mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212724 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | HAMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 10 juin 2022 et les 9 février et 10 mars 2023, la société civile immobilière (SCI) Louximmo, représentée par Me Deleuze et Me Hické, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts, de l'impôt sur les plus-values immobilières auquel elle a été assujettie au titre de la vente d'un bien immobilier situé 14 rue de l'Abbé de l'Epée dans le 5ème arrondissement de Paris.
La société Louximmo soutient que :
-la plus-value réalisée sur la vente de l'appartement en litige pouvait bénéficier de l'exonération prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts dès lors qu'il constituait la résidence principale familiale de ses associés, M et Mme C ;
-si les intéressés ont dû habiter à une autre adresse pendant un certain temps en raison des travaux de réfection qui ont été rendus nécessaires par un incendie subi par l'appartement litigieux, ce dernier est toujours resté leur résidence principale ;
-seule la chambre de bonne située au 6ème étage a été louée à un tiers.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 janvier et 17 février 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
-et les observations de Me Hické, représentant la société Louximmo.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Louximmo, dont Mme D épouse C et M. C sont les associés, a vendu, par un acte du 27 septembre 2018, un bien immobilier comprenant un appartement et deux caves situé 14 rue de l'Abbé de l'Epée dans le 5ème arrondissement de Paris et a placé la plus-value née de cette vente sous le régime de l'exonération prévue par le 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts. Par une proposition de rectification du 7 octobre 2019, l'administration fiscale a remis en cause cette exonération et a notifié à la société des cotisations d'impôt sur les plus-values immobilières. La société Louximmo demande la décharge, en droits et intérêts, de ces impositions.
2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. / Ces dispositions s'appliquent, sous réserve de celles prévues au 3° du I de l'article 35, aux plus-values réalisées lors de la cession d'un terrain divisé en lots destinés à être construits. / II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : / 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession ; () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, la résidence principale doit s'entendre du lieu où le contribuable réside habituellement pendant la majeure partie de l'année, et il doit s'agir de sa résidence effective. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a remis en cause l'application par la société Louximmo à la plus-value née de la vente de l'appartement situé 14 rue de l'Abbé de l'Epée à Paris de l'exonération prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts au motif que ce bien ne constituait pas la résidence principale de M. et Mme C, associés de la SCI, à la date de la vente. Il résulte des termes de la proposition de rectification en date du 7 décembre 2019 que le service vérificateur a constaté que M. et Mme C avaient mentionné sur leur déclaration de revenus pour l'année 2017, effectuée en ligne le 1er juin 2018, être locataires de leur résidence principale située rue Duguay-Trouin dans le 6ème arrondissement de Paris et que, sur leur déclaration en ligne de leurs revenus pour l'année 2018 effectuée le 11 juin 2019, les intéressés avaient indiqué avoir déménagé de la rue Duguay-Trouin à leur nouvelle adresse, rue Auguste Comte, dans le 5ème arrondissement. De plus, le service a relevé que les avis de taxe d'habitation des années 2016, 2017, 2018 émis au nom de Mme C concernant l'appartement litigieux rue de l'Abbé de l'Epée mentionnaient qu'il s'agissait d'une résidence secondaire alors que l'avis de taxe d'habitation pour l'année 2018 concernant l'appartement situé rue Duguay-Trouin mentionnait qu'il s'agissait de la résidence principale des deux époux.
5. La société Louximmo soutient que M. et Mme C, qui vivaient jusqu'au début de l'année 2017 aux Etats-Unis, se sont installés à leur retour en France dans l'appartement situé au 14 rue de l'Abbé de l'Epée qui est resté leur résidence principale jusqu'à sa vente. Elle précise que si les intéressés ont dû être relogés dans l'appartement situé rue Duguay-Trouin en raison d'un incendie survenu dans leur appartement le rendant inhabitable, ils ne sont restés que peu de temps dans cet appartement, qui a finalement fait office de garde-meuble, et se sont réinstallés dès que possible dans une petite partie de l'appartement rue de l'Abbé de l'Epée qui n'avait pas été touchée par l'incendie.
