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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210510

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210510

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210510
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET NASRI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 10 mai 2022 et le 4 octobre 2023, la société Etablissements Moncassin, représentée par Me Creusat, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue en Ile-de-France à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 à raison de locaux sis 164, rue de Javel à Paris (15ème arrondissement), à hauteur de 68 497 euros ;

2°) de prononcer la décharge de la majoration de 40 % appliquée à la cotisation de taxe sur les bureaux qui lui est réclamée, pour un montant de 28 636 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours à la procédure de taxation d'office est infondé ;

- la surface imposable prise en compte pour la base de la taxe sur les locaux à usage de bureaux ne peut être de 8 253m² dès lors qu'elle n'est propriétaire que de 3 336m² ; elle aurait dû bénéficier de l'exonération prévue par le troisième alinéa du paragraphe V de l'article 231 ter du code général des impôts pour les locaux à usage de bureaux et les locaux commerciaux ;

- aucune majoration ne devrait être appliquée dès lors qu'elle s'est spontanément acquittée du paiement de la taxe contestée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Etablissements Moncassin a été assujettie à la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et les locaux de stockage ainsi qu'à la taxe annuelle sur les surfaces de stationnement au titre de l'année 2016 à raison de locaux qu'elle possède au 164, rue de Javel (15ème arrondissement) à Paris. Elle a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office. Par une réclamation du 29 décembre 2020, la société a contesté les sommes mises à sa charge. Le service ayant rejeté sa demande par un courrier du 22 mars 2022, la société Etablissements Moncassin demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer la décharge d'une partie des sommes mises à sa charge et la décharge des majorations qui lui ont été appliquées.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts : " I.- Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. / () III.- La taxe est due : / 1° Pour les locaux à usage de bureaux, qui s'entendent, d'une part, des bureaux proprement dits et de leurs dépendances immédiates et indispensables destinés à l'exercice d'une activité, de quelque nature que ce soit, par des personnes physiques ou morales privées, ou utilisés par l'Etat, les collectivités territoriales, les établissements ou organismes publics et les organismes professionnels, et, d'autre part, des locaux professionnels destinés à l'exercice d'activités libérales ou utilisés par des associations ou organismes privés poursuivant ou non un but lucratif ; / () IV.- Pour le calcul des surfaces visées au 3° du V et au VI, il est tenu compte de tous les locaux de même nature, hors parties communes, qu'une personne privée ou publique possède à une même adresse ou, en cas de pluralité d'adresses, dans un même groupement topographique. V.- Sont exonérés de la taxe : () 3° Les locaux à usage de bureaux d'une superficie inférieure à 100 mètres carrés, les locaux commerciaux d'une superficie inférieure à 2 500 mètres carrés, les locaux de stockage d'une superficie inférieure à 5 000 mètres carrés et les surfaces de stationnement de moins de 500 mètres carrés annexées à ces catégories de locaux () / VII. - Les redevables sont tenus de déposer une déclaration accompagnée du paiement de la taxe, avant le 1er mars de chaque année, auprès du comptable public compétent du lieu de situation des locaux imposables. / VIII. - Le contrôle, le recouvrement, le contentieux, les garanties et les sanctions relatifs à la taxe sont régis par les règles applicables en matière de taxe sur les salaires jusqu'au 31 décembre 2003. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 66 dans sa rédaction en vigueur du 31 mars 2000 au 31 décembre 2003 : " Sont taxés d'office : () 5° Aux taxes assises sur les salaires ou les rémunérations les personnes assujetties à ces taxes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68. " Aux termes de l'article 68 LPF dans sa version en vigueur du 11 avril 1997 au 1er janvier 2006 : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une première mise en demeure. "

4. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante, qui ne verse au débat aucun récépissé de dépôt, aurait déposé sa déclaration sur la taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement au 1er mars 2016 comme elle l'affirme, ni dans le délai de trente jours suivant la notification de la mise en demeure qui lui a été notifiée le 14 octobre 2016. Par suite, l'administration fiscale était fondée à procéder à la taxation d'office de la taxe litigieuse. Il résulte en outre des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales que " dans tous les cas où une imposition est établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Le service ayant pu légalement, ainsi qu'il vient d'être dit, soumettre la société requérante à la procédure de la taxation d'office, la charge de la preuve de l'exagération de l'imposition qu'elle conteste lui incombe en application de ces dispositions.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du bail en date du 17 avril 1974, que la société requérante était preneuse d'un bail à construction conclu avec la SCI des Trois Chevrons, laquelle était propriétaire des trois mille six cent quatre-vingt-quinze dix-millièmes d'un immeuble devant être édifié au 164, rue de Javel à Paris, correspondant à divers ensembles de bureaux aux 3ème, 4ème et 5ème étage de l'immeuble concerné. Par ce bail, la société requérante s'est engagée à édifier les constructions projetées, dont elle était ainsi propriétaire jusqu'à l'expiration du bail, initialement censée intervenir le 31 décembre 2002. Un avenant a toutefois été signé le 26 décembre 2002 à effet au 1er janvier 2003 prolongeant la durée du bail à construire jusqu'au 31 décembre 2010. A cette date, ces surfaces sont redevenues la propriété de la SCI des Trois Chevrons. Par suite, la société Etablissements Moncassin est fondée à soutenir qu'au 1er janvier 2016, elle ne pouvait être assujettie à la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue en Ile-de-France au titre de ces surfaces, n'en étant plus propriétaire.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de prononcer la décharge partielle de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement à laquelle la société requérante a été assujettie au titre de l'année 2016 à hauteur de la différence entre la surface de 8 253 m2 retenue par le service et la surface de 3 336 m2 dont la société soutient sans contestation être propriétaire au sein de l'immeuble en cause, ainsi que des pénalités afférentes.

7. En dernier lieu, si la société requérante soutient s'être acquittée du règlement de la taxe contestée au titre de l'année 2016 et demande en conséquence la décharge des majorations qui lui ont été appliquées, elle n'établit pas la réalité de ce paiement, lequel est contesté par l'administration fiscale. Par suite, il y a seulement lieu de prononcer la décharge des majorations correspondant aux surfaces évoquées au point 6.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Etablissements Moncassin et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La société Etablissements Moncassin est déchargée, en droits et en pénalités, de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue en Ile-de-France à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 en ce qui concerne les surfaces évoquées au point 6.

Article 2 : L'Etat versera à la société Etablissements Moncassin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Etablissements Moncassin et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/2-

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