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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2210736

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2210736

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2210736
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET GRANT THORNTON SOCIETE D'AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, la société Tata Communications (France), représentée par Me Didolot, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'abandon des intérêts de retard et des majorations dont ont été assorties les cotisations supplémentaires de participation de l'employeur à l'effort de construction auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

La société Tata Communications soutient que :

-elle a procédé directement et spontanément au versement de la participation de l'employeur à l'effort de construction due pour l'année 2018 après s'être rendu compte qu'elle n'avait pas versé la contribution à l'organisme collecteur avant la fin de l'année 2018, comme elle avait prévu de le faire ;

-elle a commis une erreur dans l'utilisation du logiciel de gestion des opérations financières et comptables au quotidien qui explique le retard de paiement ;

-elle peut bénéficier des dispositions de la loi ESSOC figurant à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la requête est irrecevable puisque le juge de l'impôt n'a pas à connaître des demandes tendant à la modération ou à la remise d'impôts qui relèvent de la juridiction gracieuse ;

-aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la construction et de l'habitation ;

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Tata Communications, qui exerce l'activité de vente de services de télécommunications filaires, a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur la taxe d'apprentissage au titre des années 2018 et 2019 et les participations des employeurs à l'effort de construction et à la formation professionnelle continue au titre des années 2018 à 2020. Par une proposition de rectification du 16 février 2021, le service a notifié à la société des cotisations supplémentaires de participation des employeurs à l'effort de construction au titre de l'année 2018 sur les salaires versés en 2017. La société Tata Communications doit être regardée comme demandant la décharge des intérêts et majorations dont ont été assorties ces cotisations supplémentaires.

2. Aux termes de l'article 235 bis du code général des impôts dans sa version applicable : " 1. Les règles concernant la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction sont définies aux articles L. 313-1, L. 313-2 et L. 313-4 à L. 313-6 du code de la construction et de l'habitation. () ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les employeurs occupant au minimum vingt salariés () doivent consacrer des sommes représentant 0, 45 % au moins du montant () des rémunérations versées par eux au cours de l'exercice écoulé au financement d'actions dans le domaine du logement, en particulier du logement des salariés. / L'obligation mentionnée au premier alinéa prend la forme d'un versement à la société mentionnée à l'article L. 313-19 ou à un organisme agréé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat par le ministre chargé du logement aux fins de collecter la participation des employeurs à l'effort de construction. () ". Aux termes de l'article L. 313-4 du même code dans sa version applicable : " Les employeurs qui, dans le délai d'un an à compter de la fin de l'année civile écoulée, n'ont pas procédé, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, aux investissements prévus à l'article L. 313-1 sont assujettis à une cotisation de 2 p. 100 calculée sur les bases fixées à l'article L. 313-1. / Le versement de cette cotisation est effectué auprès du comptable public compétent, accompagné du bordereau prévu au III de l'article 1678 quinquies du code général des impôts comportant les informations relatives à la participation des employeurs à l'effort de construction et déposé au plus tard le 30 avril de la deuxième année qui suit le versement des rémunérations mentionnées à l'article L. 313-1. / Cette cotisation est recouvrée selon les modalités et sous les suretés, garanties et sanctions applicables aux taxes sur le chiffre d'affaires. () ".

3. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a relevé, lors des opérations de contrôle, que la société Tata Communications avait réglé, par virement bancaire le 3 juillet 2019 une somme de 27 488 euros auprès de l'organisme collecteur Action Logement Services au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction au taux de 0,45 % due pour l'année 2018 sur les salaires versés en 2017. Ayant constaté que ce versement était intervenu après l'expiration du délai d'un an fixé à l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation, soit après le 31 décembre 2018, le service a mis à la charge de la société la cotisation de 2 % prévue par cet article, soit une somme de 120 171 euros assortie des intérêts de retard en application de l'article 1727 du code général des impôts et de la majoration de 10 % prévue au a du 1 de l'article 1728 du code général des impôts pour dépôt tardif de la déclaration mentionnée à l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation.

4. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () V. - Le montant dû au titre de l'intérêt de retard est réduit de 50 % en cas de dépôt spontané par le contribuable, avant l'expiration du délai prévu pour l'exercice par l'administration de son droit de reprise, d'une déclaration rectificative à condition, d'une part, que la régularisation ne concerne pas une infraction exclusive de bonne foi et, d'autre part, que la déclaration soit accompagnée du paiement des droits simples ou, s'agissant des impositions recouvrées par voie de rôle, que le paiement soit effectué au plus tard à la date limite de paiement portée sur l'avis d'imposition. () ". En outre, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

5. En premier lieu, la société Tata Communications soutient que le paiement tardif de la participation litigieuse à l'organisme collecteur est imputable à une simple erreur de manipulation du logiciel qu'elle utilise pour la gestion de ses opérations financières et comptables du quotidien par un collaborateur qui a coché la mauvaise case, différant ainsi le virement qu'elle avait entendu effectuer avant la fin de l'année 2018. Elle précise qu'elle avait l'intention de régler sa participation dans les temps et qu'elle a procédé au versement litigieux auprès de l'organisme collecteur dès qu'elle a constaté cette erreur. Toutefois, l'application de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts et de la majoration de 10 % prévue au a du 1 de l'article 1728 du même code étant indépendante de toute appréciation du comportement du contribuable, la société Tata Communications ne peut utilement invoquer sa bonne foi pour demander la décharge de ces intérêts et de cette majoration.

6. En deuxième lieu, la société Tata Communications ne peut utilement se prévaloir, pour contester les intérêts et la majoration mis à sa charge, des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration qui ne s'appliquent, en vertu des dispositions de l'article L. 100-1 du même code, qu'en l'absence de dispositions spéciales, dès lors que les dispositions de l'article L. 62 du livre des procédures fiscales ou du V de l'article 1727 du code général des impôts organisent un régime spécifique en cas de régularisation par le contribuable d'erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances de déclaration.

7. Enfin, à supposer que la société Tata Communications ait entendu demander l'application du V de l'article 1727 du code général des impôts qui a été introduit dans ce code par la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance, il est constant que l'intéressée n'a pas déposé auprès du comptable public compétent le bordereau mentionné à l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation ni versé spontanément auprès de ce dernier la cotisation de 2 % dont elle était redevable en application de ce même article dès lors que le versement de 0,45 % a été effectué après l'expiration du délai prévu par ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société Tata Communications doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions des article L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Tata Communications est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Tata Communications et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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