mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211754 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mai 2022, le département des Yvelines, représenté par Me Ramel, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser au département des Yvelines, la somme de 388 127 000 euros, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les trois dispositifs mis en place par la loi de finances pour 2014 que constituent la dotation de compensation péréquée (DCP), le relèvement du plafond des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) de 3,7% à 4,5% et le fonds de solidarité en faveur des départements (FDS) ont été présentés par l'Etat comme destinés à respecter ses engagements pris le 16 juillet 2013 dans le cadre du pacte de confiance et de responsabilité, à savoir assurer une meilleure couverture des dépenses d'allocation individuelle de solidarité (AIS) des départements ;
- l'Etat n'a pas tenu son engagement dès lors qu'il a alloué, et ce de manière rétroactive, ces trois dispositifs à la seule compensation de la revalorisation du RSA ;
- l'engagement non tenu par l'Etat constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- son préjudice, qui correspond aux recettes allouées à la compensation des revalorisations successives du RSA intervenues depuis 2013, lesquelles auraient dû être destinées à la réduction de son reste à charge en matière de dépenses d'AIS, s'élève à 388 127 000 euros, à parfaire, pour la période comprise entre 2014 et 2021.
La requête a été communiquée à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, au ministre des solidarités et de la santé et au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'ont pas présenté d'observations.
Par ordonnance du 13 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2019-796 DC du 27 décembre 2019 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;
- les décrets n° 2013-793 du 30 août 2013, n° 2014-1127 du 3 octobre 2014, n° 2015-1231 du 6 octobre 2015, n° 2016-1726 du 29 septembre 2016 et n° 2017-739 du 4 mai 2017 portant revalorisation exceptionnelle du montant forfaitaire du revenu de solidarité active ;
- l'arrêté interministériel du 2 décembre 2020 fixant le montant des accroissements de charge résultant pour les départements des revalorisations exceptionnelles du RSA ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Evgénas,
- les conclusions de M. Halard, rapporteur public,
- et les observations de Me Delescluse représentant le département des Yvelines.
Une note en délibéré a été produite par le département des Yvelines, enregistrée le 18 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par cinq décrets en date du 30 août 2013, du 3 octobre 2014, du 6 octobre 2015, du 29 septembre 2016 et du 4 mai 2017, l'État a revalorisé le montant forfaitaire du revenu de solidarité active (RSA) prévu dans le cadre du " plan pauvreté " adopté en juillet 2013 de 10 % en cinq ans. Par un courrier reçu le 2 février 2022 le département des Yvelines a adressé au premier ministre une demande indemnitaire en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi depuis 2014 du fait de l'engagement non tenu par l'Etat dans le cadre du pacte de confiance et de responsabilité du 16 juillet 2013 de réduire le reste à charge des dépenses des départements relatives aux allocations individuelles de solidarité (AIS), préjudice qu'il fixe à la somme de 388 127 000 euros. Cette demande est restée sans réponse. Par la présente requête, le département des Yvelines sollicite la condamnation de l'Etat au paiement de la somme de 388 127 000 euros, à parfaire, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2022.
Sur les conclusions indemnitaires
2. En vertu des dispositions de l'article L. 1614-1 du code général des collectivités territoriales, le transfert d'une compétence de l'État aux collectivités territoriales donne lieu, lorsqu'il induit un accroissement net de charges pour ces dernières, au transfert concomitant des ressources nécessaires à l'exercice normal de cette compétence. Aux termes du second alinéa de l'article L. 1614-2 de ce code : " Toute charge nouvelle incombant aux collectivités territoriales du fait de la modification par l'État, par voie réglementaire, des règles relatives à l'exercice des compétences transférées est compensée dans les conditions prévues à l'article L. 1614-1. Toutefois, cette compensation n'intervient que pour la partie de la charge qui n'est pas déjà compensée par l'accroissement de la dotation générale de décentralisation mentionnée à l'article L. 1614-4 ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1614-3 de ce code : " Le montant des dépenses résultant des accroissements et diminutions de charges est constaté pour chaque collectivité par arrêté conjoint du ministre chargé de l'intérieur et du ministre chargé du budget, après avis de la commission consultative sur l'évaluation des charges du Comité des finances locales, dans les conditions définies à l'article L. 1211-4-1 ". Enfin, en vertu de l'article L. 1614-5-1 de ce code, l'arrêté mentionné à l'article L. 1614-3 intervient dans les six mois de la publication des dispositions législatives ou réglementaires auxquelles il se rapporte.
3. Aux termes de l'article 196 de la loi de finances pour 2020 : " I. - Les ressources attribuées aux départements en application du dispositif de compensation péréquée et du fonds de solidarité en faveur des départements prévus, respectivement, aux articles L. 3334-16-3 et L. 3335-3 du code général des collectivités territoriales ainsi que les recettes résultant du relèvement, au-delà de 3,8 %, du taux de la taxe de publicité foncière ou du droit d'enregistrement intervenu en application du second alinéa de l'article 1594 D du code général des impôts assurent, pour chaque département, la compensation des dépenses exposées au titre des revalorisations exceptionnelles du montant forfaitaire de l'allocation prévue aux articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, résultant des décrets n° 2013-793 du 30 août 2013, n° 2014-1127 du 3 octobre 2014, n° 2015-1231 du 6 octobre 2015, n° 2016-1276 du 29 septembre 2016 et n° 2017-739 du 4 mai 2017 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active. / () III. - Les ressources issues, du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2019, du dispositif de compensation péréquée et du fonds de solidarité en faveur des départements mentionnés au I, ainsi que celles que les départements pouvaient tirer du relèvement, au-delà de 3,8 %, du taux de la taxe de publicité foncière ou du droit d'enregistrement, ont eu pour objet la compensation des dépenses qu'ils ont exposées, du 1er septembre 2013 au 31 août 2019, en application des revalorisations exceptionnelles du montant forfaitaire de l'allocation prévue aux articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, résultant des décrets mentionnés au I du présent article ".
