jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212513 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAMILLE MIALOT AVOCAT (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7 juin 2022 et 26 mars 2024, les associations Respire, Ras-le-Scoot et Paris sans voiture ainsi que Mme U G, Madame I H, Madame K AD, Madame V AC, Madame V L, Monsieur AF AI, Monsieur Y T, Monsieur Q O, Monsieur R J, Monsieur P C, Monsieur Z AG, Monsieur AH X, Monsieur W AE, Monsieur S D, Monsieur B AA, Monsieur M N et Monsieur A E, représentés par Me Mialot et Me Ehrenfeld, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de police sur la demande du 3 février 2021 de prendre toutes mesures nécessaires pour faire respecter par les deux-roues motorisés les dispositions de l'article R. 318-1 du code de la route et de l'arrêté n° 2021P110297 du 28 mai 2021 instaurant une zone à faible émissions mobilité à Paris ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de prendre toutes mesures nécessaires pour faire respecter par les deux-roues motorisés les dispositions de l'article R. 318-1 du code de la route et de l'arrêté n° 2021P110297 du 28 mai 2021 instaurant une zone à faible émissions mobilité à Paris, en cohérence avec les dispositions de l'article L. 220-1 du code de l'environnement, dans un délai d'un mois à compter de la lecture du jugement et sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard ;
3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'Etat méconnaît les dispositions de l'arrêté n°2021P110297 du 28 mai 2021 pris conjointement par le préfet de police et la maire de Paris, instaurant une zone à faibles mobilités dans Paris et l'article R. 318-1 du code de la route, dès lors qu'aucun dispositif efficace de contrôle, de sanction, ou toute autre mesure nécessaire, n'a été mis en place pour les faire respecter aux deux-roues motorisés alors que pesait sur le préfet une obligation de résultat ;
- l'Etat méconnaît les stipulations de la directive 2008/50/CE du 21 mai 2008 relative à la qualité de l'air ambiant et de l'article L. 2213-4-1 du code général des collectivités territoriales en se contentant d'édicter la création d'une zone à faible émissions mobilité dans Paris par son arrêté n°2021P110297 du 28 mai 2021 sans prendre l'ensemble des mesures de nature à assurer le respect des règles de circulation applicables aux deux-roues dans la ZFE ;
- l'Etat méconnaît les articles L. 220-1 et R. 221-1 du code de l'environnement en l'absence de contrôle de la circulation et de sanction des véhicules deux-roues non conformes aux critères définis dans l'article R. 318-1 du code de l'urbanisme et l'arrêté n°2021P110297 du 28 mai 2021 ;
- les associations requérantes disposent de la capacité à agir ;
- les associations requérantes ont un intérêt à agir, la décision implicite du préfet de police qu'elles contestent à une échelle régionale, l'association " Ras-le-scoot " mène des actions principalement localisées dans Paris et sa petite couronne et les personnes physiques sont domiciliées à Paris ou dans sa petite couronne ;
- la requête contient les moyens qui la fondent, elle est donc recevable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- titre principal, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des opérations de police judiciaire ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en tant que les requérants ne disposent pas de capacité à agir, d'intérêt à agir et, en outre, en tant qu'elle est dépourvue de moyens ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2008/50/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2008 concernant la qualité de l'air ambiant et un air pur pour l'Europe ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de la route ;
- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association ;
- l'arrêté conjoint n° 2021P110297 du 28 mai 2021 du préfet de police et de la maire de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mialot, pour les requérants et de M. AB, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 3 février 2021, les associations Respire, Ras-le-Scoot, Paris sans voiture, ainsi que plusieurs requérants physiques ont demandé au préfet de police de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer l'application des dispositions de l'article R. 318-1 du code de la route aux véhicules légers (2 roues motorisés) et de l'arrêté conjoint n° 2021P110297 du 28 mai 2021 de la maire de Paris et du préfet de police instaurant une zone à faibles émissions (ZFE) en tant notamment qu'elle s'applique aux deux-roues motorisés, assortie d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait des nuisances occasionnées par le non-respect de cette réglementation. Cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 7 avril 2022. C'est la décision attaquée.
Sur la compétence du juge administratif :
2. Si le contentieux relatif à l'exercice d'opérations de police judiciaire relève de la compétence du juge judiciaire, la responsabilité de l'Etat peut également être recherchée devant le juge administratif s'il est soutenu que, par un manquement à ses obligations de prendre des mesures appropriées pour que les interdictions édictées soient observées, il peut être regardé comme ayant contribué directement à une pratique d'abstention de contrôle des deux-roues motorisés.
