jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213431 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | HABRANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2022 et 30 janvier 2023, la société Alex Food demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de l'amende pour distributions occultes mis à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018.
Elle soutient que :
- elle n'a pas pu déposer ses éléments chiffrés contradictoires ni bénéficier de l'examen de son dossier par les membres de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- les bases qui ont été taxées dans le cadre d'une reconstitution du chiffre d'affaires ne correspondent pas au chiffre d'affaires réel ;
- l'amende qui lui a été infligée n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 décembre 2022 et 24 septembre 2024, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Mecquenem,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Alex Food, qui exploite un établissement de restauration rapide, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2016 et 2017 en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés et sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée. En l'absence de justificatifs concernant les recettes pour les périodes vérifiées, le service vérificateur a, par un procès-verbal du 13 février 2019, rejeté la comptabilité de la société. Il a procédé à la reconstitution des recettes, basée sur la vente de boissons non alcoolisées, après étude des tickets de caisses fournis par la société pour la période du 3 janvier au 21 mai 2019. Par une proposition de rectification du 14 août 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour 2016 et des rehaussements des bases d'impôt sur les sociétés entraînant des cotisations supplémentaires pour 2016 et 2017 lui ont été notifiés selon la procédure de rectification contradictoire, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour 2017 et 2018 lui ont été notifiés selon la procédure de taxation d'office. Lui ont également été notifiés les intérêts de retard, la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts, et, pour 2016 et 2017, l'amende pour distributions occultes prévue par l'article 1759 du même code. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2021. Sa réclamation du 17 novembre 2021 ayant été rejetée le 14 avril 2022, la société Alex Food demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, et de l'amende pour distributions occultes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code, soit du comité consultatif prévu à l'article 1653 F du même code, soit de la commission départementale de conciliation prévue à l'article 667 du même code. / Les commissions peuvent également être saisies à l'initiative de l'administration. ". Aux termes de l'article L. 59 A du même livre, dans sa rédaction applicable : " I.-La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; ". Selon l'article R. 60-2 du même livre : " Devant la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () le contribuable peut se faire assister par deux conseils de son choix. ". Selon l'article L. 223-18 du code de commerce : " La société à responsabilité limitée est gérée par une ou plusieurs personnes physiques. / Les gérants peuvent être choisis en dehors des associés. Ils sont nommés par les associés, dans les statuts ou par un acte postérieur, dans les conditions prévues à l'article L. 223-29. Dans les mêmes conditions, la mention du nom d'un gérant dans les statuts peut, en cas de cessation des fonctions de ce gérant pour quelque cause que ce soit, être supprimée par décision des associés. / En l'absence de dispositions statutaires, ils sont nommés pour la durée de la société. / Dans les rapports entre associés, les pouvoirs des gérants sont déterminés par les statuts, et dans le silence de ceux-ci, par l'article L. 221-4. / Dans les rapports avec les tiers, le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société, sous réserve des pouvoirs que la loi attribue expressément aux associés. La société est engagée même par les actes du gérant qui ne relèvent pas de l'objet social, à moins qu'elle ne prouve que le tiers savait que l'acte dépassait cet objet ou qu'il ne pouvait l'ignorer compte tenu des circonstances, étant exclu que la seule publication des statuts suffise à constituer cette preuve. () ".
3. Il résulte de l'instruction que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie par la société Alex Food, s'est réunie le 28 septembre 2020 et a décidé de maintenir les rappels et rehaussements notifiés selon la procédure de rectification contradictoire. Si la société requérante soutient que la commission aurait dû prendre en compte les éléments qu'entendaient faire valoir ses représentants qui étaient présents lors de la séance et qui n'ont pas pu s'exprimer, il n'est pas contesté que le gérant n'était pas présent et que les deux personnes s'étant présentées à la séance ne disposaient d'aucun mandat pour représenter la société. Dans ces conditions, et alors que la commission a examiné tous les éléments figurant au dossier, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69. ". Il en résulte que, lorsque l'administration a considéré la comptabilité d'une entreprise comme dépourvue de valeur probante et qu'elle a procédé à une reconstitution de son chiffre d'affaires selon une méthode qui a été confirmée par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il appartient à cette entreprise, soit d'établir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires suivie par l'administration est excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe, soit de proposer une méthode de reconstitution plus précise que celle proposée par le service. En l'espèce, dans la mesure où il n'est pas sérieusement contesté que la comptabilité de la société requérante comportait de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il appartient à la société Alex Food soit d'établir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires suivie par l'administration est excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe, soit de proposer une méthode de reconstitution plus pertinente. D'autre part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ", et l'article R. 193-1 du même livre dispose que : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". En l'espèce, dans la mesure où l'administration pouvait, à bon droit, recourir à la taxation d'office pour les rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour 2017 et 2018, en application du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, la société requérante ne contestant pas n'avoir pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elle était tenue de souscrire, il appartient à la société Alex Food de démontrer le caractère exagéré de ces impositions.
5. En l'absence de justificatifs produits lors de la vérification de comptabilité par la société Alex Food pour les années en litige, l'administration fiscale a procédé à la reconstitution de ses recettes selon une méthode décrite dans la proposition de rectification du 14 août 2019, à partir des tickets de caisse qu'elle a pu collecter pour la période du 3 janvier au 21 mai 2019, soit après la mise en service d'une nouvelle caisse enregistreuse, qui a remplacé une précédente caisse mise au rebut, en prenant en compte le nombre de boissons non alcoolisées vendues ainsi que le ratio entre la vente de boissons seules et la vente de boissons dans le cadre d'une formule. La société requérante, qui se borne à se prévaloir de la méthode alternative qu'elle proposait et à soutenir que les bases imposables déterminées par l'administration sont sans commune mesure avec les conditions de l'activité, n'établit pas que la méthode de reconstitution utilisée aurait été substantiellement viciée dans son principe ou excessivement sommaire. Quant à la méthode alternative à laquelle elle se réfère, très sommairement évoquée, il résulte de l'instruction qu'elle reposait sur des allégations contredites par les données issues de la caisse enregistreuse. Ainsi, la société Alex Food n'est pas fondée à contester les montants retenus par l'administration pour déterminer les bases imposables à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée.
En ce qui concerne l'amende :
6. Aux termes de l'article 1759 du code général des impôts : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 %. ". Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; ".
7. L'administration fiscale a, après avoir rejeté la comptabilité en raison de l'absence de justificatifs, procédé à la reconstitution des recettes de la société Alex Food et a constaté l'existence de bénéfices. Ces bénéfices, qui n'ont pas été mis en réserve ni incorporés au capital, constituent des revenus distribués au sens de l'article 109-1, 1° du code général des impôts. Alors que, par la proposition de rectification du 14 août 2019, le service vérificateur a demandé à la société Alex Food de fournir des informations relatives aux personnes bénéficiaires de ces revenus distribués et l'a informée du risque d'amende en cas d'absence de réponse ou de réponse insuffisante, la société n'a apporté aucune précision quant à ces personnes. Dans ces conditions, l'administration a pu, pour ce motif, la sanctionner par l'amende prévue à l'article 1759 précité du code général des impôts.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Alex Food est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Alex Food et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme de Mecquenem, première conseillère,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
La rapporteure,
signé
S. DE MECQUENEM
Le président,
signé
C. FOUASSIERLa greffière,
signé
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026