4. Par un arrêté du 2 décembre 2020 fixant le montant des accroissements de charge résultant pour les départements des revalorisations exceptionnelles du RSA, qui vise les cinq décrets de revalorisation cités au point 1, pris après avis du 21 octobre 2020 de la commission consultative sur l'évaluation des charges (CCEC), la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics, ont fixé à 1 399 805 208 euros le montant annuel des accroissements de charge résultant pour les départements concernés par ces mesures à compter du 1er septembre 2018, dont 15 908 732 euros pour le département des Yvelines.
5. Il résulte de l'instruction que le législateur a instauré trois nouvelles ressources au bénéfice des départements à partir du 1er janvier 2014 par les articles 42, 77 et 78 de la loi de finances pour 2014 et il ressort des dispositions précitées de l'article 196 de la loi de finances pour 2020 que ces dispositifs mis en place ont, ou ont eu, pour objet la compensation des dépenses exposées en application des revalorisations exceptionnelles du montant forfaitaire de l'allocation de RSA résultant des cinq décrets en cause. Le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-796 DC du 27 décembre 2019 a jugé, en s'appuyant sur les travaux préparatoires de la loi du 29 décembre 2013 de finances pour 2014, qu'en adoptant ces trois dispositifs de compensation à savoir le dispositif de compensation péréquée (DCP), la faculté de porter à 4,5 % le taux plafond des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) et le fonds de solidarité en faveur des départements (FDS), le législateur avait entendu notamment assurer le financement des revalorisations exceptionnelles du montant forfaitaire du RSA alors annoncées, à hauteur de 10 % sur cinq ans. Il a par suite considéré que les dispositions de l'article 196 de la loi de finances pour 2020 n'ont qu'une valeur interprétative.
6. Le département des Yvelines soutient que les trois dispositifs mis en place par la loi de finances pour 2014 que constituent le DCP, le relèvement du plafond des DMTO de 3,7% à 4,5% et le FDS, ont été présentés par l'Etat comme destinés à respecter ses engagements pris le 16 juillet 2013 dans le cadre du pacte de confiance et de responsabilité, à savoir assurer une meilleure couverture des dépenses d'AIS des départements. Il fait ainsi valoir que l'Etat n'a pas tenu son engagement dès lors qu'il a alloué de manière rétroactive ces trois dispositifs à la seule compensation de la revalorisation du RSA et que l'engagement non tenu par l'Etat constitue une faute de nature à engager sa responsabilité. Il ressort du relevé de conclusions de la réunion du mardi 16 juillet 2013 relative au pacte de confiance et de responsabilité entre l'Etat et les collectivités locales, produit par le département, que " les départements bénéficient, à compter de 2014, d'un meilleur financement des allocations de solidarité nationale " par la création des trois dispositifs précités. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas des termes employés que ce pacte contiendrait un engagement précis et inconditionnel de financement au-delà de celui qui résulte des obligations législatives de l'Etat et d'autre part, il y est également mentionné que les charges qui résulteront de la revalorisation du RSA seront compensées par les ressources complémentaires évoquées ci-dessus et notamment le relèvement du plafond des DMTO. De même, il ressort également des mentions de la réponse de la ministre de la décentralisation et de la fonction publique publiée au journal officiel de l'Assemblée nationale le 22 juillet 2014, produite par le département, que si " le pacte de confiance et de responsabilité signé entre l'Etat et les collectivités territoriales le 16 juillet 2013 a prévu la mise en place de plusieurs mesures en faveur des départements afin de leur assurer un meilleur financement des allocations individuelles de solidarité () ces mesures financières ont également vocation à mettre en œuvre l'engagement du Gouvernement de compenser les charges nouvelles qui résultent pour les départements de la revalorisation exceptionnelle du RSA engagée dans le cadre du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale ". Au surplus, il ressort des données budgétaires présentées par le département dans sa demande indemnitaire que le coût cumulé des revalorisations successives du RSA est évalué à 79 362 365 euros sur la période 2014-2021 tandis que les recettes supplémentaires générées par les dispositifs de financement mis en place par l'Etat se seraient élevées à 388 126 970 euros sur la même période, soit un solde de 308 764 604 euros pouvant être alloué aux dépenses d'AIS du département. Dans ces conditions, le département des Yvelines ne démontre ni qu'une faute aurait été commise par l'Etat, ni qu'il aurait subi un préjudice.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par le département des Yvelines doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le département des Yvelines au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du département des Yvelines est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au département des Yvelines, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La présidente-rapporteure,
J. EVGENAS
L'assesseure la plus ancienne,
L. LAFORET
La greffière
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400082
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Le Printemps immobilier, qui demandait une réduction de sa cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2021. La juridiction a jugé que la société, sur laquelle pesait la charge de la preuve en vertu de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, n'avait pas démontré le caractère exagéré de l'imposition. Elle n'a pas établi que la surface réelle de ses locaux était inférieure à celle déclarée, ni que l'administration avait fait une application erronée des règles de calcul, notamment celles de l'article 1518 A du code général des impôts.
07/04/2026
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