vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214666 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PHASE 4 (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 21 juin 2023 et le 21 avril 2024, Mme G C épouse I en son nom propre et au nom de ses enfants mineurs, K I et J I, dont elle est la représentante légale, M. F C en son nom propre et au nom de son enfant mineur, M C, dont il est le représentant légal, M. D C, Mme B L au nom de son enfant mineur, N A C, dont elle est la représentante légale, et M. E I au nom de ses enfants mineurs, K I et J I, dont il est le représentant légal, ayant pour avocat la Selarl Phase 4 avocats, demandent au tribunal :
À titre principal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à verser :
- à Mme G C épouse I, M. F C et M. D C, en leur qualité d'ayants droit de leur père, M. A C, en réparation des préjudices subis par ce dernier, la somme globale de 31 000 euros ;
- à Mme G C épouse I, M. F C et M. D C, en leur qualité d'ayants droit de leur mère, Mme H C, en réparation du préjudice subi par celle-ci, la somme globale de 35 000 euros ;
- à Mme G C épouse I, en réparation de ses préjudices propres, la somme globale de 35 000 euros ;
- à M. F C, en réparation de ses préjudices propres, la somme globale de 40 830,87 euros ;
- à M. D C, en réparation de ses préjudices propres, la somme de 20 000 euros ;
- à M. F C et Mme B L, en leur qualité de représentants légaux de leur enfant, N A C, en réparation des préjudices de celui-ci, la somme de 12 000 euros ;
- à Mme G C épouse I et M. E I, en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants, K I et J I, en réparation des préjudices de chacun d'eux, la somme globale de 24 000 euros ;
2°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à Mme G C épouse I, M. F C et M. D C, en leur qualité d'ayants droit de leur père, M. A C, la somme de 7 000 euros au titre du préjudice d'impréparation subi par ce dernier ;
3°) de dire que ces sommes seront majorées des intérêts légaux ;
4°) d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
5°) de condamner l'ONIAM et l'AP-HP chacun pour moitié aux dépens, dont 4 900 euros de frais d'expertise, ou chacun pour le tout si les condamnations n'étaient prononcées qu'à l'égard de l'un ou de l'autre ;
6°) de mettre à la charge de l'ONIAM et de l'AP-HP la moitié de la somme de 12 960 euros à verser à M. F C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou l'intégralité de cette somme si les condamnations n'étaient prononcées qu'à l'égard de l'un ou de l'autre.
À titre subsidiaire :
7°) de condamner l'AP-HP à verser :
- à Mme G C épouse I, M. F C et M. D C, en leur qualité d'ayants droit de leur père, M. A C, en réparation des préjudices subis par ce dernier, la somme globale de 38 000 euros ;
- à Mme G C épouse I, M. F C et M. D C, en leur qualité d'ayants droit de leur mère, Mme H C, la somme globale de 35 000 euros en réparation du préjudice subi par celle-ci ;
- à Mme G C épouse I, en réparation de ses préjudices propres, la somme globale de 35 000 euros ;
- à M. F C, en réparation de ses préjudices propres, la somme globale de 40 830,87 euros ;
- à M. D C, en réparation de ses préjudices propres, la somme de 20 000 euros ;
- à M. F C et Mme B L, en leur qualité de représentants légaux de leur enfant, N A C, en réparation des préjudices de celui-ci, la somme de 12 000 euros ;
- à Mme G C épouse I et M. E I, en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants, K I et J I, la somme globale de 24 000 euros en réparation des préjudices de chacun d'eux ;
8°) de dire que ces sommes seront majorées des intérêts légaux ;
9°) d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
10°) de condamner l'AP-HP aux dépens, dont 4 900 euros de frais d'expertise ;
11°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 12 960 euros à verser à M. F C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur père et grand-père, M. A C, est décédé d'une infection nosocomiale contractée à l'hôpital Bichat et il revient à l'ONIAM de réparer l'ensemble de ses préjudices ainsi que leurs préjudices en tant que proches ;
- son décès est totalement imputable à l'infection nosocomiale, son état antérieur ne l'exposant pas à un risque de mort en l'absence d'infection ;
- ses préjudices imputables à l'infection nosocomiale sont constitués de son déficit fonctionnel temporaire, évalué à la somme de 3 000 euros, des souffrances endurées, évaluées à la somme de 20 000 euros et de son préjudice esthétique, évalué à la somme de 8 000 euros ;
- l'épouse de M. A C, Mme H C, décédée à son tour le 12 juin 2021, a subi un préjudice d'affection, transmissible à ses héritiers et évalué à la somme de 35 000 euros ;
