jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2214743 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | LOCTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 juillet 2022, 15 février et 7 avril 2023, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop conseil et ingénierie (Ingérop), Petit, GTM bâtiment, SOCRA, Eiffage construction Ile-de-France venant aux droits de la société Pradeau et Morin, et Apave à lui verser la somme de 553 547,55 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation de ses préjudices nés de désordres affectant le bâtiment du Petit Palais et consécutifs aux travaux qu'elles y ont menés ;
2°) de mettre solidairement à la charge de ces sociétés la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- des graves désordres affectent le musée du Petit Palais, consistant en des infiltrations à plusieurs endroits, notamment au droit des réserves d'œuvres d'art, en la dégradation des mosaïques des bassins extérieurs et en fissurations des architraves du péristyle cerclant le jardin ;
- ces désordres, apparus dans le délai de mise en cause de la responsabilité de garantie décennale et qui compromettent la solidité des bâtiments du musée et le rendent impropre à sa destination, sont de nature à engager la responsabilité à ce titre des sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Petit, GTM bâtiment, SOCRA, Eiffage construction Ile-de-France venant aux droits de la société Pradeau et Morin, et Apave, qui ont conduit des travaux de rénovation et de modernisation du Petit Palais réceptionnés le 20 juillet 2005 ;
- à titre subsidiaire, ils résultent de défauts de conception et d'exécution des travaux, de nature à engager leur responsabilité pour faute ;
- elle a subi les préjudices suivants :
- 9 322,80 euros au titre de la réalisation d'une étude portant sur le " plancher bas du local CTA ", à la suite d'un signalement réalisé par la société Apave, mais qui n'a révélé aucun désordre ;
- pour les désordres de la zone perron, une somme de 135 807,04 euros dont 54 322,82 euros à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre (sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel et Ingérop) et 81 484,22 euros à la charge du groupement d'entreprises de gros œuvre (Sociétés Petit, GMT bâtiment et Eiffage construction Ile-de-France) ;
- pour les désordres de la zone bassin qui ne sont pas imputables à un défaut d'entretien, 183 801,21 euros dont 60 868,33 euros à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre, 103 204,38 euros à la charge du groupement de gros œuvre et 19 728,50 euros à celle de la société SOCRA ;
- 169 520,40 euros pour les désordres affectant les margelles en mosaïque des bassins du jardin intérieur qui ne sont pas imputables à un défaut d'entretien, à la charge de la société SOCRA ;
- 30 615,30 euros au titre des fissures des architraves du péristyle ;
- 24 480,80 euros au titre des frais d'expertise, qui seront mis à la charge définitive des entreprises condamnées ;
- la société Eiffage construction Ile-de-France vient bien aux droits de la société Pradeau et Morin.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 décembre 2022, 4 janvier et 21 mars 2023, la société Apave, représentée par Me Marié, conclut :
1°) à titre principal, à sa mise hors de cause et à ce que la société Apave parisienne soit appelée en la cause ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions dirigées à son encontre ou, à titre infiniment subsidiaire, à ce que les sommes mises à sa charge soient limitées à de plus justes proportions ;
3°) à ce que les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Petit, GTM bâtiment, SOCRA, Eiffage construction Ile-de-France venant aux droits de la société Pradeau et Morin, ou Eiffage construction équipements ou la Ville de Paris, soient condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) à mettre les dépens de l'instance ainsi que les frais non compris dans les dépens, à hauteur de 5 000 euros, à la charge des parties succombantes.
