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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212919

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212919

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212919
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CONSTANTIEUX (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2022 et 20 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Constantieux, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la somme de 8 427 euros, correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2017 et assorties des pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 320 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les gains d'acquisition d'actions gratuites ayant été imposés d'après le barème progressif, ils entraient dans le champ d'application du mécanisme du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts ;

- il aurait dû bénéficier du système du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts pour la plus-value réalisée lors de la vente de ses actions en 2017, dès lors que le montant total de cette plus-value et des gains d'acquisition de ces actions gratuites dépassait la moyenne des revenus nets d'après lesquels il a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, ces deux évènements relevant d'une seule opération juridique ayant un fait générateur unique, et que ces revenus présentaient un caractère exceptionnel.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le mécanisme du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts ne peut être appliqué aux gains d'acquisition des actions gratuites, dès lors que ceux-ci sont imposés au taux proportionnel de 30 % prévu par l'article 200 A du code général des impôts et non selon le barème progressif de l'article 197 du code général des impôts ;

- le montant de la plus-value résultant de la cession des actions réalisée en 2017 ne dépasse pas la moyenne des revenus nets des trois dernières années et ce revenu était susceptible d'être recueilli annuellement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Mecquenem,

- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déclaré dans ses revenus pour l'année 2017 une plus-value résultant de la cession d'actions gratuites, réalisée au cours de cette année ainsi que les gains d'acquisition de ces actions gratuites, imposables lors de la cession de celles-ci en application de l'article 80 quaterdecies du code général des impôts. Des rectifications en matière d'impôt sur le revenu lui ont été notifiées dans une proposition de rectification établie le 20 mai 2021. M. B a présenté des observations le 16 juillet 2021 et a sollicité à cette occasion l'application du système du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts. L'administration a refusé, dans sa réponse du 13 septembre 2021, de faire application de ce dispositif et a mis à la charge de l'intéressé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017 ainsi que des pénalités. Sa réclamation ayant été rejetée le 29 mars 2022, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités correspondantes mises à sa charge au titre de l'année 2017 pour un montant de 8 427 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. / () / III. - Les dispositions prévues aux I et II ne s'appliquent qu'aux seuls revenus exceptionnels ou différés imposés d'après le barème progressif prévu à l'article 197. ".

3. Le requérant sollicite l'application du système du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts, s'agissant des gains d'acquisition des actions gratuites qui ont été cédées en 2017, imposables au titre de cette année en application de l'article 80 quaterdecies du code général des impôts, et de la plus-value réalisée lors de la cession de ces actions en 2017.

En ce qui concerne les gains d'acquisition des actions gratuites :

4. Aux termes de l'article 80 quaterdecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - Les actions attribuées dans les conditions définies aux articles L. 225-197-1 à L. 225-197-3 du code de commerce sont imposées entre les mains de l'attributaire selon les modalités prévues au 6 bis de l'article 200 A lorsque les actions attribuées demeurent indisponibles sans être données en location pendant une période minimale de deux ans qui court à compter de leur attribution définitive. / () / L'impôt est dû au titre de l'année au cours de laquelle le bénéficiaire des actions les a cédées. (). ". Aux termes de l'article 200 A du même code dans sa rédaction applicable : " 6 bis Sauf option pour l'imposition à l'impôt sur le revenu selon les règles applicables aux traitements et salaires, l'avantage correspondant à la valeur à leur date d'acquisition des actions mentionnées à l'article 80 quaterdecies est imposé au taux de 30 %. ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment de la déclaration de revenus et de l'avis d'imposition de M. B, que l'avantage correspondant à la valeur des actions mentionnées à l'article 80 quaterdecies du code général des impôts à leur date d'acquisition a été en l'espèce imposé au barème progressif prévu à l'article 197 du code général des impôts et non au taux forfaitaire de l'article 200 A de ce code. Il s'ensuit que les gains d'acquisition des actions gratuites qui ont été cédées en 2017 par M. B, qui constituent un revenu exceptionnel par son montant et sa nature, répondaient à la condition posée au III de l'article 163-0 A du code général des impôts et pouvaient, à ce titre, être imposés selon le système du quotient.

En ce qui concerne la plus-value de cession réalisée en 2017 :

6. Aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - 1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu. ". Selon l'article 150-0 D du même code : " 1. Les gains nets mentionnés au I de l'article 150-0 A sont constitués par la différence entre le prix effectif de cession des titres ou droits, net des frais et taxes acquittés par le cédant, et leur prix effectif d'acquisition par celui-ci diminué, le cas échéant, des réductions d'impôt effectivement obtenues dans les conditions prévues à l'article 199 terdecies-0 A, ou, en cas d'acquisition à titre gratuit, leur valeur retenue pour la détermination des droits de mutation. / (). ".

7. Ainsi que le fait valoir l'administration en défense, le montant de la plus-value imposable réalisée par M. B lors de la vente de ses actions en 2017, soit 21 503 euros, qui constitue un revenu distinct de celui résultant de l'acquisition des actions gratuites, est inférieur à la moyenne des revenus nets imposables des trois années précédentes, dont l'administration précise, sans être contredite, qu'elle s'élève à 45 499 euros. Dès lors, la condition posée par le I de l'article 163-0 A du code général des impôts n'étant pas remplie, ce revenu ne pouvait être imposé selon le système du quotient.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la décharge de la différence entre l'imposition supplémentaire d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, assortie des pénalités correspondantes, portant sur les gains d'acquisition des actions gratuites, et la cotisation d'impôt calculée en application du système du quotient pour les gains en cause, dans la limite de sa demande, soit la somme de 8 427 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'imposition au titre de l'année 2017 du revenu exceptionnel de M. B tenant aux gains d'acquisitions des actions gratuites cédées en 2017 sera calculée selon le régime du quotient prévu à l'article 163-0 A du code général des impôts.

Article 2 : M. B est déchargé, en droits et pénalités, de la différence entre la cotisation d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mise à sa charge au titre de l'année 2017 et la cotisation d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux telle qu'elle résulte de l'application de l'article 1er ci-dessus, dans la limite de 8 427 euros.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme de Mecquenem, première conseillère,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

signé

S. DE MECQUENEM

Le président,

signé

C. FOUASSIERLa greffière,

signé

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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