jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214555 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LECOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, complétée par un mémoire enregistré le 31 août 2023, M. A B, représenté par Me Lecour, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel la directrice générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a refusé sa titularisation dans le grade des inspecteurs de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et l'a réintégré dans son corps d'origine ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 portant réintégration dans son corps à la direction générale des finances publiques et affectation à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance de le titulariser dans le grade des inspecteurs, de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à compter du 1er juin 2022, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son stage pratique ne s'est pas déroulé dans des conditions normales lui permettant de faire preuve de ses capacités ;
- la décision portant refus de titularisation est entachée d'erreurs sur la matérialité des faits, s'agissant notamment des insuffisances professionnelles qui lui sont opposées ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est en partie irrecevable et qu'en tout état de cause les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 31 aout 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport M. Feghouli, rapporteur ;
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, contrôleur des finances publiques de 1ère classe, lauréat du concours interne d'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes au titre de l'année 2020 a été affecté en qualité de stagiaire dans les services déconcentrés de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de Montpellier, à compter du 14 septembre 2020, pour une durée d'un an. Son stage " pratique " a été effectué au sein de la direction départementale de la protection des populations de Paris (DDPP75) de juin à août 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, son stage a été prolongé pour une durée de six mois à compter du 14 septembre 2021. Son nouveau stage pratique a été effectué à la direction départementale de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations de l'Indre (DDETSPP 36), de septembre 2021 à mars 2022. Après saisine de la commission administrative paritaire nationale compétente pour avis, la directrice générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a refusé la titularisation du requérant dans le grade des inspecteurs de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et l'a réintégré dans son corps d'origine. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision ainsi que celle en date du 29 avril 2022 portant réintégration dans son corps à la direction générale des finances publiques et affectation à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
2. Aux termes de l'article 5 du décret du 30 janvier 2007 portant statut des agents de catégorie A des services déconcentrés de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes : " Les inspecteurs de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes assurent la mise en œuvre des missions confiées à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Ils sont responsables, notamment, des opérations de contrôle, de la constatation des infractions ou des manquements passibles d'amendes administratives, et exercent des fonctions d'inspection, d'enquête et d'information. Ils peuvent en outre exercer des fonctions en administration centrale ainsi que dans les services à compétence nationale. " Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Les inspecteurs de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sont recrutés dans les conditions définies ci-après, par la voie de deux concours externes distincts, le premier à dominante juridique et économique, et le second à dominante scientifique et technologique, par la voie d'un concours interne, par la voie d'un examen professionnel et par voie d'inscription sur une liste d'aptitude. () ". Aux termes de l'article 9 du décret : " Les candidats reçus aux concours sont nommés inspecteurs stagiaires () ". Selon l'article 10 du décret : " Le stage est d'une durée d'un an et ne peut être prolongé d'une durée supérieure à un an. / A l'issue du stage, les inspecteurs stagiaires sont soit titularisés s'ils sont reconnus aptes à exercer leurs fonctions, soit autorisés à accomplir une nouvelle période de stage, soit remis à la disposition de leur administration d'origine, soit licenciés s'ils n'avaient pas antérieurement la qualité de fonctionnaire. " L'article 12 du décret prévoit que : " Les inspecteurs stagiaires accomplissent, selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'économie, une période de formation initiale d'une durée de douze mois, au terme de laquelle un classement par ordre de mérite est établi. En cas de résultats individuels insuffisants, la période de formation d'un inspecteur stagiaire peut être prolongée, pour une période maximale de six mois, par arrêté du ministre chargé de l'économie. "
3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé.
4. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.
5. M. B soutient d'une part qu'il n'a pas été en mesure d'accomplir son stage dans des conditions normales lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire preuve de ses capacités pour les fonctions d'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
6. Toutefois, il ressort de pièces dossier, notamment de la note établie par son administration le 15 septembre 2021, et dont le requérant ne conteste pas sérieusement les énonciations, que ce dernier a bénéficié d'un soutien pédagogique et d'un accompagnement personnel tout au long de sa formation et de son stage initial. Il en va de même s'agissant de son stage dit " complémentaire ", au cours duquel un processus particulier de suivi a été mis en place avec la désignation d'une personne référente, qualifiée en formation professionnelle et avec laquelle il bénéficiait de points d'étape tous les quinze jours. Son administration fait également valoir, sans être davantage sérieusement contredite, que le requérant bénéficiait de personnes ressources au sein de son service d'affectation, dont notamment la personne responsable du pôle de formation ou encore sa cheffe de service. Enfin, M. B disposait des emplois du temps des inspecteurs stagiaires de la promotion 2021-2022 et ainsi de la possibilité de suivre à distance les cours qui leur étaient dispensés afin de mettre à jour et renforcer ses connaissances théoriques, faculté dont, au demeurant, le requérant a fait usage à plusieurs reprises. Enfin, en se bornant à évoquer le " sentiment de ne pas être le bienvenu " sur son terrain de stage, le requérant ne conteste pas utilement les dispositifs mis en œuvre par la direction la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes lors de ses deux stages pour l'accompagner et faciliter son apprentissage et partant leurs conditions normales d'exécution. Aussi, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit en ce qu'il n'a pas été en mesure d'accomplir ses stages dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire preuve de ses capacités.
