mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210677 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 12 mai 2022 et le 6 mars 2023, M. B A, représenté par Me Foissac et Me Martinez, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des amendes qui lui ont été infligées pour un montant de 19 500 euros au titre des années 2011 à 2014 sur le fondement des articles 1649 A et 1736 du code général des impôts par un avis de mise en recouvrement du 15 février 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que n'étant pas résident fiscal en France, il n'était pas tenu à l'obligation de déclaration de ses comptes bancaires à l'étranger.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 4 novembre 2022 et le 20 mars 2023, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales (DNVSF) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale conclue entre la France et la Suisse en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune signée le 9 septembre 1966 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. A l'issue de ce contrôle, le requérant s'est vu infliger des amendes pour non déclaration de comptes à l'étranger au titre des années 2011 à 2014, à raison de trois comptes ouverts en Suisse qu'il détenait directement et de trois comptes dont il était bénéficiaire économique, ouverts, pour l'un, en Suisse et, pour les deux autres, au Liechtenstein. Les amendes ont été mises en recouvrement par un avis du 15 février 2018. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer la décharge, au motif que, n'étant pas résident fiscal français, il n'était pas soumis à l'obligation de déclaration des comptes à l'étranger prévue à l'article 1649 A du code général des impôts.
Sur les conclusions tendant à la décharge des amendes en litige :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
S'agissant du droit interne :
2. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. " Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal (). ". Pour l'application de ces dispositions, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles.
3. Il est constant que l'épouse de M. A et leurs deux enfants à charge résidaient en France pendant la période en litige et que le requérant a mentionné, dans la souscription initiale des déclarations de revenus au titre des années en litige, un domicile fiscal en France, à une adresse située à Rueil Malmaison, dont il n'est pas contesté qu'elle a été indiquée comme résidence principale à l'occasion des acquisitions et cessions immobilières réalisées par le requérant entre 2010 et 2013. Si l'administration fiscale fait valoir que le requérant a indiqué, lors de l'audition menée par la brigade financière de la police nationale le 23 novembre 2015 dans le cadre de l'enquête pénale dont il a fait l'objet, qu'il résidait à cette même adresse et qu'il déclarait ses revenus perçus en Suisse aux autorités françaises, lesquelles les prenaient en compte dans le calcul global de ses revenus mondiaux, de telles déclarations ne sauraient valoir reconnaissance par le requérant de ce qu'il aurait son foyer en France, dès lors en particulier qu'il a, lors de cette audition, déclaré être également domicilié en Suisse. Toutefois, les factures, au demeurant pour certaines difficilement lisibles ou non nominatives, produites à l'instance par le requérant pour démontrer la réalité de sa résidence fiscale en Suisse sont relatives aux années 2007 à 2009, non concernées par le présent litige. Par ailleurs, le requérant allègue que, s'il n'a pas perçu de salaire de la société Vigici de janvier 2012 à mai 2013, il était employé comme directeur général et rémunéré à ce titre par la société Sarpdoil située à Genève mais ne produit aucun justificatif au soutien de cette allégation. Enfin, il résulte de l'instruction que le requérant, au cours des années en litige, disposait d'un logement en Suisse dans la commune de Paudex de 2004 à 2013 puis à compter de 2013 à Lausanne, qu'il possédait un permis d'établissement valable en Suisse du 10 juin 2004 au 12 juin 2019, était inscrit au registre des français établis hors de France, qu'il était affilié au régime de sécurité sociale suisse en tant que salarié de la société VIGICI et au régime de complémentaire santé obligatoire, qu'il est titulaire d'un permis de conduire suisse depuis 2004 et qu'il a noué des relations amicales notamment avec Mme C, qui l'a hébergé de 2004 à 2015. Néanmoins, de telles circonstances, dont M. A ne justifie pas qu'elles ne se rattachaient pas aux seules nécessités de son activité professionnelle, ne suffisent pas à établir, alors qu'il n'est pas contesté que son épouse et ses deux enfants résidaient en France et que l'adresse située à Rueil Malmaison a été indiquée comme domicile fiscal dans la souscription initiale des déclarations de revenus au titre des années en litige, et comme résidence principale en France à l'occasion des opérations immobilières réalisées par le requérant entre 2010 et 2013, que son domicile fiscal était situé en Suisse. Par suite, M. A était passible de l'impôt sur le revenu en France au titre des années en litige, à moins qu'il n'établisse son droit à se prévaloir de la convention conclue entre la France et la Suisse en vue d'éviter les doubles impositions.
S'agissant de la convention fiscale franco-suisse :
4. Les conventions fiscales de prévention des doubles impositions n'ont vocation à s'appliquer que pour autant que le contribuable soit imposé dans les deux Etats cocontractants. Or, le requérant n'établit avoir fait l'objet d'une double imposition qu'au titre de l'année 2011, pour laquelle il fournit un certificat de salaire mentionnant une retenue de l'impôt à la source pour les revenus de source suisse, l'attestation de prestations de l'assurance chômage produite pour l'année 2013 ne démontrant pas l'assujettissement à l'impôt en Suisse pour cette année et aucun élément n'étant produit pour les années 2012 et 2014. Il n'y a donc lieu de faire application de la convention fiscale franco-suisse qu'au titre de l'année 2011, M. A devant être regardé comme ayant son domicile fiscal en France au titre des autres années en litige, soit les années 2012 à 2014.
5. Aux termes de l'article 4 de la convention fiscale conclue entre la France et la Suisse en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation dudit Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. / 2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, le cas est résolu d'après les règles suivantes : / a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent, cette expression désignant le centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire le lieu avec lequel les relations personnelles sont les plus étroites ".
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. A avait, pour l'année 2011, son foyer d'habitation permanent en France, dès lors que sa femme et ses enfants y résidaient et qu'il ne démontre pas avoir noué en Suisse des relations personnelles étroites, faisant de la Suisse le centre de ses intérêts vitaux. Il doit ainsi être considéré comme résident français au sens de la convention franco-suisse.
7. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que M. A était, en tant que personne ayant son domicile fiscal en France, soumis à l'obligation de déclaration des comptes bancaires situés à l'étranger prévue à l'article 1649 A du code général des impôts et, en raison du manquement à cette obligation, a appliqué l'amende prévue au premier alinéa du IV de l'article 1736 du même code.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présence instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur national des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
I. OSTYNLe président,
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2210677/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026