jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2213604 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | VANDEVOORDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 21 juin et 30 novembre 2022 et le 28 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Vandevoorde, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a notifié un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 2 141 euros pour la période d'avril 2020 à septembre 2021, un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 4 473,09 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2021 et un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021, et la décision du 21 octobre 2022 portant rejet de son recours administratif préalable ;
2°) d'annuler la décision implicite du 25 mars 2022 par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 janvier 2022 portant sur un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 4 473,09 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2021 et un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021 ;
3°) d'annuler la décision du 3 avril 2022 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a notifié un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 998 euros pour la période de mars 2021 à février 2022 ;
4°) d'annuler les mises en demeure du 4 mars 2022 et du 2 septembre 2022 ;
5°) de lui accorder une remise de dette totale ;
6°) d'enjoindre à la Ville de Paris et à la CAF de Paris de la rétablir dans ses droits aux différentes prestations sociales dont elle était bénéficiaire, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
7°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de la CAF de Paris le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 26 octobre 2021 est entachée d'insuffisance de motivation ;
- la décision du 26 octobre 2021 viole le principe du contradictoire ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la qualification des ressources retenues par la CAF de Paris dans la détermination de ses droits aux prestations sociales ;
- les mises en demeures des 4 mars et 2 septembre 2022 sont illégales dès lors que la décision du 26 octobre 2021 est elle-même illégale ;
- ses ressources actuelles ne lui permettent pas de faire face au remboursement des indus mis à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le directeur général de la CAF de Paris conclut au rejet de la requête.
La CAF de Paris soutient que les moyens invoqués par Mme C sont infondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 février et 27 juillet 2023, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
La Ville de Paris soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- à titre principal, la requête est recevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par Mme C sont infondés.
Par courrier du 18 juillet 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, au motif que les moyens de légalité externe dirigés contre la décision du 26 octobre 2021, soulevés pour la première fois au-delà du délai de recours contentieux, sont irrecevables.
Des observations, enregistrées le 27 juillet 2023, ont été présentées par Mme C en réponse à ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une décision du 25 septembre 2023, Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pény pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- et les observations de Me Vandevoorde, pour Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a obtenu, en juin 2020, le bénéfice de l'allocation de logement sociale (ALS) pour un logement situé au 10, rue Simon le Franc à Paris (4ème arrondissement). Elle a également bénéficié, à compter de septembre 2020, du revenu de solidarité active (RSA). A la suite d'une enquête diligentée par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris, dont les conclusions ont été rendues le 15 juillet 2021, de nouvelles ressources ont été prises en compte et la CAF a procédé à une révision des droits au RSA et à l'ALS de la requérante. Le 26 octobre 2021, le directeur général de la CAF de Paris lui a notifié un indu d'ALS d'un montant de 2 141 euros pour la période d'avril 2020 à septembre 2021, un indu de RSA d'un montant de 4 473,09 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2021 et un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021. Mme C a introduit un recours administratif préalable par courrier recommandé du 22 janvier 2022, notifié à la CAF le 25 janvier suivant, devant la commission de recours amiable s'agissant des indus d'allocation de logement sociale, de revenu de solidarité active et de prime d'activité mis à sa charge. La Ville de Paris a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire par une décision du 25 mars 2022. Le 3 avril 2022, le directeur général de la CAF de Paris lui a notifié un indu d'ALS d'un montant de 998 euros pour la période de mars 2021 à février 2022. Le 11 juin 2022, Mme C a de nouveau contesté l'ensemble de ces indus. La commission de recours amiable de la CAF de Paris a rendu son avis le 21 octobre 2022 s'agissant de l'indu d'ALS en litige. Par une décision du 14 novembre 2022, le directeur général de la CAF de Paris a rejeté le recours de Mme C. Cette décision s'est substituée aux décisions initiales du 26 octobre 2021 et du 3 avril 2022 s'agissant des indus d'ALS et de prime d'activité en litige. En outre, la décision implicite du 25 mars 2022 par laquelle la Ville de Paris a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme C s'est également substituée à la décision initiale du 26 octobre 2021. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions et une remise de dette totale des indus mis à sa charge.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe de la décision du 26 octobre 2021 :