Elle fait valoir que :
- elle a transféré le contrat conclu avec la Ville de Paris à la société Apave parisienne ;
- les conclusions de la Ville de Paris dirigées contre elle ne sont assorties d'aucun moyen de fait, de sorte qu'elles méconnaissent l'article R. 411-1 du code de justice administrative et sont dès lors irrecevables ;
- le préjudice qui découlerait, pour la Ville de Paris, de la réalisation d'une étude sur le plancher bas du local CTA ne lui est en tout état de cause pas imputable ;
- sa responsabilité en garantie décennale ne saurait être engagée pour les autres désordres ;
- les sommes demandées par la Ville de Paris sont en tout état de cause déraisonnables, en particulier, pour les désordres de la zone bassin, elles ne sauraient excéder 36 000 euros ;
- elle est fondée à rechercher la responsabilité des autres constructeurs sur le terrain de l'article 1240 du code civil ;
- en tout état de cause, sa part de responsabilité ne saurait être que résiduelle ;
- les conclusions tendant à ce que la condamnation soit prononcée à titre solidaire sont infondées.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2022 et 11 avril 2023, les sociétés DP.r, venant aux droits de la société Petit, et GTM bâtiment, représentées par Me Leborgne, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) au rejet des conclusions dirigées à leur encontre ;
2°) à ce que les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, AR-C bureau d'études, Ingérop, SOCRA et Apave soient condamnées, solidairement ou, à titre subsidiaire, à hauteur de leurs responsabilités respectives, à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à mettre les dépens de l'instance ainsi que les frais non compris dans les dépens, à hauteur de 10 000 euros, à la charge des parties succombantes.
Elles font valoir que :
- l'action engagée sur le terrain de la faute est prescrite et les conditions d'engagement de sa responsabilité sur ce terrain ne sont pas remplies ;
- bien que le groupement auquel elle appartenait ait réalisé le perron, le défaut d'étanchéité dans la zone perron ne lui est pas imputable dans la mesure où les travaux d'étanchéité ont été confiés à la société Cover, sous-traitante, en tout état de cause, le montant du préjudice allégué est trop important dès lors que la société Petit avait fourni un devis pour la création d'un caniveau pour un montant seulement de 36 000 euros ;
- le défaut d'étanchéité dans la zone bassin est imputable à la seule société Cover, en tout état de cause, l'indemnité due au titre de ce désordre ne saurait excéder la somme de 41 757,23 euros ;
- les autres désordres ne sauraient leur être imputables ;
- elles sont fondées à appeler en garantie les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, SOCRA et Apave.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 décembre 2022, 16 février 2023 et 8 avril 2024, la socitété Ingérop conseil et ingénierie (Ingérop), représentée par Me Rodas, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnité mise à sa charge soit ramenée à de plus justes proportions et à ce que les sociétés Petit, GTM bâtiment, Eiffage construction équipements, Eiffage construction Ile-de-France, Apave parisienne, SOCRA, Atelier d'architecture Chaix-Morel et AR-C bureau d'études soient condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, ou de toute partie succombante, la somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur les conclusions présentées à l'encontre de la société AR-C bureau d'études ;
- la société Eiffage construction Ile-de-France ou, à titre subsidiaire, la société Eiffage construction équipements, a bien succédé à la société Pradeau et Morin, ses conclusions à leur encontre sont donc recevables ;
- la Ville de Paris n'est pas fondée à demander la condamnation de l'ensemble des constructeurs à titre solidaire ;
- elle ne peut rechercher leur responsabilité contractuelle dès lors qu'elle a réceptionné les travaux et qu'elle ne fait état d'aucune faute constitutive d'une fraude ou d'un dol ;
- elle ne justifie pas de ce que les indemnités devraient lui être versées en tenant compte de la TVA ;
- la somme de 9 322,80 euros au titre de la réalisation d'une étude technique superflue ne saurait être mise à la charge que de la société Apave, qui a inutilement alerté sur la portance de la dalle du local CTA ;
- en ce qui concerne la zone perron :
- elle a sous-traité à la société AR-C bureau d'études les missions de bureau d'études structure béton, de sorte qu'elle est fondée à l'appeler en garantie, la juridiction administrative est compétente pour connaître des conclusions formées à son encontre et sa part de responsabilité ne saurait excéder 40% du montant du préjudice ;
- l'indemnité allouée à la Ville de Paris ne saurait excéder 68 153,02 euros HT, ou 77 894,02 euros TTC ;
- en ce qui concerne la zone bassin :
- il résulte du rapport d'expertise que les désordres sont imputables aux sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel et Cover ainsi qu'à la Ville de Paris ;
- elle est fondée à appeler en garantie la société AR-C bureau d'études et sa part de responsabilité ne saurait excéder 30% du montant du préjudice ;
- l'indemnité allouée à la Ville de Paris ne saurait excéder 78 752,16 euros HT, ou 89 363,40 euros TTC ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée pour la dégradation des margelles en mosaïque, d'autant que la maîtrise d'œuvre en incombait entièrement à la société Atelier d'architecture Chaix-Morel, les sommes demandées par la Ville pour ce désordre ne sont pas fondées ;
- les dommages sur l'architrave ne sont pas imputables aux travaux litigieux, conduits entre 2001 et 2005 ;
- elle est fondée à appeler en garantie son co-traitant, Atelier d'architectures Chaix-Morel, son sous-traitant, AR-C bureau d'études, ainsi que les sociétés Petit, GTM bâtiment, Eiffage construction équipements et Eiffage construction Ile-de-France.
