qu'il invoque.

Sur l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que la consolidation de l'état de santé de M. C, né le 10 mars 1956, est intervenue le 30 mars 2020, alors qu'il était âgé de soixante-quatre ans.

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

8. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudice, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou du fait que celle-ci n'a subi que la perte d'une chance d'éviter le dommage corporel. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

9. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la CPAM des Hauts-de-Seine a exposé des dépenses de santé en lien avec le dommage subi par la victime à hauteur de 5 951,33 euros, correspondant à des frais hospitaliers du 13 au 15 décembre 2019, à des frais médicaux du 4 décembre 2019 au 30 mars 2020 et à des frais pharmaceutiques entre le 5 décembre 2019 et le 3 février 2020.

10. D'autre part, le requérant justifie avoir dû s'acquitter de plusieurs restes à charge, à hauteur de 31,66 euros et de 9,67 euros au titre de sa prise en charge au CNHO des Quinze-Vingts respectivement le 4 et le 19 décembre 2019, et de 224 euros au titre du forfait journalier pour la période relative à son hospitalisation. Toutefois, même s'il avait fait l'objet d'un traitement approprié dans le délai évoqué par l'experte, il aurait dû exposer les dépenses se rapportant à sa prise en charge le 4 décembre 2019. Par suite, il sera fait une exacte évaluation de son préjudice en le fixant à seulement 233,67 euros.

11. Il suit de là que ce poste de préjudice s'établit globalement à 6 185 euros, ce qui correspond, après application du taux de perte de chance, à une indemnité due par le CHNO des Quinze-Vingts et son assureur à 5 257,25 euros. Eu égard au droit de priorité accordé à la victime par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, il y a lieu de les condamner à verser au requérant la somme de 233,67 euros et à la CPAM des Hauts-de-Seine le solde de 5 023,58 euros.

S'agissant des frais divers :

12. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C a supporté des dépenses en rapport avec le dommage correspondant à des frais de taxi à hauteur de 45 euros pour un trajet de son domicile au CHNO des Quinze-Vingts le 6 décembre 2019 et à des frais d'expédition d'un pli pour demander la communication de son dossier médical, à hauteur de 11,60 euros, qu'il n'aurait pas exposées en l'absence de la faute commise par l'établissement de santé et dont il a dès lors droit au remboursement intégral. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de la victime en lien avec le dommage rendait nécessaire une assistance par tierce personne à raison de deux heures par jour jusqu'à la date de consolidation du dommage, le 30 mars 2020. Par suite, en retenant un montant horaire de 20,50 euros, prenant en compte, comme il y a lieu de le faire, les charges sociales et les congés et jours fériés, il sera fait une exacte évaluation du préjudice tenant à l'assistance par tierce personne en l'évaluant à 4 838 euros, soit après application du taux de perte de chance de 85 % en fixant la somme devant être mise à ce titre à la charge du CHNO des Quinze-Vingts et de son assureur à 4 112,30 euros. Par conséquent, il y a lieu de condamner solidairement le CHNO des Quinze-Vingts et son assureur à verser à M. C une somme de 4 168,90 euros au titre des frais divers.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la victime a subi un déficit fonctionnel en lien direct avec le dommage, déduction faite de l'hospitalisation dont il aurait dû faire l'objet en l'absence de survenue de celui-ci, à hauteur de 100 % du 6 décembre au 15 décembre 2019 et à hauteur de 25 % entre le 16 décembre 2019 et le 30 mars 2020. Par suite, en retenant une indemnité journalière de 20 euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à 800 euros et en accordant dès lors, après application du taux de perte de chance, une somme de 680 euros au requérant.