- ses trois enfants ont subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 20 000 euros pour chacun ;
- ses trois petits-enfants ont subi un préjudice d'affection, évalué à la somme de 12 000 euros pour chacun ;
- ses enfants, Mme G C épouse I et M. F C, ont en outre subi un préjudice d'accompagnement en raison de leur présence quotidienne à son chevet, évalué à 15 000 euros pour chacun ;
- son fils, M. F C, a exposé des frais au cours de l'hospitalisation de son père, à hauteur de la somme de 842,47 euros et s'est acquitté de frais d'obsèques, à hauteur de la somme de 4 988,40 euros ;
- il n'y a pas lieu de faire application du référentiel proposé par l'ONIAM qui conduit à une inégalité de traitement entre les victimes du service public hospitalier et celles du service privé de santé ;
- subsidiairement, si le régime de prise en charge au titre de la solidarité nationale devait ne pas être appliqué, l'AP-HP devrait être reconnue responsable de plein droit des dommages subis par M. A C, Mme H C et eux-mêmes, faute de rapporter la preuve d'une cause étrangère ;
- l'AP-HP ne rapporte pas la preuve que M. A C a été informé des risques de l'intervention, et encore moins des facteurs de risques qui lui étaient propres, ce qui lui a causé un préjudice d'impréparation, évalué à la somme de 7 000 euros, qui devra être mise à la charge de l'AP-HP.
Par un mémoire enregistré le 8 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 117 480 euros au titre de ses débours et de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter de son mémoire ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle a versé diverses prestations dans l'intérêt de M. A C jusqu'à son décès et émet toutes réserves utiles quant aux prestations non connues à ce jour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le défaut d'information qui lui est reproché n'est pas constitué au vu du contexte d'urgence ;
- aucune faute ne lui est imputable en ce qui concerne la prise en charge de M. A C ;
- la réparation des préjudices des consorts C ne relève que de la solidarité nationale.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 avril 2023 et 18 mars 2024, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de juger que la part d'indemnisation des préjudices liés au décès de M. A C mise à la charge de la solidarité nationale ne saurait excéder 20% ;
2°) de réduire à de plus justes proportions les demandes indemnitaires suivantes, sans qu'elles ne puissent excéder les sommes de :
- 10 500 euros s'agissant des préjudices de M. A C ;
- 4 000 euros s'agissant des préjudices de Mme H C ;
- 1 200 euros s'agissant des préjudices de Mme G C épouse I et de M. F C ;
- 1 000 euros s'agissant des préjudices de M. D C ;
- 500 euros chacun s'agissant des préjudices des petits-enfants de M. A C ;
3°) de rejeter les demandes formulées par M. F C au titre des frais d'essence et des frais d'obsèques ;
4°) de rejeter les demandes des requérants au titre du déficit fonctionnel temporaire total de M. A C, des frais de télévision et des frais d'avion ;
5°) de ramener les demandes formulées au titre des frais de procédure à 2 450 euros au titre des frais d'expertise et à 480 euros au titre des frais de conseil médical ;
6°) de réduire à de plus justes proportions les demandes formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'ONIAM fait valoir que :
- l'état antérieur du patient a contribué à son décès, de sorte qu'il ne peut être entièrement imputé à l'infection nosocomiale en cause ;
- la part mise à la charge de la solidarité nationale ne saurait excéder 20% des préjudices en lien avec le décès de M. A C ;
- les préjudices des consorts C doivent être appréciés au regard du référentiel d'indemnisation qu'il a établi et doivent ainsi être ramenés à de plus justes proportions, soit les sommes suivantes : 7 000 euros au titre des souffrances endurées par M. A C ; 3 500 euros au titre de son préjudice esthétique ; 4 000 euros au titre du préjudice d'affection de Mme H C ; 1 000 euros au titre du préjudice d'affection des enfants de M. A C ; 500 euros au titre du préjudice d'affection des petits-enfants de M. A C ; 200 euros au titre du préjudice d'accompagnement de Mme G C épouse I et M. F C ;
- le déficit fonctionnel total de M. A C n'a pas excédé la période d'hospitalisation attendue en l'absence d'infection ;
- les frais de télévision de M. A C sont des dépenses de confort qui n'ont pas à être prises en charge par la solidarité nationale ;
- M. F C n'établit pas que ses frais d'essence soient en lien avec ses déplacements pour rendre visite à son père ;
- l'indemnisation des frais d'obsèques ne vise que les frais funéraires au sens strict ;
- les frais de procédure doivent être réduits compte tenu du partage avec l'AP-HP.
