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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214009

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214009

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214009
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2022 et le 18 octobre 2022, la société Brightness, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de septembre 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa demande et de lui accorder l'aide sollicitée dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas signée ;

- elle n'est pas motivée ;

- la société était éligible au bénéfice de l'aide en cause ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité du décret du 30 mars 2020 modifié ; il est ainsi entaché d'un détournement de procédure, en ce que son article 3-28 prévoit que les entreprises demanderesses de l'aide doivent avoir " bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 " ; ces dispositions méconnaissent le principe d'égalité ; elles méconnaissent le principe de sécurité juridique et le principe de prévisibilité de la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le décret n° 2021-840 du 29 juin 2021 ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Evgénas,

- et les conclusions de M. Halard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Brightness demande au tribunal d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de septembre 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19.

Sur la légalité externe :

2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir. Il ne s'agit donc pas d'un recours de plein contentieux, contrairement à ce que soutient l'administration en défense.

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice. Dès lors, elle était dispensée de la signature de son auteur, en application des dispositions précitées de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ce moyen doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

6. La décision attaquée du 2 mai 2022, rendue au demeurant après un échange avec l'administration qui avait opposé un premier refus fondé sur les circonstances que la société n'intervenait pas dans un secteur éligible et qu'elle n'avait pas bénéficié de l'aide au titre d'un des mois de 2021 et qui mentionne que sa demande d'aide pour septembre 2021 est refusée car la société n'a pas effectué de demande pour avril et mai 2021 est suffisamment motivée.

Sur la légalité interne :

7. La société Brightness soutient qu'elle est fondée à exciper de l'illégalité du décret du 30 mars 2020 modifié, en ce que son article 3-28 dans sa rédaction issue du décret 2021-840 du 29 juin 2021 prévoit que les entreprises demanderesses de l'aide doivent avoir " bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 ", ces dispositions concernant les aides attribuées au titre des mois d'avril et mai 2021.

8. Aux termes de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 modifié par le décret 2021-840 du 29 juin 2021 :" I.-A.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret () bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juin 2021 et le 30 septembre 2021, dite période mensuelle considérée, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes :() 3° Ou, au cours de la période mensuelle considérée, elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 10 %, elles ont bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 du présent décret et pour la seule période du mois de septembre 2021, elles justifient avoir réalisé au moins 15 % du chiffre d'affaires de référence, et elles appartiennent à l'une des trois catégories suivantes : a) elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 11 mars 2021 ".

9. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

10. Il ressort des pièces du dossier que la création du fonds de solidarité est au nombre des mesure prises, d'après les termes mêmes de l'article 11 de la loi du 23 mars 2020, sur le fondement duquel l'ordonnance du 25 mars de la même année a été adoptée, afin de " prévenir et limiter la cessation d'activité des personnes physiques et morales exerçant une activité économique ". Il s'ensuit que les aides attribuées sur le fondement du décret du 30 mars 2020 visent à soutenir les entreprises existantes dont l'activité est particulièrement affectée par l'épidémie de covid-19. Les aides allouées à ce titre n'ont ainsi vocation ni à soutenir l'ensemble des entreprises des secteurs d'activité sur lesquelles la crise sanitaire a eu une incidence, ni à encourager la création d'entreprises dans ces secteurs. Les modifications successives apportées au décret du 30 mars 2020 pour prolonger ce dispositif n'ont eu ni pour objet ni pour effet de répondre à quelque autre objectif, mais visent seulement à en adapter la mise en œuvre afin de tenir compte de l'évolution de l'épidémie et de ses conséquences.

11. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'en prévoyant que les entreprises demanderesses de l'aide doivent avoir " bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 ", soit au titre des mois d'avril et mai 2021, ce qui est un critère témoignant de leurs difficultés économiques, le décret attaqué aurait institué une différence de traitement manifestement disproportionnée au regard des motifs qui la justifient. Le moyen tiré de ce que les conditions d'attribution des aides en cause prévues par l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 modifié méconnaissent le principe d'égalité ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, les dispositions de l'article 3-28 du décret du 30 mars 2020 modifié se bornent à déterminer l'une des conditions d'attribution de l'aide, conformément à l'objectif, défini par les dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 citées au point 10, de venir en aide aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. Le moyen tiré d'un détournement de procédure doit donc être écarté.

13. Enfin, la société requérante fait valoir qu'elle ne pouvait prévoir dès le printemps 2021, qu'elle serait pénalisée en septembre 2021 en raison du fait qu'elle n'avait pas présenté de demande pour les mois d'avril et de mai 2021. Toutefois cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à établir une méconnaissance du principe de prévisibilité et de sécurité juridique qui n'imposent pas qu'une législation ne puisse pas être modifiée. En tout état de cause, l'article 3-28 imposant la condition litigieuse est issu du décret 2021-840 du 29 juin 2021, publié le 30 juin 2021, soit à une date où la société requérante pouvait présenter des demandes d'aide pour les mois d'avril et mai 2021, délai qui expirait le 31 juillet 2021 selon les dispositions des articles 3-26 et 3-27 du décret du 30 mars 2020 modifié. Dès lors, ce moyen tiré de la méconnaissance des principes de prévisibilité et de sécurité juridique doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la société Brightness qui ne remplit pas l'ensemble des conditions du décret du 30 mars 2020 modifié pour prétendre au versement de l'aide sollicitée au titre du mois de septembre 2021 n'est pas fondée à prétendre à l'annulation de la décision attaquée du 2 mai 2022. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans cette affaire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Brightness est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la la société Brightness et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris .

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

J. EVGENAS

L'assesseure la plus ancienne,

L. LAFORET

La greffière

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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