vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2210973 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ANDRÉ HOIN & PARTENAIRES (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 mai 2022, le président du tribunal administratif de Versailles a transmis la requête de M. B A et Mme C A, enregistrée le 26 avril 2022 au greffe de ce tribunal, au tribunal administratif de Paris.
Par cette requête, enregistrée au greffe du présent tribunal le 12 mai 2022, et par des mémoires, enregistrés les 7 novembre et 8 décembre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Hoin, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme A soutiennent que :
-l'intérêt de retard n'est pas dû en l'absence de manquement délibéré pour l'année 2016 et ils doivent pouvoir bénéficier de la tolérance légale prévue par le 4 du II de l'article 1727 du code général des impôts ;
-la proposition de rectification du 29 novembre 2019 ne leur a pas été régulièrement notifiée ;
-aucune plus-value de cession immobilière imposable n'a été réalisée en 2016 puisqu'ils ont subi une moins-value de 29 560 euros et ils n'avaient donc pas à effectuer une déclaration de plus-value ;
-la discordance entre la somme indiquée dans la déclaration professionnelle modèle n° 2065 de la société Johanna Cook Prod et celle figurant sur leur déclaration de revenus s'explique par le fait que la déclaration professionnelle mentionne une rémunération brute.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 octobre, 23 novembre et 20 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures de prononcer un non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 64 186 euros accordé en cours d'instance et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
-le redressement concernant la plus-value de cession immobilières est ramené à 2 900 euros ;
-aucun autre moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont fait l'objet de contrôle sur pièces de leurs déclarations de revenus pour les années 2016 et 2017. Par des propositions de rectification du 29 novembre 2019 et du 27 février 2020, le service leur a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour les deux années en litige. M. et Mme A demandent la décharge de ces impositions en droits et intérêts.
Sur l'étendue du litige :
2. Le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a prononcé en cours d'instance un dégrèvement de 64 186 euros, en droits et pénalités, concernant les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à la charge des requérants au titre de l'année 2016. Par suite, les conclusions de la requête sont devenues sans objet à cette hauteur et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la régularité de la procédure :
3. Aux termes de l'article L. 49 du livre des procédures fiscales dans sa version alors en vigueur : " Quand elle a procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou à une vérification de comptabilité, l'administration des impôts doit en porter les résultats à la connaissance du contribuable, même en l'absence de rectification ". Aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".
4. Si le contribuable conteste qu'une décision lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste.
5. M. et Mme A soutiennent que la procédure concernant l'année 2016 est entachée d'irrégularité dès lors qu'ils n'ont pas reçu la proposition de rectification du 29 novembre 2019. Toutefois, l'administration produit une copie du pli par lequel elle a adressé cette proposition de rectification aux requérants le 5 décembre 2019 ainsi que l'avis de réception qui indique que le pli a été présenté au domicile des requérants le 9 décembre 2019 et qu'il a été retourné au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ". M. et Mme A ne contestent pas ce document et le moyen doit donc être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016 :
6. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
7. M. et Mme A n'ayant pas présenté d'observations en réponse à la proposition de rectification qui leur a été régulièrement notifiée le 9 décembre 2019, la charge de la preuve de l'exagération des impositions qu'ils contestent leur incombe.
8. Aux termes de l'article 150-0 A I du code général des impôts, dans sa version en vigueur : " I. - 1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que de l'article 150 A bis, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 150-0 D du même code dans sa version en vigueur : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. () 11. Les moins-values subies au cours d'une année sont imputables exclusivement sur les plus-values de même nature réalisées au cours de la même année ou des dix années suivantes. () ".