Par des mémoires en défense enregistrés les 12 décembre 2022, 9 mars 2023 et 5 avril 2024, la société nouvelle de conservation et de restauration archéologique (SOCRA), représentée par Me Ancel, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet des conclusions de la Ville de Paris ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnité mise à sa charge soit ramenée à de plus justes proportions et à ce que les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Petit, GTM bâtiment, Eiffage construction Ile-de-France et Apave soient condamnées à hauteur de leurs parts de responsabilité respective à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les travaux qu'elle a conduits, de nature purement décorative et qui n'avaient pas vocation à assurer l'étanchéité de l'ouvrage, ne relèvent pas du régime de la responsabilité en garantie décennale, d'ailleurs, le désordre ne compromet pas la solidité de l'ouvrage ni ne le rend impropre à sa destination ;
- les désordres découlent de défauts dans la réalisation des travaux d'étanchéité qui étaient à la charge du lot gros-œuvre, et d'un défaut d'entretien par la Ville de Paris des espaces verts contigus à l'ouvrage ainsi que des joints des panneaux ;
- elle n'a pas commis de faute dans l'exécution des travaux ;
- les travaux qu'elle a conduits sont sans lien avec les autres zones ayant subi des dommages, de sorte qu'elle ne saurait être condamnée à titre solidaire pour ces désordres ;
- le montant des dommages allégués s'agissant des mosaïques du bassin n'est pas fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 décembre 2022, 24 janvier et 9 mars 2023, la société Eiffage construction Ile-de-France, représentée par Me Sery, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;
3°) à la condamnation des sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Apave et SOCRA à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de la mise en la cause de la société AR-C bureau d'études ;
- les conclusions dirigées à son encontre sont irrecevables dès lors qu'elle n'entretient aucun lien avec la société Pradeau et Morin, dont elle n'a pas repris les droits et obligations mais qui est désormais détenue par la société Eiffage construction équipements ;
- le rapport d'expertise a mis hors de cause toute responsabilité de sa part en dehors des désordres affectant la zone perron ;
- dans cette seule zone perron, il n'est pas établi que les désordres seraient d'une gravité telle qu'ils présenteraient un caractère décennal ;
- les désordres sont en tout état de cause exclusivement imputables au groupement de maîtrise d'œuvre ainsi qu'à la société Cover, sous-traitante ;
- sa responsabilité contractuelle ne saurait être mise en cause dès lors que l'ouvrage a été réceptionné et qu'aucune faute ne lui est reprochée ;
- les autres désordres ne sauraient lui être imputables dès lors qu'elle n'est pas intervenue sur les ouvrages et que les désordres sont la conséquence de fautes des autres constructeurs ou de la Ville elle-même ;
- le montant des préjudices subis par la Ville de Paris devra en tout état de cause être ramené à de plus justes proportions et notamment, pour la zone bassin, l'indemnité accordée ne pourra excéder 66 811,64 euros ;
- le partage de responsabilité retenu par l'expert est erroné ;
- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Apave et SOCRA.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, la société AR-C bureau d'études, représentée par Me Loctin, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Ingérop, Atelier d'architecture Chaix-Morel, DP.r, GTM Bâtiment, Eiffage construction Ile-de-France ou à défaut Eiffage construction équipements, Apave, Apave infrastructures construction France et SOCRA soient condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Ingérop au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le juge administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur les conclusions formées à son encontre par les sociétés Ingérop (à titre contractuel), DP.r et GTM bâtiment (à titre quasi-délictuel) dès lors qu'elle n'appartenait pas au groupement de maîtrise d'œuvre et n'était liée qu'à Ingérop par un contrat de droit privé ;
- les moyens soulevés par ces sociétés ne sont pas fondés ;
