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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213242

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213242

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213242
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantBOUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 juin 2022, le 6 avril 2023, le 11 mai 2023, le 30 juin 2023 et le 11 septembre 2023, M. D C, représenté par Me Boutes, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Il soutient que :

- la décision de rejet de ses réclamations préalables en date du 20 septembre 2018 et du 29 janvier 2019 ne lui a été notifiée que le 12 avril 2022 ;

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que la proposition de rectification qui lui était adressée ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- c'est à tort que le service a considéré qu'il disposait de la maîtrise de l'affaire de la société VSA BAT au titre des exercices clos en 2015 et 2016, dès lors qu'il avait procédé à la cession de cette société le 10 février 2015 et que l'ensemble des opérations, à compter de cette date, relevait de la responsabilité du nouveau gérant, M. A ;

- il est incompréhensible que la BRED Banque populaire, en réponse au droit de communication exercé par le service, n'ait communiqué que le carton de signature relatif à l'ouverture du compte de la société en 2012 ;

- il apporte la preuve de l'absence d'appréhension des sommes litigieuses au cours des années 2015 et 2016 ;

- M. B, surnommé Bata, qui l'a accompagné au moment de la modification des statuts de l'entreprise, est en réalité le gérant de fait de la société VSA Bat et, partant le maître de l'affaire, dès lors que M. A prenait ses instructions auprès de cette personne.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mars 2023, le 12 mai 2023 et le 22 septembre 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la réclamation présentée par M. C en date du 4 avril 2022 était tardive, le délai de réclamation dont il disposait ayant pris fin le 31 décembre 2020 ;

- la requête est irrecevable dès lors que les réclamations présentées par M. C en date des 20 septembre 2018 et 29 janvier 2019 ont fait l'objet d'une décision de rejet en date du 21 août 2019 comportant les voies et délais de recours ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a exercé les fonctions de gérant de la société à responsabilité limitée (SARL) VSA BAT, qui a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification en date du 27 novembre 2017, le service a informé M. C de son intention de modifier ses bases imposables à l'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux au titre des années 2014 à 2016 en réintégrant, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les montants correspondant à la minoration de chiffre d'affaires de la SARL VSA BAT, regardés comme lui ayant été distribués. Les cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux correspondantes, au titre des années 2014, 2015 et 2016, ont été mises à la charge de M. C par voie de rôle, par des avis établis en date du 26 avril 2018. Par la requête susvisée, M. C demande la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. " L'article R. 196-1 de ce même livre dispose que : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a. De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".

3. Il résulte de l'instruction que les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement en date du 30 avril 2018, par voie de rôles établis en date du 26 avril 2018. M. C, qui ne conteste pas la date d'homologation des rôles, disposait par suite, pour contester ces impositions, d'un délai de réclamation s'achevant le 31 décembre 2020, ainsi que d'un délai spécial prenant fin à la même date, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 27 novembre 2017 lui avait régulièrement été notifiée, quand bien même le pli comprenant ce document, n'ayant pu être distribué, a par la suite été retourné au service.

4. L'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France fait valoir que les conclusions à fin de décharge présentées par M. C sont irrecevables dès lors que, d'une part, la réclamation présentée par M. C en date du 4 avril 2022 était tardive et que, d'autre part, les réclamations présentées par M. C en date des 20 septembre 2018 et 29 janvier 2019 ont fait l'objet d'une décision de rejet en date du 21 août 2019, qui comportait la mention des voies et délais de recours, sans que l'intéressé n'enregistre de requête devant le tribunal compétent dans le délai de recours contentieux ouvert à compter de la notification de cette décision. Toutefois, le service, qui a produit la décision du 21 août 2019 en réponse à la demande de communication de pièce pour compléter l'instruction qui lui avait été adressée ne justifie pas, dans le cadre de la présente instance, de la date de notification de ce courrier. Au surplus, alors qu'il résulte des termes de la décision de rejet en date du 21 août 2019 que celle-ci avait pour seule portée de rejeter la réclamation présentée par M. C en date du 20 septembre 2018, la décision de rejet en date du 12 avril 2022 produite par le requérant, qui se présente comme un " nouvel envoi " de la première décision de rejet adressée à l'intéressé, mentionne qu'elle fait suite à la réclamation présentée en date du 20 septembre 2018 ainsi qu'à celle présentée en date du 29 janvier 2019, et répond, pour la première fois, aux arguments avancés dans cette dernière par M. C, relatifs à la notification de la proposition de rectification du 27 novembre 2017. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

5. Aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

6. Le service soutient, en produisant la proposition de rectification en date du 27 novembre 2017 et sa copie en date du 6 décembre de la même année, que le pli contenant la proposition de rectification adressée à M. C, envoyé à l'adresse, dans la commune de Vanves, que celui-ci avait communiquée au service au titre d'un e-avis de situation déclarative émis en 2017, lui a été retourné avec la mention " Destinataire inconnu à cette adresse ". M. C, qui ne conteste pas ces informations et reconnaît avoir omis de renseigner ses nouvelles adresses à l'administration fiscale, se borne à soutenir que le service se devait de poursuivre ses investigations afin que la proposition de rectification dont il était destinataire lui parvienne effectivement. Toutefois, et alors que, au demeurant, le service soutient avoir transmis ce document par un second courrier adressé à une adresse située dans le 11ème arrondissement de Paris que M. C lui avait antérieurement communiquée, l'administration fiscale n'était pas tenue d'engager de telles démarches complémentaires. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la proposition de rectification en date du 27 novembre 2017 doit être écarté.

En ce qui concerne le bienfondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

7. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".

8. Il résulte de l'instruction que M. C n'a apporté aucune réponse à la proposition de rectification du 27 novembre 2017 qui, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 6, doit être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant tacitement accepté ladite proposition. Par suite, il supporte, en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige.

S'agissant de l'appréhension des revenus distribués :

9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. Est qualifié de maître de l'affaire une personne qui exerce la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds.

10. Les impositions demeurant en litige procèdent de l'inclusion dans les revenus taxables entre les mains de M. C dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, de sommes correspondant à un rehaussement des bénéfices de la SARL VSA BAT au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 et regardées comme des revenus distribués par cette société à l'intéressé, que l'administration a considéré comme l'unique maître de l'affaire.

11. D'une part, M. C, qui n'allègue à aucun moment que les revenus qui ont été regardés comme distribués par le service, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, auraient en réalité été investis ou gardés en réserve, ne conteste ni l'existence ni le montant de ces revenus, ni la date à laquelle ces revenus ont pu être regardés comme distribués.

12. D'autre part, pour considérer que M. C était le seul maître de l'affaire au titre de la période comprenant les exercices clos en 2014, 2015 et 2016, le service s'est fondé, dans la proposition de rectification du 27 novembre 2017, sur la circonstance que l'intéressé a été gérant de droit de la SARL VSA BAT depuis le 1er février 2012 jusqu'au 9 février 2015 et que, en réponse au droit de communication exercé à l'égard de la banque BRED accueillant le compte dont disposait la société jusqu'au 23 mai 2017, un unique carton de signature concernant M. C a été transmis, sans que celui-ci n'ait procédé à une quelconque procuration.

13. Pour combattre ce faisceau d'indices, au seul titre de la période comprenant les exercices clos en 2015 et 2016, M. C établit que la gérance de droit de la société VSA BAT a été transférée à M. A en date du 10 février 2015 et qu'il ne possédait aucune des parts sociales de cette entreprise, exclusivement détenues par M. A et Mme B à compter de cette date. En outre, M. C justifie, par des pièces obtenues de la part de la banque BRED dans le cadre de la procédure judiciaire engagée à l'encontre de celle-ci, que la clôture du compte dont disposait dans cet établissement la SARL VSA BAT a été exécutée en réponse à une demande signée par M. A et que celui-ci était également signataire de chèques, d'un montant de 1 999 euros, 1 570 euros et 1 001,40 euros, émis au nom de la SARL VSA BAT en date du 17 juin 2016. Dans ces conditions, et alors même que la banque BRED relève, dans son courrier en date du 10 mai 2023 d'accompagnement à la transmission de l'ordre de clôture du compte bancaire signé par M. A qu'elle n'avait pas recueilli de carton de signature au nom de celui-ci, eu égard aux critiques, probantes et concordantes, dirigées par M. C contre les éléments du faisceau d'indices retenu par l'administration fiscale relatifs à l'exclusivité de la signature bancaire de l'intéressé, celui-ci doit être regardé comme établissant l'absence d'appréhension des revenus regardés comme distribués par la SARL VSA BAT au titre de la période comprenant les exercices clos en 2015 et 2016.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la décharge, en droits, intérêts de retard et majoration pour manquement délibéré, des cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est déchargé des cotisations d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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