Vu l'ordonnance du 14 janvier 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise judiciaire à la somme de 4 900 euros.
Vu le rapport d'expertise judiciaire et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Me Henry pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, alors âgé de quatre-vingts ans, s'est cassé le fémur droit en faisant une chute à son domicile le 24 août 2019. Sa fracture a été traitée par ostéosynthèse le 29 août 2019 à l'hôpital Bichat, établissement relevant de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). En raison de l'apparition de fièvre dans les jours qui ont suivi cette opération chirurgicale et d'un écoulement purulent de sa cicatrice le 30 septembre 2019 faisant suspecter une infection, M. A C a subi une opération de remplacement du matériel d'ostéosynthèse le 3 octobre 2019. Les prélèvements bactériologiques réalisés à l'occasion de cette intervention de reprise ont mis en évidence la présence du staphylocoque epidermis. En raison de la persistance des signes infectieux, M. A C a fait l'objet d'une nouvelle intervention le 22 octobre 2019 pour nettoyage de la zone infectée. Son état de santé s'est rapidement dégradé. Le 30 octobre 2019, un électroencéphalogramme pratiqué sur M. A C a mis en évidence une encéphalopathie métabolique. M. A C est décédé le 1er novembre 2019.
2. Les ayants droit de M. A C ont demandé en référé une mesure d'expertise. Par ordonnance du 1er avril 2021, le juge des référés a désigné un chirurgien orthopédique et un infectiologue en qualité d'experts. Sur la base du rapport d'expertise déposé le 1er octobre 2021, qui conclut que le décès de M. A C a été causé pour partie par une infection de nature nosocomiale, les ayants droit de M. A C ont adressé le 23 mars 2022 une demande préalable indemnitaire à l'AP-HP et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM). A défaut de réponse à leur demande, ils ont saisi le tribunal aux fins de voir indemniser les préjudices de M. A C, leur père et grand-père, ceux de Mme H C, épouse de M. A C aujourd'hui décédée, ainsi que leurs préjudices propres et ceux des petits-enfants de M. A C, à titre principal par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale et, à titre subsidiaire, par l'AP-HP sur le fondement de la faute.
Sur la réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
4. Il résulte de l'instruction que, le 6 septembre 2019, soit huit jours après l'ostéosynthèse réalisée le 29 août 2019, M. A C a présenté de la fièvre. Les examens exploratoires effectués les 23 et 26 septembre 2019, associés à un écoulement purulent de la cicatrice le 30 septembre 2019, ont fait suspecter une infection, ce qui a conduit à décider du remplacement du matériel d'ostéosynthèse le 3 octobre 2019. Les prélèvements réalisés à l'occasion de cette intervention ont mis en évidence la présence du staphylocoque epidermis.
5. Il résulte de ce qui précède que le staphylocoque à l'origine de l'infection grave contractée par M. A C n'était ni présent ni en incubation lors de son admission à l'hôpital Bichat. L'infection présente donc un caractère nosocomial, ce qui n'est au demeurant, contesté par aucune des parties. Sur le fondement des dispositions citées au point 3 du présent jugement, la réparation des dommages qui en résulte doit être assurée par la solidarité nationale dès lors que l'infection nosocomiale en cause a provoqué le décès de M. A C.
