lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212440 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 2 juin 2022, 12 septembre 2022 et 8 novembre 2023 (non communiqué), Mme A B, représentée par Me Girard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ;
2°) d'enjoindre à l'AP-HP de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie avec toutes les conséquences de droit s'agissant notamment de son traitement, ses cotisations retraites et ses congés entre le 15 avril 2021 et le 3 avril 2022 ;
3°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 10 000 euros en indemnisation du préjudice moral subi ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les droits de la défense, dès lors qu'elle n'a pas été informée de ses droits à consulter son dossier, présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux et d'être accompagnée ou représentée en amont du conseil médical ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la pathologie dont elle souffre est exclusivement liée à l'exercice de ses fonctions ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est fondée à solliciter le versement de l'intégralité des sommes dues en conséquence de la reconnaissance de sa pathologie en tant que maladie professionnelle ;
- le préjudice moral subi doit être indemnisé à hauteur de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2023, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse, du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante et de la méconnaissance des droits de la défense sont irrecevables, en application de la jurisprudence du Conseil d'Etat dite Intercopie du 20 février 1953 selon laquelle un moyen nouveau reposant sur une cause juridique distincte des moyens invoqués dans la requête initiale doit être invoqué dans le délai de recours contentieux pour être recevable ; ces moyens ne sont en tout état de cause pas fondés ;
- la pathologie dont souffre Mme B ne présente pas un lien direct et certain avec l'exercice de ses fonctions, dès lors, notamment, que les symptômes se sont aggravés durant sa période d'arrêt maladie ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables à défaut d'avoir fait l'objet d'une demande préalable.
Par une ordonnance du 14 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillier, représentant Mme B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, auxiliaire de puériculture titulaire, exerçait ses fonctions au sein de l'hôpital Trousseau, relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Par une décision en date du 25 mars 2022, dont l'intéressée a pris connaissance le 19 avril 2022, le directeur général de l'AP-HP a refusé de reconnaître le caractère professionnel de la maladie déclarée par la requérante le 12 juillet 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 822-20 du code de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B exerçait depuis le mois de décembre 2007 les fonctions d'auxiliaire de puériculture au sein de l'hôpital Armand Trousseau, jusqu'à son placement en congé de maladie au mois de janvier 2021. La maladie dont souffre la requérante, à savoir une épicondylite latérale gauche au niveau du coude, est inscrite au tableau n°57B des tableaux de maladies professionnelles. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier, et notamment des examens médicaux des 23 novembre 2020 et 18 janvier 2021, que la maladie a été diagnostiquée dans le délai de prise en charge, à savoir le délai maximal entre la constatation de la maladie et la date à laquelle le travailleur a cessé d'être exposé au risque générant la maladie, de quatorze jours en l'espèce, dès lors que l'exposition au risque a cessé à compter du 14 janvier 2021, date à laquelle la requérante a été placée en arrêt de maladie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les missions dévolues à la requérante dans le cadre de ses fonctions supposent une " bonne résistance physique (port de charge jusque 20 kg " comme l'atteste la fiche de poste versée à l'instance par la requérante, le rapport hiérarchique établi le 6 juillet 2021 par le responsable du service au sein duquel était affectée Mme B précisant également que celle-ci est exposée " en continu " à un " risque de manutention, port de charges lourdes " ainsi qu'à un " risque de troubles ostéoarticulaires ". Enfin, l'attestation du 7 juillet 2021 du médecin du travail de l'AP-HP précise que " l'activité professionnelle de Mme B engendre des gestes décrits dans la liste limitative du tableau de maladie professionnelle 57B () pouvant être responsable du tableau clinique constaté ". Ainsi, la requérante établit exercer ses fonctions dans les conditions requises par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique. En application de ces dispositions, la maladie qui affecte Mme B doit être considérée comme imputable au service. L'AH-HP fait valoir en défense que la requérante présente deux circonstances favorisantes, à savoir une dysthyroïdie et une obésité. Toutefois, l'existence de facteurs favorables liés à son état de santé n'excluent pas l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et son service. Par ailleurs, si l'AP-HP argue que Mme B ne souffre que du coude gauche alors qu'elle est droitière, cette circonstance n'est pas dirimante dès lors que la requérante utilise nécessairement ses deux bras dans le cadre de ses fonctions. Enfin, l'AP-HP ne justifie pas de l'absence de tout lien entre la pathologie de la requérante et son service en se bornant à faire valoir le rapport d'expertise diligenté par l'administration le 30 novembre 2021, selon lequel les symptômes présentés par la requérante auraient subsisté - voire se seraient aggravés - malgré une période d'arrêt de travail conséquente (dix mois), dès lors que, d'une part, il ressort des éléments évoqués à l'audience que la requérante a poursuivi son activité professionnelle durant la période des soins et que, d'autre part, l'arrêt de l'exposition au risque n'entraîne pas à lui seul nécessairement une atténuation, et encore moins une disparition, de la pathologie. Ainsi, les éléments produits en défense sont insuffisants pour renverser la présomption légale d'imputabilité au service de la maladie. Dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme B est par suite fondée à soutenir que l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie est entachée d'une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'AP-HP a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "
6. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait, préalablement à l'introduction de sa requête indemnitaire, adressé à l'AP-HP une demande tendant à ce que lui soient versée une somme de 10 000 euros en indemnisation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de la décision litigieuse. Dès lors, les conclusions à fin d'indemnisation de la requête de Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
7. La présente annulation implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur général de l'AP-HP de placer Mme B en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 14 janvier 2021, au titre d'une maladie imputable au service, avec toutes les conséquences de droit s'agissant notamment de son traitement, ses cotisations retraites et ses congés entre le 15 avril 2021 et le 3 avril 2022.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 mars 2022 par laquelle le directeur général de l'AP-HP a refusé la reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie présentée par Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'AP-HP de placer Mme B en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 14 janvier 2021, avec toutes les conséquences de droit, s'agissant notamment de son traitement, ses cotisations retraites et ses congés entre le 15 avril 2021 et le 3 avril 2022.
Article 3 : L'AP-HP versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'AP-HP.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
La rapporteure,
M. de SAINT CHAMASLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026