mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211738 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2022, et un mémoire du 6 mars 2023, la société AB Formation, représentée par Me Sebban, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 mars 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a décidé de son déréférencement pour une durée de 6 mois, a refusé de payer des formations non éligibles et des formations pour lesquelles elle n'était pas habilitée ou pour lesquelles elle n'a pas apporté de preuve de réalisation et enfin a sollicité le remboursement des sommes déjà perçues pour la réalisation de celles-ci ;
2°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations (CDC) à lui verser les sommes retenues au titre des formations prétendument inéligibles ;
3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 24 mars 2022 est entachée d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ; la Caisse des dépôts et consignations n'a jamais communiqué la teneur ou l'origine des témoignages relatifs à ses prétendus manquements ; la Caisse des dépôts et consignations n'a jamais communiqué les pièces relatives au " quantum " des sommes la privant ainsi de cette information pourtant cruciale pendant et après la période contradictoire ; la commission prévue à l'article 4.2.2 des conditions particulières a statué sans qu'elle ait eu la possibilité de faire valoir ses observations ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la sanction est disproportionnée ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 août 2022 et le 3 avril 2023, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par le cabinet Adden avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société AB Formation d'une somme de 6 000 euros.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société AB Formation ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été reportée au
14 avril 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise ;
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Guena représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. La société AB Formation, spécialisée dans le secteur d'activité de la formation continue, propose des actions de formation sur la plateforme dématérialisée dénommée " MonCompteFormation ", dont la gestion est assurée par la Caisse des dépôts et consignations, également en charge du compte personnel de formation en vertu de l'article L. 6323-9 du code du travail. Après mise en œuvre d'une procédure contradictoire par lettre du 20 décembre 2021, la Caisse des dépôts et consignations a, par un courrier du 24 mars 2022, indiqué à la société AB Formation son déréférencement pour une durée de 6 mois, a refusé de payer des formations non éligibles et des formations pour lesquelles elle n'était pas habilitée ou pour lesquelles elle n'a pas apporté de preuve de réalisation et enfin a sollicité le remboursement des sommes déjà perçues pour la réalisation de celles-ci. Par la présente requête, la société AB Formation demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par arrêté en date du 1er mars 2021, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a donné délégation au directeur de la direction des politiques sociales, M. B C, qui a lui-même donné délégation par décision du 7 janvier 2022 à
M. D A, directeur du service de la formation professionnelle et des compétences, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de ses supérieurs, au nom du directeur général, tous les actes dans la limite des attributions de la direction chargée de la formation professionnelle et des compétences. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 24 mars 2022 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de la décision contestée que celle-ci comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle mentionne l'article 4 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " moncompteformation " s'appliquant aux organismes de formation, les articles 3.1 et 3.2 des conditions particulières d'utilisation de cette même plateforme, l'article R. 6336-6 du code du travail. Elle souligne que les techniques de démarchage et de vente de la société requérante sont contraires aux conditions générales d'utilisation de la plateforme et que la sous-traitance à des apporteurs d'affaire ne l'exonère pas de sa responsabilité. Elle précise également que la sous-traitance de certification pour dispenser certaines formations n'est pas autorisée. Elle mentionne que les raisons pour lesquelles les justificatifs apportés de réalisation des actions de formation à distance ne sont pas suffisants. Quant aux quantums des sommes, la décision renvoie à une annexe 1 où figurent des tableaux comportant les numéros des dossiers avec défaut d'habilitation et avec défaut d'éligibilité, sachant qu'il résulte de l'instruction que les organismes de formation peuvent accéder dans leur espace professionnel EDOF au tableau de bord des règlements qui distingue les dossiers qui ne feront l'objet d'aucun règlement (statut " règlement en attente ") des dossiers pour lesquels un remboursement sera sollicité (statut " règlement versé "). Par conséquent, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". D'autre part, aux termes de l'article R. 6333-6 du code du travail : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. La Caisse des dépôts et consignations effectue tout signalement utile et étayé des manquements qu'elle constate auprès des autorités compétentes de l'Etat ". Enfin, aux termes de l'article 13.1.1 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " mon compte formation " applicable aux relations entre la Caisse des dépôts et consignations et les organismes de formation : " En présence de tout différend entre la CDC d'une part et les OF ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. / A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné dispose d'une période d'échange sur les constats et observations adressés. Cette période est dite 'Période Contradictoire' / Durant cette Période Contradictoire, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation peut dans un délai précisé par la CDC dans un délai précisé par la CDC dans la lettre d'observation qui ne peut être inférieur à 8 (huit) jours calendaires, formuler ses observations écrites, apporter les précisions nécessaires, faire part d'un éventuel désaccord, ou bien fournir tout document utile. () Au terme de la Période Contradictoire, la CDC notifie la décision par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que la décision attaquée, qui présente le caractère d'une sanction administrative, doit être précédée d'une procédure contradictoire, laquelle vise à informer l'intéressé avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et de la sanction encourue.