S'agissant des indus d'ALS et de prime d'activité en litige :
2. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. Mme C soutient que la décision du 26 octobre 2021 est insuffisamment motivée, faute de préciser le montant de chacune des trois prestations en cause et le motif ayant conduit à la mise à sa charge d'une somme totale de 6 834,03 euros. Toutefois, d'une part, la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le directeur général de la CAF de Paris a rejeté le recours administratif préalable de Mme C portant sur les indus d'ALS et de prime d'activité en litige s'est substituée aux décisions initiales du 26 octobre 2021 et du 3 avril 2022. Cette décision étant suffisamment motivée pour ce qui concerne les indus d'ALS en litige, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En revanche, cette même décision du 14 novembre 2022 ne fait apparaître aucun élément relatif à l'étude des droits au bénéfice de la prime d'activité par Mme C. Dès lors que cette décision ne mentionne pas la nature de la prestation, le montant de la somme réclamée, ni le motif et la période sur laquelle porte la récupération, la requérante est fondée à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée sur ce point.
S'agissant de l'indu de RSA en litige :
5. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".
6. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.
7. Le recours administratif préalable exercé par Mme C le 22 janvier 2022 s'agissant de l'indu de RSA en litige a donné lieu à une décision implicite de rejet de la Ville de Paris, qui s'est substituée, dans cette mesure, à la décision initiale. Une telle décision ne méconnaît pas en elle-même les exigences de motivation dont se prévaut la requérante. Dès lors que celle-ci n'a pas adressé de demande de communication des motifs de cette décision implicite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de récupération d'indu de RSA ne peut qu'être rejeté.
S'agissant du moyen commun aux indus en litige :
8. Mme C se prévaut de la méconnaissance du principe du respect du contradictoire. Il résulte toutefois de l'instruction que la requérante a été mise en mesure de faire part de ses observations lors de l'entretien du 25 mai 2021 avec l'agent assermenté à l'occasion du contrôle diligenté par la CAF. En outre, Mme C a pu de nouveau faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, et elle a eu communication des documents sur le fondement desquels la caisse a pris sa décision et en particulier du rapport de contrôle, dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée n'a été privée d'aucune garantie, le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus d'ALS et de RSA en litige :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ".
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, désormais applicable : " () Les aides personnelles au logement comprennent : () / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-21 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; / 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; / 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer () ". Et aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer () ".
11. Il résulte de l'instruction, notamment de l'enquête diligentée par la CAF de Paris, que Mme C avait omis de déclarer l'intégralité de ses ressources, notamment des pensions alimentaires et libéralités versées par son père, pour un montant total de 6 502 euros entre juin 2020 et février 2021, des rémunérations de stage pour un montant de 2 811 euros entre septembre 2020 et février 2021, ainsi que des versements effectués via les applications " Paypal " et " Mangopay " pour un montant total de 6 894 euros entre juin 2020 et février 2021. En outre, l'agent assermenté de la CAF de Paris a pu constater la présence de Mme B au sein du foyer, ainsi que sa participation financière au règlement du loyer entre septembre 2020 et février 2021, pour un montant de 3 600 euros entre septembre 2020 et février 2021, alors que la requérante avait affirmé vivre seule à compter du 10 septembre 2020. Ces omissions ont entraîné des trop-perçus d'ALS, de RSA et de prime d'activité ayant conduit la CAF à procéder à des retenues sur prestations et des compensations de trop-perçus sur les périodes contestées.