- les dommages subis par la Ville de Paris résultent de fautes commises par les autres constructeurs, qu'elle est dès lors fondée à appeler en garantie.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 janvier et 21 mars 2023, la société Apave infrastructures construction France, venant aux droits de la société Apave parisienne, représentée par Me Marié, doit être regardée comme concluant au rejet des conclusions formées contre la société Apave et contre elle-même, par les mêmes moyens que ceux soulevés par la société Apave.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, la société Eiffage construction équipements, représentée par Me Sery, conclut :
1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que les sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, SOCRA et Apave soient condamnées solidairement à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le juge administratif est incompétent pour se prononcer sur les conclusions formées par la société Ingérop à l'encontre de la société AR-C bureau d'études ;
- la Ville de Paris n'a formé aucune conclusion à son encontre ;
- les appels en garantie formés à son encontre par les sociétés Ingérop, Apave et AR-C bureau d'études devront être rejetés dès lors qu'elles n'entretiennent aucun lien contractuel avec elle et qu'en tout état de cause, elles n'établissent l'existence d'aucune faute de sa part ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés à son encontre ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, la société Atelier d'architecture Chaix-Morel, représentée par Me Tessier, conclut au rejet de toutes les conclusions dirigées à son encontre et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Ville de Paris ou de toute autre partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens tendant à sa condamnation, à titre principal ou incident, ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier et, notamment, l'ordonnance de taxation-liquidation n° 1404828 du 30 juin 2021.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Goulard, pour la Ville de Paris, Me Rodas, pour la société Ingérop, Me Leborgne, pour les sociétés DP.r et GTM bâtiment, Me Ancel, pour la société SOCRA, Me Vidakovic, pour les sociétés Eiffage construction Ile-de-France et Eiffage construction équipements, Me Bourmel, pour les sociétés Apave et Apave infrastructures construction France, et Me Loctin, pour la société AR-C bureau d'études.
Considérant ce qui suit :
1. La Ville de Paris est propriétaire du musée du Petit Palais, où elle a conduit des travaux de rénovation et de modernisation, réceptionnés le 20 juillet 2005. Elle avait confié la maîtrise d'œuvre à un groupement conjoint, constitué notamment des sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel (architecte, mandataire) et Ingérop conseil et ingénierie (ci-après Ingérop) (Ingénierie, économiste, BET électricité et structures). La société Ingérop a sous-traité à la société ARetC, devenue AR-C bureau d'études, les prestations relatives aux études et au suivi des travaux de gros œuvre et structure. Le lot 201 " Terrassements, démolitions structurelles, gros œuvre " a été attribué à un groupement solidaire composé des sociétés Lainé Delau, GTM bâtiment et Pradeau et Morin, dont le mandataire était la société Lainé Delau, entretemps devenue " Petit " puis " DP.r ". Sont en outre intervenues la société SOCRA, chargée du lot 213 " pose de mosaïques " et la société Apave parisienne en qualité de bureau de contrôle. Depuis la réception des travaux, plusieurs désordres sont apparus liés notamment à des infiltrations. A la demande de la Ville de Paris, le présent tribunal a ordonné une expertise par une ordonnance n° 1404828 du 9 juin 2014 et l'expert a déposé son rapport le 7 avril 2021. Par la présente requête, la Ville de Paris demande la condamnation solidaire des sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Petit, GTM bâtiment, SOCRA, Eiffage construction Ile-de-France venant aux droits de la société Pradeau et Morin, et Apave à lui verser la somme de 553 547,55 euros en réparation de ses préjudices nés des désordres. A titre principal, elle invoque leur responsabilité décennale et, à titre subsidiaire, leur responsabilité contractuelle. Ces sociétés ont elles-mêmes formé des appels en garantie les unes envers les autres.
