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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212731

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212731

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212731
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMAAMOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Sous le numéro n° 2212731, par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2022 et le 2 février 2024, M. B A, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 6 avril 2022 par laquelle la commission nationale d'agrément et contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler son agrément de dirigeant d'une société de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer l'agrément sollicité, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de deux cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la délibération attaquée :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission était irrégulièrement composée ;

- méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la mention au bulletin n°2 du casier judiciaire de M. A a été effacée par une décision du 4 janvier 2022 de l'autorité judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II.- Par une requête n° 2212749, enregistrée le 13 juin 2022, la société ISA GUARD, représentée par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 6 avril 2022 par laquelle la CNAC a refusé de renouveler son autorisation d'exercer des activités de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de deux cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la délibération attaquée :

- méconnaît l'article L121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des articles L.611-1, L.612-9 et L.612-12 du code de la sécurité intérieure, dès lors que la référence à la " personne intéressée " contenue dans ces dispositions concerne la société et non son gérant ;

- -méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- est illégale en raison de l'exception d'illégalité de la délibération du même jour refusant l'agrément de M. A, dirigeant d'ISA GUARD, elle-même méconnaissant la chose jugée et entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, dirigeant de la société ISA GUARD, a sollicité le 24 septembre 2018 le renouvellement de son agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Île-de-France Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Au nom de la société ISA GUARD, il a également sollicité, le 23 février 2018, la délivrance d'une autorisation d'exercice auprès de la même commission. Par des décisions du 22 novembre 2018, la CLAC a rejeté les demandes de M. A et de la société ISA GUARD. Ces derniers ont saisi la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) de recours administratifs préalables, rejetés par des décisions du 29 mars 2019. Par un jugement n° 1907629 du 9 octobre 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé les décisions de refus de renouvellement de l'agrément en qualité de dirigeant et de délivrance d'une autorisation d'exercice et enjoint au CNAPS de réexaminer les demandes de M. A. Par délibérations du 29 janvier 2021, la CNAC a de nouveau rejeté ces demandes. Par un jugement n° 2105057 du 23 décembre 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé ces nouvelles décisions de refus de renouvellement d'un agrément dirigeant et de délivrance d'une autorisation d'exercice et enjoint au CNAPS de délivrer l'agrément demandé par M. A ainsi que l'autorisation d'exercer sollicitée par la société ISA GUARD. Par deux délibérations du 6 avril 2022, dont M. A et la société ISA GUARD demandent l'annulation, la CNAC a de nouveau rejeté ces demandes.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2212731 et 2212747 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes : () / 2° Ne pas avoir fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent ; (). / L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. "

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 4 janvier 2022, le président du tribunal correctionnel de Paris a prononcé l'exclusion du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. A de la condamnation à une peine d'un an de prison avec sursis prononcée par un jugement du 3 mars 2020 pour des faits de soustraction frauduleuse à l'établissement ou au paiement de l'impôt par dissimulation de sommes et fraude fiscale commis du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. Dans ces conditions, la CNAC ne pouvait légalement fonder sa décision sur les dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-7 du code de la sécurité intérieure.

5. D'autre part, les faits de soustraction frauduleuse à l'établissement ou au paiement de l'impôt et de fraude fiscale pour lesquels M. A a été condamné ont été commis dix ans avant les décisions litigieuses et n'ont pas été répétés. Dans ces circonstances, et ainsi qu'il a été décidé par le jugement mentionné ci-dessus du 23 décembre 2021 dont le CNAPS n'a pas interjeté appel, la commission nationale d'agrément et de contrôle a commis une erreur d'appréciation en considérant que ces seuls faits permettaient d'estimer, à la date du 6 avril 2022, que son comportement ou ses agissements étaient incompatibles avec l'exercice de fonctions de dirigeant d'une société privée de sécurité.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 6 avril 2022 par laquelle la CNAC a refusé de renouveler son agrément de dirigeant d'une société privée de sécurité.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-9 du code de la sécurité intérieure : " L'exercice d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 est subordonné à une autorisation distincte pour l'établissement principal et pour chaque établissement secondaire ". Aux termes de l'article L. 612-12 du même code : " L'autorisation prévue à l'article L. 612-9 est refusée si l'exercice d'une activité mentionnée à l'article L. 611-1 par la personne intéressée est de nature à causer un trouble à l'ordre public ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de renouveler l'autorisation d'exercice d'une activité de sécurité privée à la société ISA GUARD, la CNAC s'est fondée sur le refus opposé le même jour à la demande de renouvellement d'un agrément à M. A, alors unique gérant de la société requérante, pour estimer que la poursuite de l'activité de la société, sans gérant dûment agréé, constituerait un trouble à l'ordre public. Dès lors, le présent jugement, qui annule la décision du 6 avril 2022 refusant le renouvellement de l'agrément de M. A, implique que la décision du même jour refusant l'autorisation d'exercice de la société ISA GUARD au motif du refus de renouvellement de l'agrément de M. A soit annulée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A et la société ISA GUARD sont fondées à demander l'annulation des délibérations de la CNAC du 6 avril 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. La présente annulation implique nécessairement que le conseil national des activités privées de sécurité délivre à M. A un agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée et à la société ISA GUARD une autorisation d'exercice, dans un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme globale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les délibérations de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité du 6 avril 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. A un agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée et à la société ISA GUARD une autorisation d'exercice, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à M. A et à la société ISA GUARD une somme globale de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société ISA GUARD et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

M. Lautard-Mattioli

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2212731/6-1 - 2212749/6-1

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