mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211324 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FISCAREA LS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 20 mai 2022, 10 février et 28 mars 2023, M. et Mme A et C B, représentés par Me Savarin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015, à raison de la remise en cause par le service de la déductibilité des pensions alimentaires versées à leurs quatre enfants majeurs ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
- l'administration, en refusant de leur communiquer les informations sur l'origine et la teneur des renseignements relatifs aux revenus et au patrimoine de leurs enfants, a méconnu l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
- les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles ils ont été assujettis ne sont pas fondées.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2022 et 10 mars 2023, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales (DNVSF) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur les années 2013, 2014 et 2015. A l'issue de ce contrôle, ils se sont vu notifier, par une proposition de rectification du 6 décembre 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre des années 2013, 2014 et 2015, dont ils demandent, par la présente requête, la décharge, à raison de la déductibilité des pensions alimentaires versées à leurs quatre enfants majeurs.
2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ". Aux termes de l'article L. 103 du même livre, dans sa version applicable au litige : " L'obligation du secret professionnel, telle qu'elle est définie aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal, s'applique à toutes les personnes appelées à l'occasion de leurs fonctions ou attributions à intervenir dans l'assiette, le contrôle, le recouvrement ou le contentieux des impôts, droits, taxes et redevances prévus au code général des impôts. / Le secret s'étend à toutes les informations recueillies à l'occasion de ces opérations. Pour les informations recueillies à l'occasion d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, l'obligation du secret professionnel nécessaire au respect de la vie privée s'impose au vérificateur à l'égard de toutes personnes autres que celles ayant, par leurs fonctions, à connaître du dossier. ". Il résulte de ces dispositions que l'obligation faite à l'administration fiscale d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour procéder à des rectifications a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée, les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales instituant ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Cette obligation ne s'étend en principe pas aux informations fournies annuellement par des tiers à l'administration et au contribuable conformément aux dispositions du code général des impôts. A cet égard, si les dispositions législatives protégeant le secret professionnel, telles que l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, ou la vie privée peuvent faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sauf si le contribuable est débiteur solidaire de l'impôt dû par ce tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet, l'administration peut communiquer, sans porter atteinte au secret professionnel ou à l'un des secrets légalement protégés, les informations visées par les règles de publicité de l'impôt telles que celles qui résultent des articles L. 111 et R. 111-1 du livre des procédures fiscales. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu du contribuable, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
3. Il résulte de l'instruction que les requérants ont demandé, par courrier du 15 décembre 2016 reçu le 16 décembre suivant, communication des documents sur lesquels l'administration s'est fondée pour établir les impositions litigieuses. Si l'administration soutient avoir demandé, par courrier du 16 décembre 2016, aux requérants, sans que ces derniers ne lui répondent, de préciser leur demande, elle ne produit pas à l'instance d'élément permettant de tenir cette affirmation pour établie. Les requérants doivent donc être regardés comme ayant valablement formulé une demande sur le fondement de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, en particulier de l'examen de la proposition de rectification du 6 décembre 2016 et de la réponse de l'administration du 22 mars 2022, que celle-ci a indiqué aux requérants s'être fondée, pour procéder aux rectifications litigieuses, sur les déclarations d'impôt fournies annuellement par leurs quatre enfants majeurs à l'administration fiscale, mais a refusé de leur fournir les informations fiscales relatives à ces derniers, arguant du secret professionnel auquel l'astreint l'article L. 103 du livre des procédures fiscales. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le secret professionnel ne saurait faire obstacle à la communication d'informations, même relatives à la vie privée de tiers, dès lors que les dispositions législatives en autorisent ladite communication. Il en va ainsi des informations énumérées à l'article L. 111 du livre des procédures fiscales, à savoir le nom du contribuable, la première lettre de son prénom et son adresse, le nombre de parts correspondant à sa situation et à ses charges de famille, le revenu imposable et le montant de l'impôt mis à sa charge, défini par l'article R. 111-2 du livre des procédures fiscales. Les requérants étaient ainsi fondés à solliciter auprès de l'administration fiscale communication des déclarations fiscales de leur quatre enfants majeurs, dont le caractère déductible des pensions alimentaires versées était remis en cause, l'administration ne devant laisser subsister sur les copies transmises que les informations énumérées à l'article L. 111 du livre des procédures fiscales. L'absence de communication de ces éléments a privé les requérants de la possibilité de discuter l'appréciation faite par le service, au regard des dispositions du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts, du caractère déductible des pensions alimentaires versées à leurs enfants majeurs. Il en résulte qu'en s'abstenant de procéder à ladite communication, l'administration a méconnu les dispositions prévues par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, constitutives d'une garantie pour le contribuable.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que les requérants sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015 à raison de la remise en cause par le service de la déductibilité des pensions alimentaires versées à leurs quatre enfants majeurs.
5. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme B sont déchargés, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2013, 2014 et 2015 à raison de la remise en cause par le service de la déductibilité des pensions alimentaires versées à leurs quatre enfants majeurs.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B et au directeur national des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
I. OSTYNLe président,
J.-C. TRUILHÉLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026