Sur la mise hors de cause des sociétés Apave et Eiffage construction Ile-de-France :
2. Il résulte de l'instruction que, d'une part, la société Eiffage construction Ile-de-France, ainsi qu'elle le soutient, n'a pas repris les droits et obligations de la société Pradeau et Morin, qui est détenue par Eiffage construction équipements. D'autre part, la société Apave a transféré à la société Apave parisienne, devenue entretemps Apave infrastructures construction France, le contrat qu'elle avait conclu avec la Ville de Paris. Il en résulte que les sociétés Eiffage construction Ile-de-France et Apave ne sauraient être regardées comme ayant participé aux opérations de construction en cause et que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la société Apave, les conclusions formées à leur encontre par toute partie à l'instance doivent être rejetées.
Sur les conclusions principales :
En ce qui concerne le cadre juridique :
3. D'une part, il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
4. D'autre part, les constructeurs encourent une responsabilité en cas ou bien de fraude ou de dol dans l'exécution de leur contrat, ou bien d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol, caractérisée par la violation grave, par sa nature ou ses conséquences, de leurs obligations contractuelles, commises volontairement et sans qu'ils puissent en ignorer les conséquences.
En ce qui concerne le dommage résultant de la réalisation d'une étude portant sur le plancher bas du local CTA :
5. La Ville de Paris demande à être indemnisée du surcoût de 9 322,80 euros résultant de la réalisation d'une étude portant sur le plancher bas du local CTA, ordonnée par l'expert après que la société Apave infrastructures construction France ait formulé un signalement au cours des opérations d'expertise, qui n'a finalement révélé aucun dommage ni malfaçon. Toutefois, ce surcoût ne résulte ni des travaux couverts par la responsabilité décennale elle-même, ni d'une violation par aucun des constructeurs d'une de leurs obligations contractuelles. Au demeurant, la Ville de Paris n'a pas dirigé ses conclusions contre la société Apave infrastructures construction France. Dans ces conditions, l'indemnisation de ce poste de préjudice ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne les infiltrations dans la cour, au droit de la " zone perron " et de la " zone bassin " :
S'agissant de la responsabilité :
6. Il résulte de l'instruction que des infiltrations ont été observées au sous-sol du Petit Palais, notamment dans le couloir de jonction entre les deux bâtiments, au droit du vestiaire du personnel et de l'amphithéâtre. L'expertise, non contestée sur ce point, a établi que ces infiltrations résultaient de la pose d'une feuille de plomb pour assurer le recouvrement de la jonction, au niveau du perron, entre l'ouvrage préexistant et celui construit en 2005 et que des entrées d'eau ont aussi pu être observées découlant de l'étanchéité extérieure du bassin côté sud, notamment au niveau des têtes de margelles, qui présente des décollements ponctuels.
7. Il résulte de l'instruction que ces dommages, qui créent d'importantes infiltrations dégradant de manière continue les parties intérieures du bâtiment, rendent ce dernier impropre à sa destination dans un délai prévisible. Ainsi, les photos figurant au rapport d'expertise montrent de nombreux dégâts intérieurs dans le musée et l'expert a estimé qu'en raison de la répétition de passage d'eau sur le plafond suspendu, il existait un potentiel danger d'effondrement des éléments de type plaques de plâtres, rendant préférable, par sécurité, de maintenir le plafond par un étaiement. Il est par ailleurs constant que ceux-ci résultent des travaux de rénovation du Petit Palais réceptionnés en 2005 et qu'ils ont été constatés au plus tard à la date d'introduction de la requête de référé expertise, soit moins de dix ans après leur réception. Ils sont, par suite, de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs ayant effectivement participé à ces travaux.