12. D'une part, Mme C admet elle-même que ses rémunérations de stage devaient être intégrés à l'assiette de ses ressources et que leur absence de déclaration résulte d'une erreur de sa part. D'autre part, si Mme C indique que les sommes versées par son père constituent un prêt, et non un don, la seule production d'une reconnaissance de dette manuscrite du 4 janvier 2023 rédigée par son père et postérieure de près de quatre ans aux premiers versements et de deux ans au contrôle de la CAF, ne permet de remettre en cause la qualification de pension alimentaire retenue par la CAF de Paris, alors en outre qu'elle ne justifie pas avoir effectivement commencé à rembourser les sommes en cause à son père et qu'aucune déclaration de contrat de prêt n'a été déposée auprès des services fiscaux. En outre, si Mme C soutient que les sommes versées par Mme B correspondent aux revenus tirés d'une sous-location, impliquant la perte de jouissance d'une partie du logement, elle n'établit pas l'existence d'un contrat de sous-location signé entre les parties, de sorte que la CAF de Paris était fondée à réintégrer dans les ressources de la requérante les sommes versées par Mme B dans le cadre de leur cohabitation. Enfin, si Mme C indique que les sommes virées sur son compte depuis les sites " Mangopay " et " Paypal " correspondent à des revenus issus de vente en ligne, la seule production de ses relevés de compte pour le mois d'avril 2020 ne permet pas d'infirmer les constatations effectuées par la CAF de Paris sur ce point.
13. Par suite, c'est à bon droit que la CAF de Paris et la Ville de Paris ont pu notifier à Mme C les indus d'ALS d'un montant de 2 141 euros pour la période d'avril 2020 à septembre 2021 et d'un montant de 998 euros pour la période de mars 2021 à février 2022, ainsi qu'un indu de RSA d'un montant de 4 473,09 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2021.
14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a uniquement lieu d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le directeur général de la CAF de Paris a rejeté le recours de Mme C en tant qu'elle porte sur un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021.
En ce qui concerne les autres décisions attaquées :
15. Si Mme C se prévaut, par la voie de l'exception, de l'illégalité des mises en demeure des 4 mars et 2 septembre 2022 au regard de la décision 26 octobre 2021, ces courriers ne constituent pas des décisions faisant grief susceptibles de recours, mais de simples actes préparatoires. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
Sur la remise de dette :
16. D'une part, aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ". En outre, l'article L. 812-1 du code de la construction et de l'habitation prévoit que les aides personnelles au logement sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales et l'article L. 825-3 du même code dispose que : " Le directeur de l'organisme payeur statue () sur : / () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Il résulte de ces dispositions que le montant de l'indu d'ALS peut être remis en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations.
17. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
18. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de l'enquête diligentée par la CAF de Paris, que Mme C avait omis de déclarer l'intégralité de ses ressources, notamment des pensions alimentaires et libéralités versées par ses parents, des rémunérations de stage ainsi que des allocations de chômage, et ce depuis 2018. En outre, l'agent assermenté de la CAF de Paris a pu constater la présence de Mme B au sein du foyer, ainsi que sa participation financière au règlement du loyer entre septembre 2020 et février 2021, alors que la requérante avait affirmé vivre seule à compter du 10 septembre 2020. Ces omissions ont entraîné des trop-perçus d'ALS et de RSA ayant conduit la CAF à procéder à des retenues sur prestations et des compensations de trop-perçus sur les périodes contestées. Si Mme C indique, en outre, que les sommes versées par son père constituent un prêt, et non un don, la seule production d'une reconnaissance de dette manuscrite du 4 janvier 2023 rédigée par son père et postérieure de près de quatre ans aux premiers versements et de deux ans au contrôle de la CAF, ne permet de remettre en cause la qualification de pension alimentaire retenue par la CAF de Paris, alors en outre qu'elle ne justifie pas avoir effectivement commencé à rembourser les sommes en cause à son père et qu'aucune déclaration de contrat de prêt n'a été déposée auprès des services fiscaux
19. Par suite, au regard de ces omissions répétées portant sur une part substantielle des revenus de Mme C et étalées sur une période significative, lesquelles ne sont pas sérieusement contestées par la requérante qui se borne à évoquer sa bonne foi, les dispositions combinées de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale et l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles faisaient obstacle à la remise de dette sollicitée auprès de la CAF et de la Ville de Paris.