6. La société requérante établit par les pièces qu'elle produit que l'appartement rue de l'Abbé de l'Epée a été fortement endommagé par un incendie, le rendant au moins partiellement inhabitable. Toutefois, il n'est pas démontré que M. et Mme C vivaient effectivement dans cet appartement lorsque l'incendie a eu lieu puisque la date de leur retour en France n'est pas précisément donnée. Si la requête évoque un retour début 2017, il est constant que M. et Mme C ont indiqué dans leur déclaration en ligne de leurs revenus pour 2017, le 1er juin 2018, être rentrés en France le 8 juin 2017, alors que leur avocat a mentionné la date du 15 mars 2017 dans le courrier qu'il a adressé à l'administration fiscale le 26 mai 2017, soit après l'incendie, pour l'informer du retour en France des intéressés. Aucun élément versé au dossier ne permet de corroborer une de ces dates. En outre, l'attestation du cabinet d'expertise Roux du 28 octobre 2019 qui mentionne que M. C a subi un important incendie dans sa résidence principale et qu'il a dû être relogé durant la gestion des travaux d'expertise, ne précise pas si c'est effectivement M. F C, associé de la SCI requérante, qui résidait dans l'appartement à la date de l'incendie ou l'un des fils du couple, M. E C, dont il est constant qu'il était présent dans l'appartement lors de l'incendie.
7. Par ailleurs, alors qu'ainsi qu'il a été dit, A et Mme C ont indiqué dans leurs déclarations de revenus pour 2017 et 2018 que leur résidence principale se situait rue Duguay-Trouin, la société Louximmo ne produit aucune pièce permettant de démontrer que les intéressés auraient été relogés à cette adresse par leur assurance en raison de l'incendie. A cet égard, si l'attestation du 28 octobre 2019 du cabinet Roux, qui est un cabinet d'expertise et non l'assureur des intéressés, évoque la nécessité d'un relogement, elle ne mentionne ni que l'assurance des intéressés a pris en charge un tel relogement ni à quelle adresse et pendant quelle durée il a eu lieu. De même, si la société soutient que les époux C ont pu rapidement réaménager dans une partie de l'appartement non touchée par l'incendie et que l'appartement rue Duguay-Trouin a essentiellement servi de garde-meuble, elle ne l'établit pas. En outre, elle ne produit aucun élément ni aucun commencement de preuve démontrant que, comme elle le soutient, c'est l'expert-comptable des époux C qui aurait indiqué par erreur, le 1er juin 2018, soit près d'un an après l'incendie et donc à une date où ils étaient, selon ses dires déjà de retour dans l'appartement rue de l'Abbé de l'Epée, que la résidence principale des intéressés se situait au 1er janvier 2018 rue Duguay-Trouin.
8. Enfin, si la société Louximmo produit des factures des opérateurs Orange et EDF, un courrier du RSI et un courrier du CESU ainsi que des relevés de compte au nom de M. F C et de Mme B C émis pendant les années 2017 et 2018 et sur lesquels apparaît l'adresse 14 rue de l'Abbé de l'Epée, ces documents ne sauraient permettre de démontrer que les époux avaient effectivement leur résidence principale à cette adresse dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. et Mme C sont associés de la société Atechma, dont M. C est également gérant et que la société Louximmo a loué à cette société une chambre de bonne située également au 14 rue de l'Abbé de l'Epée, ce qui permettait à M. et Mme C d'avoir une adresse dans cet immeuble pendant toute la période en litige. A cet égard la carte grise du 2 août 2019 versée au dossier mentionne toujours cette adresse alors que l'appartement litigieux a été vendu le 27 septembre 2018. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'appartement situé 14 rue de l'Abbé de l'Epée cédé par la société Louximmo le 27 septembre 2018 constituait la résidence principale de ses associés. Par suite et quand bien même le supérieur hiérarchique a abandonné la majoration de 40 % pour manquement délibéré à l'issue de l'entretien du 16 septembre 2021, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la plus-value réalisée lors de la cession de l'appartement litigieux ne pouvait bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions susvisées de l'article 150 U du code général des impôts.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Louximmo doit être rejetée.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la société Louximmo est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Louximmo et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026