S'agissant des souffrances endurées :

14. Il résulte du rapport d'expertise que les souffrances endurées par la victime du fait de la survenue du dommage, tenant à la douleur morale lié au retard de prise en charge de la victime et à la perte de son œil et à des douleurs oculaires très importantes, notamment du fait de piqures et de l'intervention de vitrectomie du 13 décembre 2019, peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 6 500 euros, soit après application de la perte de chance, en accordant à la victime la somme de 5 525 euros, à la charge solidaire de l'établissement de santé et de son assureur.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

15. Il résulte de l'instruction que la victime a subi, du fait notamment de la rougeur de l'œil et du pansement apposé, un préjudice esthétique temporaire excédant ce qu'il aurait normalement enduré si le traitement de son endophtalmie était intervenu dans les délais et avait permis d'éviter la survenue du dommage, qui a été évalué par l'experte à 3,5 sur 7. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à 6 500 euros et en accordant à la victime, après application du taux de perte de chance retenu de 85 %, une somme de 5 525 euros.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

S'agissant des dépenses de santé futures :

16. Il résulte de l'instruction que la CPAM des Hauts-de-Seine a exposé des dépenses en lien avec le dommage s'élevant à 173,60 euros, dont elle est fondée à demander le remboursement d'une fraction de 147,56 euros, après application du taux de perte de chance.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

17. Il résulte de l'instruction que M. C présente, du fait du dommage, un déficit fonctionnel permanent évalué par l'experte à 25 % en raison d'un acuité visuelle inférieure à 1/10 de l'œil droit, de l'anxiété en résultant pour la victime et des conséquences de la monophtalmie, notamment l'incapacité à voir le relief, une maladresse accrue et des cognements fréquents. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, en tenant compte de ce taux et de l'âge de la victime à la date de la consolidation du dommage, en l'évaluant à la somme de 40 000 euros et en accordant par conséquent à la victime une fraction de 34 000 euros, après application du taux de perte de chance.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

18. Il résulte de l'instruction que l'intéressé présente une asymétrie des yeux et une exophtalmie marquée caractérisant un préjudice esthétique en lien avec le dommage dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à 4 000 euros et en accordant en conséquence à la victime une somme de 3 400 euros, après application de la perte de chance.

S'agissant du préjudice d'agrément :

19. Il résulte de l'instruction que le dommage a eu pour conséquence de limiter la pratique par M. C de plusieurs activités auxquels il s'adonnait avant sa survenue, notamment la navigation maritime, à laquelle il escomptait se consacrer assidument durant sa retraite. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 10 000 euros. Le requérant est donc fondé à obtenir une somme de 8 500 euros, après perte de chance.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et la CPAM des Hauts-de-Seine sont fondés à demander la condamnation solidaire du CHNO des Quinze-Vingts et de son assureur à leur verser respectivement une somme de 61 372,18 euros et de 5 171,14 euros.

Sur les intérêts :

21. La CPAM des Hauts-de-Seine demande que la condamnation prononcée soit assortie des intérêts au taux légal à compter du prononcé du jugement. Toutefois, ces intérêts courent d'office à compter du prononcé du jugement en vertu des dispositions de l'article 1231-7 du code civil. Par suite, cette demande doit être rejetée.

Sur la déclaration de jugement commun :

22. Aux termes du 8ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, () à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt (). "

23. Le requérant est fondé à demander à ce que le jugement soit déclaré commun à la CPAM des Hauts-de-Seine, qui est partie à la présente instance.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. Aux termes du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () " Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

25. Il y a lieu de condamner solidairement le CHNO des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance à verser à la CPAM des Hauts-de-Seine la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.

En ce qui concerne les dépens :

26. Par ordonnance du 30 mars 2023, le président du tribunal administratif de Paris a alloué à la docteure A, la somme de 1 300 euros. Il y a lieu de mettre cette somme solidairement à la charge définitive du centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et de la société Relyens Mutual Insurance.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHNO des Quinze-Vingts et de la société Relyens Mutual Insurance le versement à M. C d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a, en revanche, pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à leur charge à verser à la CPAM des Hauts-de-Seine.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés solidairement à verser à M. C la somme de 61 372,28 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance sont condamnés solidairement à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la somme de 5 171,14 euros.

Article 3 : Les dépens, d'un montant de 1 300 euros, sont mis solidairement à la charge définitive du centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et de la société Relyens Mutual Insurance.

Article 4 : Le centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros.

Article 5 : Le centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts et la société Relyens Mutual Insurance verseront solidairement à M. C une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, premier dénommé pour les défendeurs, et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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