20. Dans ces conditions, le surplus de la requête de Mme C ne peut qu'être rejeté.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
21. Le présent jugement, qui annule la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le directeur général de la CAF de Paris a rejeté le recours de Mme C en tant qu'elle porte sur un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021, implique nécessairement que l'administration procède au remboursement des sommes éventuellement recouvrées à ce titre, sauf à régulariser sa décision de récupération. Il lui sera enjoint, sous cette réserve, de procéder à ce remboursement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C ne peut en revanche, eu égard aux motifs du présent jugement, qu'être rejeté. Il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la CAF de Paris et de la Ville de Paris qui, pour l'essentiel, ne sont pas les parties perdantes, les sommes demandées par Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 novembre 2022 du directeur général de la caisse d'allocations familiales de Paris, en tant qu'elle porte sur un indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021 mis à la charge de Mme C, est annulée.
Article 2 : Mme C est déchargée de l'obligation de payer la somme de 219,94 euros.
Article 3 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de Paris, sauf à régulariser la décision de récupération d'indu de prime d'activité d'un montant de 219,94 euros pour la période de juin à août 2021, de procéder au remboursement des sommes éventuellement recouvrées à ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la Ville de Paris et au directeur général de la caisse d'allocations familiales de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. PényLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2213604/6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509757
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme A... contestant un indu d’allocation de logement sociale (ALS) de 8 089 euros, ainsi que la suppression de ses droits au revenu de solidarité active (RSA) et à la prime d’activité. Le tribunal a rejeté les conclusions relatives au RSA et à la prime d’activité comme irrecevables, car le recours administratif préalable obligatoire avait été introduit après l’expiration du délai de deux mois prévu par le code de l’action sociale et des familles et le code de la sécurité sociale. S’agissant de l’indu d’ALS, le tribunal a estimé que les moyens soulevés par Mme A..., notamment les vices de procédure et l’absence de motivation, n’étaient pas fondés. En conséquence, le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes de Mme A..., confirmant la légalité des décisions de la CAF de Paris et de la maire de Paris.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509824
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme B... contestant un indu de prime d'activité de 5 484,43 euros, notifié par la CAF de Paris, et ramené à 2 562,78 euros après recours. La requérante invoquait des vices de procédure (défaut de motivation, absence de signature électronique authentifiable, défaut d'assermentation de l'agent) et contestait le bien-fondé de la dette. Le tribunal a rejeté les moyens de procédure comme inopérants, la décision implicite de rejet s'étant substituée à la décision initiale. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait, mais il s'appuie sur les articles R. 222-13 du code de justice administrative et les dispositions du code de la sécurité sociale.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2511202
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de Mme A... contestant le refus de la CAF de Paris de lui accorder une remise totale de sa dette d’allocation personnelle au logement (APL) de 4 082,18 euros. Le juge estime que l’indu résulte d’une déclaration erronée de la requérante et que celle-ci n’établit pas une situation de précarité l’empêchant de rembourser le solde, malgré une remise partielle déjà accordée. La décision s’appuie sur les articles L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, qui permettent une remise en cas de précarité et de bonne foi, conditions non remplies en l’espèce.
30/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2513625
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... contestant sa radiation du dispositif « Accompagner et Reloger les Publics Prioritaires » (ARPP) par la Ville de Paris. La requérante soutenait une erreur manifeste d’appréciation, mais le tribunal a jugé que la décision de radiation, fondée sur le refus d’une proposition de logement social, était conforme aux dispositions des articles L. 441-1 et suivants du code de la construction et de l’habitation ainsi qu’à la convention d’attribution parisienne du 1er septembre 2021. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de Mme B..., incluant ses demandes d’annulation, d’injonction et de frais de justice.
30/01/2026