lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210911 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MINIER, MAUGENDRE ET ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 11 mars 2022 par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'Institut de formation des soins infirmiers Saint-Louis a refusé de faire droit à sa demande de second redoublement de la troisième année de formation en soins infirmiers.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter sa situation de manière satisfaisante devant la section pédagogique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- un harcèlement moral a été mis en œuvre à son encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 800 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État infirmier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Rajbenbach, pour l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, aide-soignante, a été admise au mois de février 2018 à l'institut de formation des soins infirmiers (IFSI) Saint-Louis pour suivre une formation de trois années afin d'obtenir le diplôme d'État d'infirmier, dans le cadre de la formation professionnelle. À l'issue de la troisième année de la formation, en raison de l'absence de validation du premier stage du semestre 5, de trois matières théoriques, et du mémoire du semestre 6, Mme A a été autorisée à redoubler sa troisième année. Le 14 février 2022, Mme A a sollicité l'autorisation d'effectuer un second redoublement de sa troisième année de formation. Par une décision du 11 mars 2022, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'IFSI Saint-Louis (ci-après : la section) a refusé de faire droit à cette demande. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Étudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; 2. Demandes de redoublement formulées par les étudiants () / Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / Dans le cas où l'étudiant est dans l'impossibilité d'être présent ou s'il n'a pas communiqué d'observations écrites, la section examine sa situation. () ".
3. Mme A soutient que la procédure suivie est entachée d'irrégularité, dans la mesure où elle n'a disposé que de quinze minutes pour exposer sa situation devant la section, où sa version des faits n'était pas jointe au dossier, et où elle n'a pas été en mesure de présenter sa défense. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par courrier électronique du 21 février 2022, Mme A a été informée de la possibilité qui lui était offerte de présenter, devant la section, des observations écrites, faculté dont elle a choisi de ne pas user. Il est constant que Mme A a présenté des observations orales, pendant une durée de quinze minutes dont l'intéressée n'établit pas qu'elle aurait été insuffisante, et qu'elle a été en mesure de présenter sa version des faits. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure au titre du non respect allégué du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité interne :
4. Aux termes de l'article 11 de l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier : " () Le nombre d'inscriptions est limité à six fois sur l'ensemble du parcours de formation, soit deux fois par année. Le directeur de l'institut peut octroyer une ou plusieurs inscriptions supplémentaires après décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants () ". Aux termes de l'article 26 du même arrêté : " Le passage de deuxième année en troisième année s'effectue par la validation des semestres 1,2,3 et 4 ou par la validation des semestres 1 et 2 et de 48 crédits sur 60 répartis sur les semestres 3 et 4. Les étudiants qui ne répondent pas à ces critères et qui ont obtenu entre 90 et 107 crédits au cours des semestres 1,2,3 et 4 sont admis à redoubler. Ils peuvent suivre quelques unités d'enseignement de l'année supérieure après avis de la commission d'attribution des crédits définie à l'article 34. () ". Aux termes de l'article 34 d même arrêté : " Les crédits de formation sont attribués par une commission d'attribution des crédits. Elle est mise en place dans les instituts de formation en soins infirmiers, sous la responsabilité du directeur de l'institut, qui la préside. Elle est composée des formateurs référents des étudiants infirmiers, d'un ou plusieurs représentants de l'enseignement universitaire, et d'un ou plusieurs représentants des tuteurs de stage. Chaque semestre, excepté le dernier, le formateur responsable du suivi pédagogique présente à la commission d'attribution des crédits les résultats des étudiants afin que celle-ci se prononce sur l'attribution des crédits européens et sur la poursuite du parcours de l'étudiant. Lors du dernier semestre, les résultats sont présentés devant le jury d'attribution du diplôme ".
5. Il ressort des dispositions citées aux points 2 et 4 ci-dessus que le nombre d'inscriptions par année de formation en soins infirmiers est limité à deux, que le redoublement de plein droit de la 3ème année de formation est réservé aux étudiants qui en remplissent les conditions, et qu'une autorisation d'inscription supplémentaire dans la même année de formation peut être accordée sur décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants.
6. En premier lieu, pour contester la décision en litige, Mme A soutient notamment avoir eu une charge de travail excessive, dans un contexte où elle a été fragilisée par le décès de son père ainsi que le suivi médical de sa fille, et que ses stages ne se sont pas déroulés dans des conditions lui permettant d'intégrer les apprentissages nécessaires. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'accorder à Mme A l'autorisation sollicitée de redoubler une seconde fois sa 3ème année de formation, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants a notamment retenu, au vu du rapport de suivi pédagogique de l'intéressée et des évaluations réalisées à différents stades du parcours de formation, la persistance d'insuffisances en termes de maîtrise des connaissances, de la conduite à tenir et des appréciations à effectuer en fonction des situations rencontrées. Il ressort des pièces du dossier que Mme A présente un certain nombre de déficiences tant théoriques que pratiques, qu'elle éprouve des difficultés à s'organiser, à planifier adéquatement les soins et à prendre en charge les patients dans de bonnes conditions de sécurité. Les appréciations relèvent un manque de maîtrise des soins de base, un manque de réactivité dans les situations d'urgence, un manque d'initiative, ainsi que des difficultés de compréhension quant à ce qui est attendu d'une infirmière. Mme A a ainsi commis des erreurs médicamenteuses au cours de ses stages, et fait preuve de lenteur dans la réalisation des gestes techniques. Enfin, il a été relevé une absence de remise en question de sa part, et une attitude parfois inadaptée à l'égard de la hiérarchie et des encadrants. Mme A a ainsi fait l'objet d'un premier avertissement, relatif à son comportement, le 23 janvier 2020, pour avoir tenu des propos malveillants et inappropriés au sujet d'une encadrante, puis, d'un second avertissement, le 11 juin 2021, pour non respect des consignes (mémoire de fin d'études non remis dans le délai imparti). Ces différents constats ont été effectués par plusieurs encadrants, en plusieurs lieux d'affectation et sur l'ensemble de la période de formation de l'intéressée, témoignant d'une incapacité à progresser de manière notable et à atteindre le niveau attendu. L'appréciation littérale établie à la fin des semestres 5 et 6 indique ainsi que : " Mme A est en grande difficulté dans les apprentissages théoriques et cliniques, ses résultats en attestent. Elle n'a pas réalisé l'ensemble de son parcours de stage car elle a dû effectuer plusieurs stages complémentaires de formation qui, à ce jour, ne sont pas tous validés ". Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de la section compétente lui refusant l'autorisation de redoubler une seconde fois sa 3ème année de formation reposerait sur une appréciation manifestement erronée de sa situation.
7. En second lieu, Mme A se borne à soutenir, sans l'établir, qu'elle a fait l'objet de violences psychologiques de la part de ses collègues lors du stage S2, et que sa demande de second redoublement n'a pas été retenue pour des motifs discriminatoires. Aucun élément du dossier ne permet de regarder comme établie l'existence d'une quelconque pratique de harcèlement moral à l'encontre de Mme A, ou d'une discrimination à son égard. Dans ces conditions, Mme A n'apporte aucun élément de fait de nature à faire présumer une atteinte au principe d'égalité alors qu'il ressort des pièces du dossier que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants n'a pas fondé son appréciation sur des motifs autres que ceux tirés des aptitudes professionnelles de Mme A. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait fondée sur un motif discriminatoire doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 mars 2022.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
Le rapporteur,
A. ERRERALe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026