jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211198 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CARTRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 mai 2022 et le 12 mars 2024, Mme B E épouse F et M. G F, agissant en leur nom propre ainsi qu'au nom de leurs enfants mineurs, A. Nayel et C F représentés par Me Payen, demandent au tribunal :
1°) à titre principal d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale confiée à un collège d'experts spécialisés en psychiatre, neurologie et ophtalmologie et de surseoir à statuer dans l'attente de leur rapport ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise complémentaire des préjudices consolidés de Mme E ;
3°) de condamner l'AP-HP à verser à Mme E la somme de 113 556 euros, à M. G F la somme de 25 000 euros et à M. H F et M. C F la somme de 18 000 euros chacun en réparation de leurs préjudices ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 8 000 euros au bénéfice de Mme E au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée à raison d'un défaut d'information ;
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée dès lors que l'équipe médicale de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul a commis une faute en administrant à la requérante, âgée de six mois lors du début de sa prise en charge, un traitement à base de Dépakine, d'abord combiné à de l'Hydrocortisone, puis à du Vigabatrin, au titre de la prise en charge de spasmes en flexion infantiles, alors qu'il résulte d'un avis de la Commission de la transparence du 9 mai 2001 que cette molécule doit être utilisée en monothérapie pour des spasmes infantiles, et non en bithérapie ;
- l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui prescrivant du Vigabatrin alors que ce médicament ne bénéficiait pas à l'époque d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) ;
- l'équipe médicale est allée à l'encontre des recommandations de l'avis de la Commission de la transparence du 9 mai 2001, en prescrivant du Vigabatrin à une dose de 750 mj/jour, soit une posologie quinze fois supérieure à la dose recommandée par cet avis. Contrairement à ce qu'affirme l'expert, le traitement prescrit à Mme E n'a pas été conforme aux données acquises par la science à l'époque des faits dès lors qu'il ne produit aucune littérature ou données médicales permettant de justifier son raisonnement ;
- le lien de causalité entre la prise en charge de Mme E et ses symptômes ne peut être exclu, ainsi que l'a fait l'expert, celui-ci n'ayant jamais fait état de la littérature médicale sur laquelle il s'est fondé pour parvenir à cette conclusion. L'expert a également refusé de prendre en compte l'avis de praticiens qui ont suivi la requérante au long cours mais aussi de faire appel à un sapiteur psychiatre, tout en mettant en doute la fiabilité du diagnostic d'autisme de type Asperger de la requérante au motif qu'il n'avait jamais été formulé par un tel spécialiste et enfin de faire appel à un sapiteur ophtalmologiste, ce qui n'a ainsi pas permis de vérifier le lien entre la toxicité du Vigabatrin et ses troubles du nerf optique ;
- il y a lieu, à titre principal, de désigner un collège d'experts qui pourra se prononcer sur l'existence des préjudices allégués, sur le lien de causalité entre ceux-ci et la prise en charge de la requérante à l'hôpital Saint-Vincent de Paul et sur leur chiffrage ;
- en l'état, les préjudices subis par Mme E doivent être évalués à la somme totale de 113 556 euros, se décomposant comme suit : 42 336 euros au titre de l'assistance par tierce personne à titre temporaire, 10 000 euros au titre des souffrances endurées, 2 400 au titre des frais divers et 50 000 euros au titre du préjudice d'impréparation ;
- ses dépenses de santé actuelles doivent être réservées ;
- les préjudices subis par M. F doivent être évalués à la somme totale de 25 000 euros, soit 15 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et 10 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- les préjudices subis par MM. Nayel et C F s'élèvent à la somme totale de 18 000 euros pour chacun d'entre eux, soit 10 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence et 8 000 euros au titre du préjudice d'affection.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2023 et le 20 mars 2024, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère, qui n'a pas produit d'observations.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 21 juillet 2022.
Par une ordonnance n° 2211157 du 6 septembre 2022, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise et a désigné le Dr D comme expert.
Par une ordonnance du 24 janvier 2024, la vice-présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise confiée au Dr D à la somme de 5 640 euros et les a mis à la charge de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,
- et les observations de Me Laceuk, se substituant à Me Cartron, représentant M. et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, née le 23 janvier 1989, a été hospitalisée le 9 août 1989 au centre hospitalier de Morlaix pour des spasmes en flexion infantiles. En raison de la répétition d'épisodes de spasmes pendant son hospitalisation, elle a été transférée, le 12 août 1989, du centre hospitalier de Morlaix à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris, établissement aujourd'hui fermé et qui dépendait de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). La survenance d'un nouvel épisode de malaise avec fixité du regard et raidissement des bras ainsi que la réalisation d'examens électroencéphalographiques et neuroradiologiques ont conduit l'équipe médicale de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à confirmer le diagnostic de spasmes en flexion infantiles et à lui prescrire un traitement à base de Dépakine associée à de l'Hydrocortisone puis à du Vigabatrin. En l'absence de récidive de spasmes en flexion à compter de janvier 1990, et compte tenu du développement normal de Mme E, la prescription de Vigabatrin a été poursuivie jusqu'en avril 1993 et celle de Dépakine jusqu'en 1994, ainsi qu'il ressort des informations consignées dans son dossier médical, d'abord au sein de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, jusqu'en juin 1991, puis au centre hospitalier Victor-Dupouy à Argenteuil. Mme E indique que des douleurs, tremblements et problèmes neuromusculaires ont émergé à l'âge de six ans et que ces symptômes se sont aggravés à la suite de ses accouchements, en 2011 et 2015. Elle indique s'être vu diagnostiquer une neuropathie des petites fibres en juillet 2020 et un syndrome d'autisme de type Asperger en novembre 2020.