6. Se fondant sur le rapport d'expertise, l'ONIAM soutient que sa part de prise en charge des dommages doit être limitée à 20%, correspondant à la contribution de l'infection nosocomiale au décès, les 80% restants étant imputables à l'état antérieur de la victime. Il résulte en effet de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que lors de son admission à l'hôpital Bichat, M. A C présentait un état très altéré en lien notamment avec un diabète de type II insulino-dépendant à l'origine de plusieurs complications, ainsi que des problèmes cardio-vasculaires et broncho-pulmonaires. Cependant, aucun des éléments du dossier, et notamment le rapport d'expertise judiciaire, n'est de nature à révéler que l'état de santé fragile de M. A C aurait provoqué son décès s'il n'avait pas été victime de l'infection nosocomiale contractée au cours de sa prise en charge. D'ailleurs, il résulte du rapport d'expertise judiciaire que le traitement antibiotique administré à M. A C pour traiter l'infection à staphylocoque epidermis comportait un antibiotique de la famille des béta-lactamines, lequel peut entrainer des complications du type de l'encéphalopathie métabolique à l'origine du décès de l'intéressé. Ainsi, il n'est pas établi que M. A C était exposé à un risque de décès à brève échéance s'il n'avait pas contracté une infection nosocomiale. L'infection nosocomiale contractée au cours de l'ostéosynthèse pratiquée à l'hôpital Bichat le 29 août 2019 doit ainsi être regardée comme la cause déterminante du décès de M. A C. Par suite, la réparation des préjudices en lien avec le décès de M. A C incombe intégralement à l'ONIAM.
Sur la responsabilité pour faute de l'AP-HP :
7. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " I. Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". Pour l'application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il suit de là que la circonstance qu'un risque de décès ou d'invalidité répertorié dans la littérature médicale ne se réalise qu'exceptionnellement ne dispense pas les médecins de le porter à la connaissance du patient.
8. Il résulte de l'instruction que M. A C n'a pas été informé des risques de survenance d'une infection au cours ou au décours d'une intervention chirurgicale de type ostéosynthèse, ni de la majoration de ces risques en présence d'un état antérieur dégradé, alors que ces risques sont connus, qu'ils présentent une fréquence statistique significative et qu'ils peuvent être graves. Si l'AP-HP fait valoir un contexte d'urgence de nature à l'exonérer de son obligation d'information, il résulte cependant de l'instruction que l'ostéosynthèse en cause a eu lieu cinq jours après la prise en charge de M. A C à l'hôpital Bichat, de sorte que l'urgence n'est pas caractérisée en l'espèce. Dans ces conditions, et quand bien même l'opération était impérieusement requise, l'AP-HP a méconnu l'obligation d'information qui lui incombait. M. A C est donc fondé à obtenir l'indemnisation du préjudice d'impréparation découlant de ce défaut d'information.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
9. Selon le rapport d'expertise, en dehors de toute infection nosocomiale, M. A C serait resté hospitalisé une semaine après l'ostéosynthèse de sa fracture, puis deux mois en rééducation, soit jusqu'au début du mois de novembre 2019. Par suite, le déficit fonctionnel temporaire total de M. A C n'est pas imputable à l'infection nosocomiale. La demande indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.
S'agissant des souffrances endurées :
10. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, évalué à 4 sur une échelle de 7 par les experts, compte tenu des opérations de reprise, de la longue antibiothérapie et des douleurs dont a souffert M. A C, en le fixant à une somme de 7 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant du préjudice esthétique :
11. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, évalué à 3 sur une échelle de 7 par les experts au regard de l'alitement prolongé de la victime, en le fixant à une somme de 3 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant du préjudice d'impréparation :
12. Il résulte de l'instruction que M. A C n'a pas pu se préparer à la survenance d'une infection nosocomiale qui lui a été fatale, ni prendre ses dispositions, en raison du défaut d'information sur ce risque de complication. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à une somme de 2 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP.
En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :
S'agissant de Mme H C, épouse de la victime :
13. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme H C en le fixant à une somme de 20 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de M. F C, fils de la victime :
14. En premier lieu, au titre des frais d'obsèques, M. F C présente un tableau dans lequel figure une ligne " billets d'avion " pour un montant de 2 498,40 euros à la date du 6 novembre 2019 et une ligne " retrait d'espèces " pour un montant de 2 500 euros à la date du 7 novembre 2019. Cependant, les requérants n'ont produit aucun justificatif de ces dépenses, en dépit d'une contestation sérieuse de leur matérialité par l'ONIAM. Dans ces conditions, ce poste de préjudice doit être écarté.
15. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, indépendamment de toute infection nosocomiale, M. A C serait resté hospitalisé durant deux mois après l'ostéosynthèse de sa fracture du fémur droit pour sa rééducation. Par suite, M. F C aurait en tout état de cause exposé des frais de l'accès à la télévision pour son père, lesquels ne sont donc pas en lien direct avec l'infection nosocomiale. En revanche, quand bien même M. A C serait resté hospitalisé pour rééducation au cours des deux mois suivant l'ostéosynthèse indépendamment de toute infection nosocomiale, rien ne permet de dire que M. F C serait venu rendre visite à son père aussi souvent qu'il ne l'a fait jusqu'à son décès. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de tenir compte des frais de déplacement que M. F C établit avoir exposés au cours de cette période, en les fixant à une somme de 871 euros, par application du barème kilométrique 2019 à une distance de 22 kilomètres aller-retour parcourus durant 69 jours, somme à mettre à la charge de l'ONIAM. Enfin, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 960 euros, correspondant aux honoraires du médecin-conseil ayant assisté les requérants pour les opérations d'expertise. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 831 euros au titre des frais divers.
16. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. F C en le fixant à une somme de 5 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
17. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement de M. F C, qui établit s'être rendu quasiment quotidiennement au chevet de son père lors de son hospitalisation, en le fixant à une somme de 1 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de Mme G C épouse I, fille de la victime :
18. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme G C épouse I en le fixant à une somme de 5 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
19. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement de Mme G C épouse I, qui établit également s'être rendue quasiment quotidiennement au chevet de son père, en le fixant à une somme de 1 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de M. D C, fils de la victime :
20. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de M. D C en le fixant à une somme de 5 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de M. N A C, M. K I et Mme J I, petits-enfants de la victime :
21. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection des petits enfants de M. A C en allouant à chacun d'eux une somme de 3 000 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
22. D'une part, il y a lieu d'assortir les sommes mises à la charge de l'ONIAM et de l'AP-HP par le présent jugement des intérêts à compter du 23 mars 2022, date de réception de la demande préalable par l'ONIAM et par l'AP-HP.
23. D'autre part, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 23 mars 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur la créance de la CPAM de Paris :
24. En l'espèce, la seule faute imputable à l'AP-HP tirée du défaut d'information à l'origine du seul préjudice d'impréparation de la victime n'est pas de nature à ouvrir droit au remboursement des débours de la CPAM de Paris. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la CPAM et dirigées contre l'AP-HP doivent être rejetées.
Sur les dépens :
25. Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, taxés et liquidés à la somme de 4 900 euros, par ordonnance du 14 janvier 2022 du président de ce tribunal, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Sur les frais non compris dans les dépens :
26. Il y a de lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser aux requérants.
27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. F C, à Mme G C épouse I et à M. D C en leur qualité d'ayants droit de M. A C une somme de 10 000 euros et en leur qualité d'ayants droit de Mme H C une somme de 20 000 euros.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. F C, à Mme G C épouse I et à M. D C en leur qualité d'ayants droit de M. A C une somme de 2 000 euros.
Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. F C une somme de 7 831 euros.
Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme G C épouse I une somme de 6 000 euros.
Article 5 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. D C une somme de 5 000 euros.
Article 6 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. F C et à Mme B L épouse C, en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, N A C, une somme de 3 000 euros.
Article 7 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme G C épouse I et M. E I, en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur, K I, une somme de 3 000 euros, et en leur qualité de représentants légaux de leur fille mineure, J I, une somme de 3 000 euros.
Article 8 : Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 23 mars 2022. Les intérêts échus à la date du 23 mars 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 9 : Les dépens de l'expertise judiciaire, taxés et liquidés à la somme de 4 900 euros, sont mis à la charge définitive de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 10 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. F C une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 11 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 12 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Mme G C épouse I, à M. D C, à Mme B L, à M. E I, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Copie en sera adressée aux experts.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. MarzougLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre du la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
No 2214666/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026