lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211469 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SELARL ALINEA CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires en réplique enregistrés les 23 mai 2022, 15 décembre 2022 et 7 mars 2024, la société JRM, représentée par Me Proux, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 86 223 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'il y a lieu de lui rembourser un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 86 223 euros, correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été transférée par le vendeur du bien immobilier qu'elle a acquis le 27 octobre 2021, à proportion de la durée de régularisation non encore courue.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société JRM ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- les conclusions de Mme Abdat, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société JRM, qui exerce une activité de location de biens immobiliers, a demandé le 16 décembre 2021 le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois de novembre 2021, pour un montant de 86 392 euros. L'administration fiscale a, par une décision du 21 mars 2022, admis le remboursement à hauteur de 169 euros et rejeté le surplus de la demande.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 207 de l'annexe II du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions qui suivent, la déduction opérée dans les conditions mentionnées aux articles 205 et 206 est définitivement acquise à l'entreprise. / II. - 1. Pour les biens immobilisés, une régularisation de la taxe initialement déduite est opérée chaque année pendant cinq ans, dont celle au cours de laquelle ils ont été acquis, importés, achevés, utilisés pour la première fois ou transférés entre secteurs d'activité constitués en application de l'article 209. () / III. - 1. Une régularisation de la taxe initialement déduite et grevant un bien immobilisé est également opérée : / 1° Lorsqu'il est cédé ou apporté, sans que cette opération soit soumise à la taxe sur le prix total, sur la valeur totale ou dans les conditions fixées à l'article 268 du code général des impôts, ou est transféré entre secteurs d'activité constitués en application de l'article 209 ; () / 3. Dans les cas visés au 1° du 1, sous réserve que le bien constitue également une immobilisation pour le bénéficiaire de la cession, de l'apport ou du transfert, celui-ci peut déduire une fraction du montant de taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé initialement le bien, à proportion du rapport entre le nombre d'années restant à courir, pour le cédant ou l'apporteur, jusqu'au terme de la période de régularisation et le nombre d'années total de celle-ci. A cette fin, le cédant ou l'apporteur délivre au bénéficiaire une attestation mentionnant le montant de la taxe qu'il est en droit de déduire. Cette déduction est opérée dans les conditions prévues à l'article 206. " Aux termes de l'article 206 de cette annexe : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II. - Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. / 2. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est nul lorsque les opérations auxquelles il est utilisé n'ouvrent pas droit à déduction. / 3. Lorsque le bien ou le service est utilisé concurremment pour la réalisation d'opérations imposables ouvrant droit à déduction et d'opérations imposables n'ouvrant pas droit à déduction, le coefficient de taxation est calculé selon les modalités suivantes : / 1° Ce coefficient est égal au rapport entre : / a. Au numérateur, le montant total annuel du chiffre d'affaires afférent aux opérations ouvrant droit à déduction, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations ; / b. Et, au dénominateur, le montant total annuel du chiffre d'affaires afférent aux opérations imposables, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations. / Les sommes mentionnées aux deux termes de ce rapport s'entendent tous frais et taxes compris, à l'exclusion de la taxe sur la valeur ajoutée ; () / IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. "
3. Il résulte de l'instruction que la société JRM a acquis, par un acte notarié du 27 octobre 2021, un ensemble immobilier sis 1, rue de l'Alberta à Cholet, d'une superficie globale de 1 269 m2, divisé en deux cellules d'une surface respective de 588 m2 et de 682 m2. Il en résulte également que le vendeur de ce bien a attesté le 1er mars 2021 que le montant de la régularisation de taxe sur la valeur ajoutée s'élevait, compte tenu de la taxe sur la valeur ajoutée déductible à l'acquisition et des années à régulariser à compter de 2021, à 86 223 euros. Il n'est pas contesté que l'usage du bien par le vendeur à la date de la cession était un usage commercial. Si l'administration fiscale conteste l'usage commercial fait par l'acquéreur de la totalité des surfaces ainsi acquises, il résulte de l'instruction, d'une part, que la première cellule du bien a fait l'objet dès la date de l'acquisition d'un bail commercial, celui-ci précisant que les locaux sont exclusivement destinés à usage de vente et installation de mobiliers et accessoires de cuisines, salles de bain, dressings, et de tous appareils de chauffage à combustible. D'autre part, la société requérante établit, par la production de deux mandats, avoir cherché pour la seconde cellule un locataire, et avoir signé un bail commercial le 24 novembre 2022, les locaux étant occupés par la société Mobilier de France. Ainsi, alors qu'aucun des autres déterminants du montant de taxe sur la valeur ajoutée transférée déductible n'est contesté par l'administration fiscale, la société requérante doit être regardée comme établissant avoir affecté l'ensemble du bien acquis le 27 octobre 2021 à une activité de location soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et elle peut prétendre à un coefficient de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée transférée par le vendeur du bien égal à l'unité.
4. Il résulte de tout ce qui précède que la société JRM est fondée à demander le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 86 223 euros au titre du mois de novembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à la société JRM le remboursement d'un montant de 86 223 euros correspondant au crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre du mois de novembre 2021.
Article 2 : L'Etat versera à la société JRM une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société JRM et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUDLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
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