3. La présente requête tend à faire reconnaître l'existence d'un manquement de l'Etat pour n'avoir pas pris les mesures normatives et organisationnelles de nature à prévenir une pratique " manifestement délibérée ", selon les termes des requérants, d'abstention de contrôle des deux-roues motorisés. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'une telle action relève de la compétence du juge administratif alors même que l'appréciation de la régularité des contrôles d'opérations de police judiciaire de deux-roues en infraction relève de la compétence du juge judiciaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il appartient à l'Etat de prendre toutes mesures propres à assurer le respect de la réglementation en vigueur. Pour justifier du respect de l'obligation à laquelle il était tenu, le préfet de police produit les chiffres spécifiques aux contrôles de " deux-roues " pour les années 2021 et 2022, aux termes desquels trois contrôles en 2021 et quatre contrôles en 2022 auraient été effectués pour le motif " émission de fumées toxiques, corrosif ou odorant par un véhicule à moteur ", quatre contrôles en 2021 et onze contrôles en 2022 sous le motif " Zone circulation restreinte (ZCR) ", cent-vingt contrôles en 2021 et deux-cent cinquante-deux contrôles en 2022 pour le motif " Vignette crit'air ". Le préfet produit aussi des tableaux issus d'un rapport de l'atelier parisien d'urbanisme établissant le pourcentage, parmi les deux-roues motorisés, de véhicules qui relèveraient des catégories soumises aux restrictions de circulation prévues par l'arrêté du 28 mai 2021, soit des Crit'Air 4, 5 ou non classés dans Paris pour le parc immatriculé au 1er janvier 2022. Pour justifier qu'il existerait une pratique d'abstention de la part des autorités de police à prendre les mesures nécessaires au respect des règles de circulation par les deux roues dans la ZFE et des prescriptions de l'article R. 318-1 du code de la route, les requérants se bornent à calculer un nombre hypothétique de déplacements annuels de véhicules non-conformes en supposant que l'intégralité des véhicules relevant des catégories Crit'Air 4, 5 ou non classés se déplaceraient en infraction hors des plages horaires autorisées, ou à mettre en avant le nombre de contrôles et d'infractions relevés au titre des stipulations de l'article R. 318-1 du code de la route au regard du nombre de deux-roues motorisés susceptibles de se déplacer dans Paris, ou encore à produire des pièces datées et ponctuelles, notamment un rapport de mai 2007 sur les conditions de mise en place d'un contrôle technique des deux-roues motorisés ou un article paru le 12 janvier 2021 dans le journal 20 minutes. Ce faisant, les requérants ne démontrent, ni que l'instauration d'une zone à faible émissions ne serait pas en elle-même une mesure suffisante pour servir de cadre aux opérations de police judiciaire, ni l'existence d'une pratique d'abstention " manifestement délibérée " de contrôle des deux-roues motorisés par le préfet de police, ni que celui-ci n'aurait, par suite, pas suffisamment rempli l'obligation qui lui incombe au vu de l'arrêté conjoint n° 2021P110297 du 28 mai 2021. Dès lors, faute pour les requérants d'établir la méconnaissance de la part de l'Etat de ses obligations découlant des dispositions de l'article R. 318-1 du code de la route et de l'arrêté conjoint n° 2021P110297 du 28 mai 2021, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de la directive 2008/50/CE du 21 mai 2008 relative à la qualité de l'air ambiant, de l'article L. 2213-4-1 du code général des collectivités territoriales et des articles L. 220-1 et R. 221-1 du code de l'environnement doivent être écartés.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, la requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Respire et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié aux associations Respire, Ras-le-Scoot et Paris sans voiture ainsi qu'à Mme U G, Madame I H, Madame K AD, Madame V AC, Madame V L, Monsieur AF AI, Monsieur Y T, Monsieur Q O, Monsieur R J, Monsieur P C, Monsieur Z AG, Monsieur AH X, Monsieur W AE, Monsieur S D, Monsieur B AA, Monsieur M N, Monsieur A E, au préfet de police et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Florian Paret, premier conseiller,
Mme Clémentine Voillemot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
F. F
La présidente,
A. Seulin La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432395
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... qui demandait l'annulation des décisions du garde des sceaux refusant son changement de nom de « A... » en « Sallaberry ». Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision de refus était suffisamment motivée au regard de l'article 6 du décret n°94-52 du 20 janvier 1994, et que l'absence d'enquête préalable n'entachait pas la procédure d'irrégularité. Sur le fond, il a estimé que les motifs affectifs invoqués par la requérante ne constituaient pas, en l'espèce, un intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil justifiant de déroger au principe de fixité du nom.
06/01/2026