8. Il résulte de l'instruction que les travaux d'étanchéité ont intégralement été réalisés par la société Cover, sous-traitante du groupement solidaire titulaire du lot 201, dont ces travaux ressortaient. La Ville de Paris est, par suite, fondée à rechercher la responsabilité solidaire des entreprises DP.r et GTM bâtiment.
9. En outre, la maîtrise d'œuvre du lot 201 incombait entièrement, aux termes de l'annexe 4 de l'avenant n° 2 au marché conclu par la Ville de Paris avec le groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, à la société Ingérop, ainsi qu'il résulte de la pièce versée à l'instance par celle-ci. La Ville de Paris est, par suite, fondée à engager la seule responsabilité de cette dernière, qui ne saurait utilement se prévaloir devant le juge administratif, pour se dégager de sa responsabilité décennale, du contrat de droit privé la liant à son sous-traitant, la société AR-C bureau d'études, dont la Ville de Paris ne recherche au demeurant pas la responsabilité.
10. Dès lors que les sociétés DP.r, GTM bâtiment et Ingérop sont toutes trois responsables des dommages en cause, sur le fondement de leur responsabilité décennale, il y a lieu de les condamner solidairement à réparer les préjudices en résultant.
S'agissant des préjudices :
11. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Il résulte de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la TVA pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) vise à compenser la TVA acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la TVA grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.
Quant à la zone perron :
12. En premier lieu, il résulte de l'expertise et n'est pas sérieusement contesté que les travaux de reprise rendus nécessaires par les dommages subis par le Petit Palais au droit de la zone perron ont rendu nécessaire la recherche de fuites par la société IBRF, la dépose et la repose de pierres, la remise en état provisoire des lieux, le remplacement des joints et des installations de chantier, pour des coûts évalués à, respectivement, 11 407,20 euros TTC, 5 578,80 euros TTC, 1 166,40 euros TTC, 1 292,60 euros TTC et 1 620 euros TTC, soit un total de 21 065 euros TTC.
13. En deuxième lieu, s'il n'est pas sérieusement contesté qu'une reprise de l'étanchéité à la jonction entre la cour et l'escalier du perron était indispensable, le montant du devis de la société Etanchéco de 86 880 TTC est contesté pour ce poste de travaux. Les sociétés DP.r et GTM bâtiment produisent un devis du 8 janvier 2018 prévoyant le percement d'un caniveau d'évacuation, qui n'implique pas la dépose et la repose de l'ensemble des marches du perron, aboutissant à un coût de 36 000 euros TTC. Ni l'expert, ni les autres parties, n'ont indiqué en quoi cette intervention n'aurait pas suffi à régler le désordre en cause. Il y a donc lieu de limiter le coût de la reprise de l'étanchéité du perron elle-même à la somme de 36 000 euros TTC.
14. En troisième lieu, les sociétés mises en cause contestent qu'il ait été nécessaire de rénover les menuiseries murales du couloir reliant en sous-sol les deux bâtiments. Il ne résulte ni des photos figurant dans le rapport d'expertise, ni de l'argumentation d'aucune des parties, que cette réfection aurait été indispensable et imputable aux infiltrations résultant des travaux réceptionnés en 2005. Il y a, par suite, lieu de déduire du devis de 15 516 euros TTC de la société Etancheco, la somme de 9 372 euros prévue à ce titre et de limiter à 6 144 euros TTC le montant de la reprise des désordres affectant la voûte et le sol.
