mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210655 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET VIGO (ARRPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 mai 2022, 10 juin 2022 et 1er septembre 2023, M. A B, représenté par Me Daoud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de lui délivrer un sauf-conduit afin de lui permettre de quitter son lieu d'assignation à résidence le mercredi 16 mars 2022 pour qu'il se rende à un entretien avec son conseil, Me Daoud, à Paris ;
2°) d'enjoindre au ministre de lui délivrer un sauf-conduit afin qu'il puisse rencontrer son conseil ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour la signer ;
- cette décision ne comporte pas les mentions requises par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Théoleyre,
- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 3 août 1974, a été condamné définitivement par la Cour d'appel de Paris le 14 décembre 2005 à six ans d'emprisonnement et à une peine complémentaire d'interdiction définitive de territoire français pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un projet d'attentat à Paris. Le 16 avril 2008, le préfet de police a fixé l'Algérie comme pays de destination en vue de l'exécution de l'interdiction judiciaire définitive du territoire français. Son expulsion vers l'Algérie ayant été suspendue à la suite de la saisine par M. B C européenne des droits de l'homme, il a fait l'objet, dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, d'assignations à résidence successives, dont la dernière date du 23 mars 2018. Par un arrêté du 14 février 2019, le ministre de l'intérieur a limité son assignation à résidence à la commune d'Aurillac, dans le département du Cantal et décidé que M. B ne pouvait se déplacer en dehors du territoire de cette commune sans en avoir préalablement obtenu la délivrance d'un sauf-conduit. Le 8 mars 2022, M. B a sollicité un sauf-conduit du 16 au 17 mars 2022 pour se rendre à Paris afin de rencontrer son conseil dans le cadre de la préparation de sa défense dans plusieurs litiges, notamment devant la Cour européenne des droits de l'homme. Le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande par une décision du 9 mars 2022, dont M. B demande l'annulation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". En vertu de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L. 212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".
3. Il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que l'original de l'arrêté attaqué comporte la signature, le prénom, le nom et la qualité de son signataire en caractères lisibles. En outre, le signataire de l'arrêté attaqué, agent du ministère de l'intérieur, bénéficiait d'une délégation de signature à l'effet de signer la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manquent en fait et doivent donc être écartés.
4. En second lieu, pour contester la décision attaquée, M. B soutient que les faits qui lui sont reprochés sont inexacts, non établis et, en tout état de cause, anciens, de sorte que la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement d'une note des services de renseignement produite par le ministre de l'intérieur, qu'après avoir abandonné ses études de sciences et de génie mécanique en licence, M. B a, à la fin des années 90, intégré un groupe terroriste rattaché à l'organisation Al-Quaïda. Après plusieurs séjours dans des camps d'entrainement afghans, il a été interpellé en Angleterre le 25 septembre 2001, alors qu'il fomentait avec son groupe un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis en France. Placé en détention provisoire, la violence dont il a fait preuve à l'encontre des surveillants a justifié son transfert d'établissement pénitentiaire à dix reprises. Le 14 décembre 2005, M. B a été condamné à 6 ans d'emprisonnement et à une interdiction définitive du territoire français pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme. Libéré le 21 avril 2008, l'intéressé, qui ne pouvait alors être éloigné vers l'Algérie, son pays d'origine, a été assigné à résidence dans plusieurs communes jusqu'à son transfert dans la commune de Carmaux à compter du 23 décembre 2011. Il s'y est distingué par son comportement agressif et violent, tant vis-à-vis de ses proches que d'agents du service public. Ainsi, le 24 mars 2012, il s'en est pris au personnel municipal de la mairie de Carmaux, proférant des menaces et faisant référence aux récents agissements criminels de Mohamed Merah en indiquant " Si vous voulez qu'il se passe la même chose qu'à Toulouse, continuez comme ça ". Le 9 novembre 2014 et le 18 juin 2015, contactés par des voisins de M. B, des policiers se sont rendus chez ce dernier pour suspicions de violences conjugales. Le 30 septembre 2016, dans le cadre de l'état d'urgence, une perquisition a été réalisée au domicile de l'intéressé. L'exploitation de son téléphone portable et de son matériel informatique a révélé de multiples recherches sur des policiers alors en fonction au commissariat de Carmaux, dont leur adresse personnelle, ainsi que des recherches en lien avec l'actualité terroriste et des moyens techniques de surveillance. Ces investigations numériques ont également relevé que parmi les sept adresses électroniques utilisées par M. B, l'une d'entre elle était configurée pour recevoir des alertes du site internet " Google " en lien avec les mots clefs relatifs à des groupes terroristes, à certains services secrets et à des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Les éléments précis et circonstanciés contenus dans cette note ne sont pas sérieusement contestés par M. B, qui se borne à soutenir qu'ils sont inexacts, sans plus de précisions. En outre, il ressort d'un jugement prononcé par la Cour d'appel de Paris, le 21 septembre 2022, que les liens du requérant avec la mouvance salafiste sont persistants, et que, de surcroît, il fait preuve d'une proximité accrue avec les mouvances de la gauche radicale - proximité caractérisée par un discours hostile aux institutions administratives et judiciaires -, de sorte que la dangerosité de M. B doit être regardée comme actuelle. Enfin, le requérant ne justifie pas de ce que son conseil ne pourrait se rendre à son domicile pour préparer sa défense, se bornant à évoquer la complexité de sa requête devant la Cour européenne des droits de l'homme, sans apporter davantage de précisions, ni que son entretien avec son conseil ne puisse de faire par le biais de communication à distance. Ainsi, tant la gravité de faits reprochés au requérant, que les liens anciens et toujours actuels de l'intéressé avec la mouvance salafiste, ainsi que ses liens nouveaux avec les mouvances de la gauche radicale, justifiaient que le ministre de l'intérieur s'oppose à la délivrance d'un sauf-conduit autorisant le requérant à se rendre à Paris. La décision attaquée n'est donc entachée ni d'erreur de fait, ni d'erreur d'appréciation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2210655/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026