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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210499

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210499

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210499
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2022, complétée un mémoire enregistré le 22 juin 2023, Mme B E, représentée par Me Arvis demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (" AP-HP ") a mis à son détachement à compter du 1er février 2022 et l'a réintégrée au sein de ses services à compter de cette même date ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que ;

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'a jamais demandé sa réintégration au sein de l'AP-HP ;

- par une décision du 2 juin 2021, l'Instituions nationale des Invalides (" INV "), son administration d'accueil, a prononcé son intégration dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés du ministère des armées, et qu'ainsi elle n'était plus en position de détachement à la date de la décision attaquée et ce sans qu'une décision ultérieure puisse légalement revenir sur cette situation ;

- un mauvais usage a été fait des dispositions de la loi du 5 août 2021, lesquelles ne peuvent fonder une prolongation de son détachement et un refus d'intégration fondé sur l'absence de présentation d'un schéma vaccinal complet, mais seulement une suspension des agents concernés.

Vu les décisions attaquées ;

Par un mémoire enregistré le 8 juin 2023, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens exposés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-631 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli,

- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, infirmière titulaire de la fonction publique hospitalière en poste à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, a été détachée à compter du 1er juillet 2020 dans le corps des infirmières civils du ministère des armées au sein de l'Institution nationale des invalides (" INV "). Le 2 juin 2021, son administration d'accueil se prononce favorablement sur la demande d'intégration formulée par la requérante. Compte tenu des obligations nées de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, et faute pour la requérante d'établir la preuve du respect de son obligation vaccinale, l'Institution nationale des Invalides, par une décision du 21 octobre 2021, revient sur son précédant avis en refusant la demande d'intégration de la requérante et prolonge son détachement du 1er juillet 2021 au 21 janvier 2022. Par une décision du 4 mars 2022, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a mis fin au détachement de la requérante et l'a réintégrée au sein de ses services à compter du 1er février 2022. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par une décision du 8 février 2022, M. A C, directeur des ressources humaines à l'AP-HP, a donné délégation à Mme F D, attachée d'administration hospitalière, pour signer l'ensemble des actes relevant de sa compétence, au nombre desquels figure la gestion des personnels. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3.Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite / () A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine () ". Aux termes de l'article 22 du décret du 16 septembre 1985 : " Trois mois au moins avant l'expiration du détachement de longue durée, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement du détachement ou de réintégrer son corps d'origine. / Deux mois au moins avant le terme de la même période, l'administration ou l'organisme d'accueil fait connaître au fonctionnaire concerné et à son administration d'origine sa décision de renouveler ou non le détachement ou, le cas échéant, sa proposition d'intégration () ". Aux termes de l'article 57 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires peuvent, sur leur demande ou avec leur accord, être intégrés dans le corps ou emploi de détachement dans les conditions prévues par le statut particulier de ce corps ou emploi ". Aux termes de l'article de l'article 58-1 de la même loi : " Le fonctionnaire peut être intégré directement dans un corps de niveau comparable à celui de son corps ou cadre d'emplois d'origine, ce niveau étant apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers. L'intégration directe est prononcée par l'administration d'accueil, après accord de l'administration d'origine et de l'intéressé, dans les mêmes conditions de classement que celles afférentes au détachement ". Enfin, aux termes de l'article 26 du décret n° 2014-847 du 28 juillet 2014 portant statut particulier du corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés du ministère de la défense : " Les fonctionnaires placés en position de détachement dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés peuvent être à tout moment intégrés sur leur demande. Au-delà d'une période de détachement de cinq ans, l'intégration est de droit. Les services accomplis dans le corps ou cadre d'emplois d'origine sont assimilés à des services accomplis dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés. ".

4. Aux termes de l'article 12 de la loi susvisée du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / () II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. () / III. - Le I ne s'applique pas aux personnes chargées de l'exécution d'une tâche ponctuelle au sein des locaux dans lesquels les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3° et 4° du même I exercent ou travaillent () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont () agents publics. () / () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de cette même loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 () ".

5.En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a été intégrée dans le corps des infirmières civils du ministère de la défense par une décision de l'INV du 2 juin 2021, et que partant elle n'était plus en position de détachement à la date de la décision attaquée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date du 2 juin 2021, et contrairement à ce que soutient Mme E, seul un courrier faisant mention de l'avis favorable de l'INV suite à la demande d'intégration de la requérante était communiqué " pour agrément " à la direction des ressources humaines de l'Hôpital Georges Pompidou, administration d'origine de la requérante. Il n'est, en outre, pas établi que l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris ait même répondu à ce courrier. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le fonctionnaire détaché n'a pas de droit au maintien de son détachement, auquel il peut être mis fin à tout moment pour des motifs tirés de l'intérêt du service, le juge n'exerçant sur cette décision qu'un contrôle restreint. Il en va de même s'agissant de la décision de non-renouvellement du détachement, qui ne doit pas être entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du fonctionnaire.

7. L'administration d'origine, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, est seule compétente pour mettre fin au détachement avant le terme fixé. Saisie d'une demande en ce sens du fonctionnaire intéressé ou de l'administration ou de l'organisme d'accueil, elle est tenue d'y faire droit. Si elle ne peut le réintégrer immédiatement, le fonctionnaire continue à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, si la demande de fin de détachement émanait de cet administration ou organisme d'accueil ; il cesse d'être rémunéré et est placé en position de disponibilité jusqu'à ce qu'intervienne sa réintégration à l'une des trois premières vacances dans son grade, si la demande émanait de lui.

8.En l'espèce, Mme E doit être regardée comme entendant exciper de l'illégalité des décisions prises par l'Institution nationale des Invalides, notamment celles ayant trait au prolongement de son détachement, sur le fondement d'une application erronée, à son égard et selon elle, des dispositions de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, notamment son article 14 B qui exige des personnels soignants la preuve d'au moins une première dose de vaccination au plus tard le 15 septembre 2021, ou à défaut la production d'un certificat de rétablissement ou d'un certificat médical de contre-indication à la vaccination. Or, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la requérante relevait bien des obligations prévues par ces dispositions, comme cela lui a été rappelé par un premier courrier en date du 16 septembre 2021, puis de nouveau le 21 octobre 2021. Il n'est pas davantage contesté que la requérante n'a pas fourni à son administration d'accueil de certificats de vaccination ou de rétablissement ni justifié en quoi son état de santé empêchait le respect des obligations légales en cause. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen afférent ne peut être qu'écarté.

9.Enfin, la requérante, ne peut utilement faire valoir qu'elle n'a formulé aucune demande de réintégration auprès de l'AP-HP, comme l'indique, par erreur, mais sans incidence sur sa légalité, la décision attaquée.

10.Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à contester la décision attaquée du 4 mars 2022. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, au ministre de la santé et de l'accès aux soins et au directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur, Le président,

M. FEGHOULIM. GROS

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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