7. Si M. B conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, il ressort toutefois des nombreuses pièces versées au dossier, dont les énonciations sont précises et convergentes, que dès son stage initial, le requérant a rencontré de sérieuses difficultés dans l'apprentissage des fonctions d'inspecteur de la DGCCRF, comme cela ressort très clairement du rapport d'appréciation le concernant, établi le 25 août 2021, qui indique : " M. B a manifestement des difficultés à comprendre, assimiler et transcrire toutes les connaissances et savoir-faire qu'il devra maîtriser pour assumer pleinement les responsabilités d'un agent de terrain en charge d'enquêtes. Ces difficultés se manifestant tant au niveau théorique que pratique. Sa moyenne finale est de 8,49. Un prolongement de la formation doit permettre à M. B de surmonter ses difficultés puisqu'il est manifeste qu'il doit prendre de l'assurance et fiabiliser ses écrits au moins sur des points de réglementations phares. M. B est susceptible d'être en grande difficulté en cas de titularisation immédiate et ne pourra donner, à son encadrement, la confiance requise ". Il est constant que ces difficultés ont perduré au cours de son stage dit " complémentaire " et ce en dépit de modules de suivis personnalisés mis en place pour pallier les premières difficultés d'apprentissage constatés. Il ressort ainsi du rapport établi le 28 mars 2022, à l'issue de la prolongation de son stage initial, et dont le requérant ne conteste pas sérieusement les conclusions, qui relève " un nombre important de faiblesses et d'insuffisances notamment dans le domaine des connaissances des réglementations et des pouvoirs d'enquête (items évalués par la direction entre 5/20 et 7/20). Les épreuves de rédaction établissent une moyenne de 10/20 ce qui reste faible après 18 mois de stage. Le rapport - établi par la DDETSPP du 36 - fait globalement état "d'une grande faiblesse des connaissances professionnelles dans le champ des missions portées par la DGCCRF" ". Le jury, qui l'a auditionné en fin de stage, a également a noté " des connaissances très lacunaires d'une réglementation pourtant simple () l'absence de maîtrise des réglementations de base du code de la consommation ont conduit le candidat à donner des réponses soit fausses, soit trop approximatives pour être exploitable () le candidat n'a pas assimilé les enseignements de base, de sorte qu'il lui est difficile de mener un raisonnement juridique et d'argumenter () M. B, au cours de l'entretien, n'a démontré aucune des qualités que l'on est en droit d'attendre d'un cadre A de la CCRF. Malgré la prolongation de son stage, son niveau de connaissances juridiques est très faible () Cela amène à s'interroger sur sa motivation pour intégrer le corps des inspecteurs de la CCRF, voire sur sa prise de conscience de l'enjeu que constituait cette prolongation de stage ". Dès lors, et alors même qu'il ne peut utilement se prévaloir de ses très bonnes évaluations professionnelles au sein de la DGFIP, de 2012 à 2020, en sa qualité de contrôleur des finances publiques, le requérant ne conteste pas sérieusement les très sérieuses difficultés rencontrées au cours de sa formation de nature à remettre en cause ses capacités professionnelles lui permettant d'exercer d'inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être qu'écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir en défense, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions querellées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.
Le rapporteur, Le président,
Signé Signé
M. C
La greffière,
Signé
C. CHAKELIAN
La République mande et ordonne au et ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2311393
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'obligation de verser une indemnité forfaitaire suite à sa démission de la police nationale. Le tribunal a jugé que le requérant ne démontrait pas l'existence de difficultés personnelles graves l'ayant contraint à démissionner, au sens de l'article 9 du décret du 9 mai 1995. Il a considéré que M. B... n'avait pas établi que sa situation familiale et financière rendait impossible la conciliation avec ses obligations professionnelles ou justifiait une dispense de cette indemnité de rupture d'engagement.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418264
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur trois requêtes d'un agent d'AgroParisTech concernant un titre exécutoire pour redevance de logement de fonction, une demande indemnitaire liée à un transfert, et un licenciement. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation du titre exécutoire, considérant que le logement n'était pas une concession par nécessité absolue de service justifiant la gratuité, en application du code général de la propriété des personnes publiques. Les autres conclusions ont également été rejetées.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431599
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. D... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. Le juge a estimé que la décision du préfet de police, fondée sur l'article L. 432-3 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers, était régulière, suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la CEDH. Il a considéré que le requérant, en raison de son casier judiciaire et de ses signalements, constituait une menace grave pour l'ordre public justifiant le refus.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504435
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que la requérante, sollicitant un titre au titre du travail, ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, celles-ci étant écartées par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 qui régit spécifiquement cette matière. Le tribunal a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et n'avait pas méconnu l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
26/03/2026