6. Il résulte de l'instruction que, préalablement à l'adoption de la décision attaquée, la Caisse des dépôts et consignations a adressé, le 20 décembre 2021 un courrier intitulé " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de mon compte formation " à la société requérante. Si celle-ci fait valoir que la Caisse des dépôts et consignations indique, dans sa lettre d'observations du 20 décembre 2021, avoir recueilli certains témoignages de stagiaires au sujet de prétendus manquements de la part de la requérante mais qu'elle ne lui a pas communiqué la teneur ou l'origine de ces témoignages, la plaçant dans l'impossibilité de faire valoir ses observations, il résulte de l'instruction que la teneur générale des témoignages est précisée dans la lettre précitée du
20 décembre 2021, à savoir la collecte d'informations confidentielles comme le n° de sécurité sociale, la vente forcée de prestations, la substitution du titulaire pour l'activation de son compte. Dans sa réponse du 17 janvier 2022, la société a fourni des explications sur ces manquements et n'a aucun moment, sollicité auprès de la Caisse des dépôts et consignations des détails quant aux témoignages recueillis par celle-ci. Ensuite, si elle prétend que la caisse ne lui a jamais communiqué les pièces relatives au quantum de la sanction, il résulte de l'instruction que la lettre d'observations du 20 décembre 2021 informe l'intéressée que faute des justifications demandées, elle s'expose à une sanction de déréférencement pouvant s'étendre à 12 mois, à la suspension définitive des paiements pour les formations concernées et au recouvrement des sommes indûment versées. Enfin, si la société déplore ne pas avoir été convoquée à la consultation de la commission ad hoc, chargée de donner un avis motivé, avant le prononcé de la sanction de déférencement, prévue à l'article 4.2.2 des conditions particulières d'utilisation, aucune disposition ne prévoit que l'intéressée soit présente à cette réunion. Le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.
7. En quatrième lieu, aux termes des conditions particulières d'utilisation : " Lorsqu'il en reçoit la demande, l'Organisme de formation dispose d'un délai de 5 (cinq) jours ouvrés pour transmettre les pièces justificatives demandées. La CDC peut notamment demander à l'Organisme de formation, à tout moment pendant une période de 4 (quatre) ans à compter de l'exécution de la formation, toutes pièces justifiant la réalisation de la formation, l'accompagnement du Stagiaire, ou bien la mise en œuvre des moyens nécessaires à la réalisation de la formation. ()".
8. La société fait valoir que l'ensemble des formations remises en cause par la Caisse des dépôts et consignations ont été effectivement réalisées et que les formations à distance ont bien été assurées. Toutefois, comme le fait valoir la Caisse des dépôts et consignations, en vertu de l'article 5.1.2 des conditions particulières précité, il appartenait à la société de produire les logins de connexion pour les formations ouvertes ou à distance, les relevés de fréquentation pour les formations en ligne rendant compte des durées et horaires, de connexions, ou les justificatifs permettant d'attester de la réalisation de travaux à distance. Or, en l'espèce, aucune des pièces produites par la société ne suffit à établir que les formations à distance ont effectivement eu lieu et ont été effectuées conformément aux règles prévues à l'article 5.1.2 des conditions particulières. De même, la circonstance que les formations auraient été effectivement réalisées ne permet pas de justifier les manquements reprochés quant à l'absence de certification ou d'habilitation. Le moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, la société fait valoir que certaines entreprises, ayant commis des manquements similaires, ne se voient adresser qu'une mise en demeure. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société ne conteste pas sérieusement ne pas avoir respecté les règles des conditions particulières en ce qui concerne le démarchage des stagiaires et ne pas avoir détenu les certifications nécessaires à certaines formations dispensées. Par ailleurs, il résulte de ce qui précède qu'elle n'a pas non plus apporté les justificatifs requis pour établir la réalisation des formations à distance. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la sanction prise par la Caisse des dépôts et consignation serait disproportionnée.
10. Il résulte de ce qui précède que la société AB Formation n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mars 2022 de la Caisse des dépôts et des consignations. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la société AB Formation demande au titre des frais liés au litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société AB Formation la somme demandée par la Caisse des dépôts et consignations au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société AB Formation est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société AB Formation et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- Mme Merino, première conseillère,
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La rapporteure,
T. RENVOISE
Le président,
J-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026