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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211135

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211135

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211135
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantRAKOTOARINOHATRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. A C, représenté par Me Rakotoarinohatra, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la maire de Paris a refusé l'installation d'une contre-terrasse estivale sur stationnement au 77, rue Lepic dans le 18ème arrondissement de Paris, ainsi que la décision implicite du 19 mars 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions des 11 avril et 5 mai 2022 par lesquelles la maire de Paris a refusé l'installation d'une contre-terrasse estivale sur stationnement au 77, rue Lepic dans le 18ème arrondissement de Paris ;

3°) d'enjoindre à la maire de Paris de lui délivrer l'autorisation demandée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions du 17 novembre 2021 et 5 mai 2022 ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision du 5 mai 2022 est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne fait pas mention du prénom, de la signature ou du service de son signataire ;

- les décisions du 19 mars, 11 avril et 5 mai 2022 ont été prises en l'absence de procédure contradictoire et de procédure de mise en conformité, en méconnaissance de l'article DG. 8 du règlement des étalages et des terrasses ;

- les décisions implicites du 19 mars et 11 avril 2022 et la décision de rejet du 5 mai 2022 sont insuffisamment motivées ;

- la décision implicite du 19 mars 2022 est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- les décisions du 11 avril et du 5 mai 2022 sont entachées d'erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article TE. 4.2 du règlement des étalages et des terrasses ;

- les décisions attaquées sont disproportionnées au regard des principes de liberté du commerce et de l'industrie et de la liberté d'entreprise.

La requête a été communiquée à la Ville de Paris qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté du maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement des étalages et des terrasses installées sur la voie publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Paret,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rakotoarinohatra, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C exploite un fonds de commerce de restauration-bar sous l'enseigne " Autour du moulin " au 88, rue Lepic dans le 18 arrondissement de Paris. Le 2 juillet 2021, il a déposé une demande d'autorisation d'installation d'une contre-terrasse estivale sur stationnement. Par une décision du 17 novembre 2021, confirmée implicitement le 19 mars 2022, la maire de Paris a refusé l'installation de cette terrasse. Par une nouvelle demande déposée le 10 février 2022, M. C a demandé l'installation d'une contre-terrasse estivale sur stationnement à la même adresse. Par une décision implicite du 11 avril 2022, confirmée explicitement par une décision du 5 mai 2022, la maire de Paris a rejeté cette demande. M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. La décision de délivrer ou de refuser une autorisation d'occupation du domaine public n'est pas susceptible, en elle-même, de porter atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie. En outre, Il n'est pas établi que plusieurs établissements voisins du fonds de commerce de M. C ont bénéficié d'autorisations d'installation de terrasses et exploitent régulièrement celles-ci. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît le principe de la liberté du commerce et de l'industrie.

Sur la décision du 17 novembre 2021 :

3. Par un arrêté du 4 janvier 2021, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris le 8 janvier suivant, la maire de Paris a donné délégation à M. D B, adjoint à la cheffe de la circonscription nord du service du permis de construire et du paysage de la rue à la direction de l'urbanisme, signataire de l'arrêté du 17 novembre 2021, en vue de signer, notamment, les décisions relatives aux demandes d'occupations temporaires du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 19 mars 2022 :

4. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

5. Il résulte de ce qui précède que les moyens spécifiquement dirigés contre la décision implicite de rejet du recours gracieux du 19 mars 2022 doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 avril 2022 :

6. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il suit de là que les moyens soulevés à l'encontre de la décision du 11 avril 2022, à laquelle s'est substituée la décision du 5 mai suivant, doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 mai 2022 :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précité, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

8. La décision du 5 mai 2022 est au nombre de celles qui subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et doivent être, par suite, motivées en application de ce code. En s'abstenant de préciser les éléments de droit qui sont à la base de sa décision, la maire de Paris n'a pas satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la maire de Paris de réexaminer la demande déposée le 10 février 2022 par M. C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement à M. C d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la maire de Paris du 5 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de réexaminer la demande déposée le 10 février 2022 par M. C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La Ville de Paris versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

F. PARET

Le président

J.-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2211135

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