15. En dernier lieu, la Ville de Paris ne produit aucun élément de nature à étayer le coût de 10% des travaux au titre de la " prestation de maître d'œuvre " qu'elle assurerait, de sorte que l'indemnisation de ce poste de préjudice qu'elle évalue à 12. 346,02 € TTC, doit être exclue.
16. Il résulte des énonciations des points 12 à 15 que le montant du préjudice résultant des dommages dus aux infiltrations survenues dans la zone perron sera exactement apprécié en étant fixé à la somme de 63 209,02 euros TTC.
Quant à la zone bassin :
17. En premier lieu, il résulte de l'expertise et n'est pas sérieusement contesté que les travaux de reprise rendus nécessaires par les dommages subis par le Petit Palais au droit de la zone bassin ont rendu nécessaire la recherche de fuites par la société IBRF, la pose de panneaux en bois, la dépose de végétaux et des margelles, des installations de chantier, la reprise de l'étanchéité des margelles et des désordres des vestiaires, pour des montants respectifs évalués à 11 407,20 euros TTC, 2 172,84 euros TTC, 5 637,12 euros TTC, 6 480 euros TTC, 3 240 euros TTC, 38 616 euros TTC et 16 022 euros TTC, soit un total de 83 575, 16 euros TTC.
18. En deuxième lieu, en revanche, le montant de la réparation des mosaïques, dont l'expert a tenu compte dès lors qu'il a évalué conjointement le montant des dommages découlant des défauts d'étanchéité au niveau de la zone bassin et du décollement des mosaïques, n'est pas imputable aux défauts d'étanchéité, ni de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et son indemnisation à ce titre doit donc être exclue.
19. En troisième lieu, le devis établi par la société IdVerde pour la " reprise des végétaux " est relatif à des prestations déjà assurées par la société Etanchéco pour la dépose des végétaux et le décaissement au droit du bassin en cause. Par ailleurs, aucun élément de l'instruction n'établit la nécessité de conduire ces travaux autour des trois bassins. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de tenir compte de la somme de 110 400 euros TTC mentionnée par ce devis.
20. En dernier lieu, la Ville de Paris ne produit aucun élément de nature à étayer le coût de 10% des travaux au titre de la " prestation de maître d'œuvre " qu'elle assurerait à hauteur de 26 357, 56 euros TTC, non plus que le coût de 12 000 euros TTC de la dépose de l'arrosage, de sorte que l'indemnisation de ces postes de préjudice doit être exclue.
21. Il résulte des énonciations des points 17 à 20 que le montant des dommages résultant des infiltrations dans la zone bassin doit être fixé à 83 575,56 euros TTC. Toutefois, il résulte de l'expertise que la négligence du maître d'ouvrage, notamment s'agissant de l'absence de rénovation des joints et de l'insuffisance du désherbage, a concouru à l'aggravation du dommage. Il y a lieu, par suite, de fixer à 25% la part de responsabilité de la Ville de Paris et de limiter à 62 681,67 euros TTC le montant qu'elle est fondée à obtenir en réparation de ce préjudice.
En ce qui concerne le décollement des mosaïques sur les margelles des bassins du jardin :
22. Il ne résulte pas de l'instruction que ce désordre, qui affecte un élément purement décoratif, serait de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible. En outre, la Ville de Paris ne démontre pas l'existence d'une fraude, d'un dol ou d'une faute d'une gravité telle qu'elle devrait conduire à l'engagement de la responsabilité contractuelle d'un des constructeurs en cause. Dès lors que le décollement des mosaïques sur les margelles des bassins du jardin n'est de nature à engager ni la responsabilité décennale, ni la responsabilité contractuelle de l'un des constructeurs, les conclusions présentées par la Ville de Paris à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne les fissures des architraves du péristyle :
23. Il résulte du rapport d'expertise que ce désordre n'est pas imputable à l'intervention, au cours des travaux réceptionnés en 2005, de l'une ou l'autre des sociétés en cause et la Ville de Paris ne produit aucun élément de nature à contester utilement cette conclusion. Elle n'est dès lors pas fondée à obtenir la somme de 30 615, 30 euros TTC en réparation des préjudices en découlant.