2. Par un courrier du 7 janvier 2021, Mme E a sollicité auprès de l'AP-HP l'indemnisation de ses préjudices en lien avec ses pathologies, qu'elle estime être imputables à sa prise en charge à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul. L'AP-HP a explicitement rejeté cette demande par un courrier du 23 décembre 2021. Par une ordonnance du 6 septembre 2022, le juge des référés du tribunal, saisi par Mme E et par son époux, M. G F, agissant en leurs noms propres ainsi qu'au nom de leurs enfants mineurs, A. Nayel et C F nés le 3 septembre 2011 et le 9 mars 2015, a désigné le Dr D, neurologue, en tant qu'expert, lequel a remis son rapport le 13 octobre 2023. Par la présente requête, Mme E et M. F, devant être regardés comme agissant en leur nom propre et au nom de leurs deux enfants, demandent au tribunal, à titre principal d'ordonner avant-dire droit une contre-expertise médicale confiée à un collège d'experts spécialisés en psychiatre, neurologie et ophtalmologie et de surseoir à statuer dans l'attente de leur rapport et, à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à verser à Mme E la somme de 113 556 euros, à M. F la somme de 25 000 euros et à chacun de leurs deux enfants la somme de 18 000 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur le cadre juridique applicable :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article 101 de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, dans sa rédaction issue de l'article 3 de la loi du 30 décembre 2002 : " Les dispositions du titre IV du livre 1er de la première partie du code de la santé publique issues de l'article 98 de la présente loi, à l'exception du chapitre Ier, de l'article L. 1142-2 et de la section 5 du chapitre II, s'appliquent aux accidents médicaux, affections iatrogènes et infections nosocomiales consécutifs à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées à compter du 5 septembre 2001, même si ces accidents médicaux, affections iatrogènes et infections nosocomiales font l'objet d'une instance en cours, à moins qu'une décision de justice irrévocable n'ait été prononcée ".
4. Les requérants demandent la réparation de dommages qu'ils estiment imputables à la prise en charge de Mme E, jusqu'en juin 1991, par l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Dès lors que cette prise en charge est intervenue antérieurement au 5 septembre 2001, les dispositions de l'article L.1142-1 du code de la santé publique ne sont pas applicables en l'espèce. Toutefois, la responsabilité pour faute d'un établissement public de santé en raison des soins dispensés par ce dernier peut être engagée sur le fondement de la faute commise par ses agents lors de l'exécution du service, notamment en raison d'un défaut d'information ou d'un défaut de prise en charge médicale, à condition que le préjudice en résultant présente un caractère certain et qu'il existe un lien de causalité direct entre la faute et le préjudice.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
5. Mme E et M. F soutiennent que la responsabilité de l'AP-HP est engagée à raison de plusieurs fautes commises par l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul tenant à la prescription de divers médicaments antiépileptiques et à un défaut d'information. Toutefois, à supposer même que les fautes invoquées par les requérants puissent être regardées comme établies, il ne résulte pas de l'instruction que les troubles neuropathiques et autistiques de type Asperger dont se plaint Mme E puissent être reliés de façon directe et certaine à l'administration de corticoïdes et de Vigabatrin, le rapport d'expertise indiquant notamment sur ce point que la survenue de ces pathologies, apparues à partir de 2014, ne pouvait s'analyser comme la conséquence de la prescription d'antiépileptiques. Si les requérants soutiennent que cette conclusion expertale n'est corroborée par aucune référence scientifique, ils n'apportent toutefois aucun commencement de preuve permettant de regarder comme sérieuse l'allégation selon laquelle il existerait un lien entre l'administration de ces molécules, aux doses alors retenues par les médecins, et les troubles dont Mme E se prévaut. A cet égard, le compte rendu du 21 octobre 2021 établi par un neurologue précisant que Mme E présente une intolérance à de nombreux médicaments associée notamment à des phénomènes iatrogènes sévères remontant à l'enfance avec des prises médicamenteuses pendant des périodes prolongées et à des doses importantes, n'apporte aucune précision quant à l'existence possible d'un lien entre les pathologies dont est affectée la requérante et l'administration des molécules en cause. Enfin, si Mme E se plaint d'un rétrécissement de son champ visuel, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du rapport d'expertise, qui relève sur ce point que son dossier médical ne comprenait aucune preuve de réduction du champ visuel, qu'elle souffrirait d'une telle pathologie. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le Dr D n'était pas tenu de suivre l'avis des praticiens qui suivent Mme E, ni de faire appel à un sapiteur psychiatre ou à un sapiteur ophtalmologiste. Dans ces circonstances, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les conditions sont réunies pour engager la responsabilité de l'AP-HP dans le cadre de la prise en charge de Mme E par l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul jusqu'en juin 1991.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme E et M. F doivent être rejetées.
Sur les frais d'expertise :
7. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
8. Par une ordonnance du 24 janvier 2024, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme 5 640 euros ont été mis à la charge de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de mettre les frais d'expertise à la charge de l'AP-HP.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E épouse F et M. F est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 5 640 euros, sont mis à la charge définitive de l'AP-HP.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse F, à M. G F, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Pény, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le rapporteur,
A. Pény
Le président,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026