9. Il résulte de l'instruction que le service a constaté que M. et Mme A n'avaient pas mentionné dans leur déclaration de revenus pour l'année 2016 une cession par Mme A de valeurs mobilières d'un montant de 100 901 euros mentionnée par la société Swisslife Banque Privée dans le cadre de ses obligations déclaratives et a estimé, en l'absence de production par les requérants de documents concernant le prix d'acquisition de ces titres, que ce prix était nul et que la totalité de la somme constituait une plus-value. Toutefois, les requérants ayant produit en cours d'instance un relevé d'opérations mentionnant que la valeur d'acquisition des titres litigieux était 98 000 euros, le service a ramené la plus-value taxable entre leurs mains à 2 901 euros. M. et Mme A soutiennent que Mme A ne peut être regardée comme ayant réalisé une plus-value au titre de l'année 2016 dès lors qu'elle a subi une moins-value de 29 560 euros correspondant à des titres similaires. Toutefois, la seule production d'une évaluation de portefeuille de Mme A datée du 29 février 2016 mentionnant une moins-value latente de 29 560 euros ne saurait suffire à démontrer que l'intéressée aurait effectivement subi une perte à hauteur de ce montant dès lors qu'il n'est pas, en particulier, démontré par les seules pièces versées au dossier qu'elle aurait revendu lesdits titres. Par suite, M. et Mme A, n'établissent pas le caractère exagéré des impositions qu'ils contestent.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 :
10. Aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes (). / () / Le montant imposable des rémunérations visées au premier alinéa est déterminé, après déduction des cotisations et primes mentionnées à l'article 154 bis, selon les règles prévues en matière de traitements et salaires ". Aux termes de l'article 154 bis du même code : " I. - Pour la détermination des bénéfices industriels et commerciaux et des bénéfices des professions non commerciales, sont admises en déduction du bénéfice imposable les cotisations à des régimes obligatoires, de base ou complémentaires, d'allocations familiales, d'assurance vieillesse, y compris les cotisations versées en exercice des facultés de rachat prévues aux articles L. 351-14-1, L. 643-2, L. 652-7 et L. 663-3 du code de la sécurité sociale, invalidité, décès, maladie et maternité. () ".
11. Il résulte de l'instruction que le service a constaté que la déclaration n° 2065 souscrite par la société C Cook Prod au titre de l'année 2017 indiquait que la société avait versé à titre de rémunération 324 000 euros à M. A et 100 500 euros à Mme A mais que les requérants n'avaient mentionné sur leur déclaration de revenus pour la même année que 319 720 euros de revenus pour M. A et 98 756 euros pour Mme A.
12. M. et Mme A soutiennent que la différence relevée par le service correspond à des charges obligatoires et que les sommes mentionnées par la société C Cook Prod représentant une rémunération brute alors que la rémunération reportée dans leur déclaration de revenus représente la rémunération nette imposable qu'ils ont perçue. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration, les montants portés sur la déclaration n° 2065 sont des montants nets. A supposer que M. et Mme A aient entendu se prévaloir des dispositions précitées de l'article 154 bis du code général des impôts, ils n'établissent pas, en se bornant à produire des appels provisoires de cotisations du régime social des indépendants (RSI) pour le mois de novembre 2017 pour chacun d'eux et un avis d'échéance de l'assurance santé de M. A, s'être effectivement acquittés des sommes en litige. Par suite, leurs conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige doivent être rejetées.
Sur les intérêts :
13. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. / II. - L'intérêt de retard n'est pas dû : () 4. Sauf manquement délibéré, lorsque l'insuffisance des chiffres déclarés n'excède pas le vingtième de la base d'imposition en ce qui concerne l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. () ".
14. Il ne résulte de pas de l'instruction et notamment de l'avis de dégrèvement en date du 21 juin 2024, que l'administration aurait prononcé le dégrèvement des intérêts correspondants aux impositions ayant fait l'objet dudit dégrèvement. Par suite, il y a lieu de prononcer la décharge de ces intérêts.
15. En outre, le montant de l'insuffisance des chiffres déclarés restant en litige au titre de l'année 2016 étant inférieur au vingtième de la base d'imposition, il y a lieu de prononcer le dégrèvement des intérêts correspondants sur le fondement du 4 du II de l'article 1727 du code général des impôts.
Sur les frais liés au litige :
16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par M. et Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur du dégrèvement de 64 186 euros accordé en cours d'instance au titre de l'année 2016.
Article 2 : M. et Mme A sont déchargés des intérêts de retard auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2016.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026