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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211319

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211319

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211319
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mai et 3 août 2022, M. C B, représenté par Me Nizard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la même date et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des 1) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles du b) de l'article 7 du même accord ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lamarche ;

- et les observations de Me Stass substituant Me Nizard, pour M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 19 juillet 1994, entré en France en janvier 2005 selon ses déclarations, a sollicité, le 22 mars 2021, la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 mars 2022 le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision contestée vise les textes applicables et précise de manière détaillée les motifs pour lesquels le préfet de police a considéré que la présence de M. B constitue une menace à l'ordre public en dressant notamment la liste des condamnations dont il a fait l'objet. Elle comporte ainsi l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si M. B soutient qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus, le formulaire de demande de titre de séjour renseigné par l'intéressé le 22 mars 2021 produit en défense mentionnant uniquement " VPF" c'est-à-dire " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de ces stipulations doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Si la situation des algériens est régie de manière complète par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les avenants qui l'ont modifié, aucune stipulation de cet accord ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien en se fondant sur un motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public.

5. Pour refuser de faire droit à la demande de M. B le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. L'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé produit en défense révèle que celui-ci a été condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre les 14 septembre 2016 et 18 janvier 2018, respectivement, à une peine de six mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours en récidive, usage illicite et détention non autorisée de stupéfiants puis à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour recel d'un bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Il a ensuite été condamné en récidive le 11 octobre 2019 par le tribunal de grande instance de Chartres à une peine de huit mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et recel d'un bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B a été incarcéré au centre pénitentiaire de Nanterre du 18 juin 2015 au 13 juin 2017, puis au centre de détention de Châteaudun jusqu'au 23 avril 2020, soit pendant presque cinq ans. Par ailleurs, les pièces versées par le préfet de police font apparaître qu'au cours de l'année 2014 M. B a été placé en détention provisoire, puis sous contrôle judiciaire lors de sa remise en liberté, pour des faits de violences ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours avec usage d'une arme, en l'espèce un couteau, faits que l'intéressé a reconnu avoir commis. L'ordonnance de placement en détention provisoire indique par ailleurs que les violences avaient été commises en état de récidive, M. B ayant été condamné par le tribunal pour enfants de A le 9 novembre 2010 à une peine de neuf mois d'emprisonnement dont sept avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violence et son casier judiciaire mentionnant déjà huit précédentes condamnations dont certaines pour des faits de violence. Ainsi, au regard des infractions graves, répétées et récentes dont s'est rendu coupable M. B, le préfet de police était fondé à retenir que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à ce que lui soit délivré un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Est à cet égard sans incidence la circonstance que la commission du titre de séjour a, le 1er février 2021, émis un avis favorable à la délivrance du titre de séjour sollicité, cet avis étant d'ailleurs conditionné au respect de l'ordre public. Les moyens tirés de l'erreur droit au regard des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'erreur d'appréciation doivent, dès lors, être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B indique être entré en France en 2005, à l'âge de onze ans, dans le cadre de la procédure de regroupement familial et y avoir été scolarisé jusqu'à l'obtention, en 2011, d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de serveur en restauration. Il souligne que ses parents et ses deux sœurs sont en situation régulière en France, que son frère a la nationalité française et qu'il est dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Si le requérant se prévaut également d'être en couple avec une ressortissante française depuis presque trois ans avec laquelle il résiderait, dans le Rhône, depuis le mois de février 2021, a conclu un pacte civil de solidarité le 20 octobre 2021 et aurait l'intention de se marier, il a néanmoins indiqué, dans sa demande de titre de séjour du 22 mars 2021, être célibataire et résider au domicile de sa mère dans le 20ème arrondissement de A. M. B souligne par ailleurs avoir suivi, durant sa détention, une formation de six mois dispensée par l'institut GEPSA intitulée : " Acquérir les premiers gestes des techniques et pratiques d'entreprise " et s'être résolument engagé dans une démarche de réinsertion depuis sa remise en liberté. Il produit trois attestations établies par les sœurs de sa compagne et trois attestations de bénévolat ainsi que la promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de serveur au sein d'un établissement situé en Seine-Saint-Denis établie le 18 janvier 2022. Toutefois, ces documents ne sont pas de nature à révéler une insertion sociale et professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire national. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et eu égard, d'une part, à la nature et au caractère répété et récent des faits qui sont reprochés à M. B, d'autre part, au but en vue desquels a été pris l'arrêté contesté, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police en date du 30 mars 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, ainsi que, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Lamarche, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

M. LamarcheLa présidente,

C. RiouLa présidente-rapporteure,

C. RiouL'assesseure la plus ancienne,

C. Kante

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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