24. Il résulte de tout ce qui précède, et notamment des énonciations des points 12 à 22, que la Ville de Paris est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés DP.r, GTM bâtiment et Ingérop à lui verser la somme totale de 150 371,49 euros TTC en réparation de ses préjudices. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 8 juillet 2022, date d'enregistrement de sa requête.
Sur les dépens :
25. La Ville de Paris est fondée à obtenir à ce que la somme de 24 480,80 euros, résultant de l'ordonnance de taxation-liquidation du 30 juin 2021, soit mise solidairement à la charge des sociétés DP.r, GTM bâtiment et Ingérop, parties perdantes à la présente instance.
Sur les appels en garantie :
26. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
En ce qui concerne les appels en garantie formés par les sociétés DP.r et GTM bâtiment :
27. Il résulte du principe énoncé au point 26 que le juge administratif est compétent pour se prononcer sur l'appel en garantie formé par les sociétés DP.r et GTM bâtiment à l'encontre de la société AR-C bureau d'études, cette dernière n'étant contractuellement liée qu'à la société Ingérop.
28. Il résulte de l'expertise que les désordres résultant des infiltrations au niveau des zones du perron et du bassin sont en partie la conséquence de fautes commises par la maîtrise d'œuvre. Pour la zone perron, la maîtrise d'œuvre n'avait émis aucune prescription et a validé les travaux alors qu'aucun plan de détail n'avait été produit et que la technique retenue, consistant en la simple pose d'une feuille de plomb, n'était pas conforme aux règles de l'art. Ainsi qu'il a été dit au point 9, au sein du groupement de maîtrise d'œuvre, l'entreprise Ingérop était seule chargée du suivi du lot 201.
29. Par ailleurs, cette dernière soutient qu'elle avait intégralement sous-traité le suivi de ce lot à la société ARetC, devenue AR-C bureau d'études. Il résulte du contrat de sous-traitance qu'a été confiée à cette dernière une " mission complète ", portant sur les ouvrages de maçonnerie, incluant non seulement l'emmarchement et la reconstitution des bassins, mais également les ouvrages en sous-œuvre et les cuvelages, qui en constituent des éléments accessoires et indissociables et concernent notamment l'étanchéité de l'ouvrage. Ainsi, la circonstance que les ouvrages d'étanchéité ne soient pas expressément désignés sous cette dénomination est sans incidence quant au périmètre de la mission de la société AR-C bureau d'études. La société AR-C bureau d'études n'a par ailleurs émis aucune réserve quant au CCTP du lot 201 ou aux plans de détail de la zone bassin dont, en l'absence de preuve du contraire, elle est présumée être l'autrice eu égard au champ des prestations qui lui ont été confiées. Il résulte en outre tant du compte-rendu de chantier du 8 octobre 2003 que d'un courrier adressé le même jour par la société Lainé Delau, portant sur la réalisation des ouvrages d'étanchéité accessoires aux maçonneries, que la société ARetC a effectivement été seule en charge de la maîtrise d'œuvre de ceux-ci et est ainsi exclusivement responsable des fautes qui ont pu être commises par la maîtrise d'œuvre. En revanche, les société Ingérop et Atelier d'architecture Chaix-Morel n'ont pas commis de faute de nature à engager leur responsabilité à l'encontre des sociétés DP.r et GTM bâtiment.
30. Compte tenu des conclusions du rapport d'expertise quant aux préjudices résultant des désordres dans ces deux zones, il y a lieu de fixer à 45% la part de responsabilité de la société AR-C bureau d'études.
31. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point 2, la société Apave n'a pas participé aux opérations de construction en cause. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'une faute à l'origine des dommages en cause puisse être reprochée à la société SOCRA, qui était exclusivement chargée de la pose des mosaïques sur les margelles des bassins.
32. Il résulte des énonciations des points 28 à 31 que les sociétés DP.r et GTM bâtiment sont fondées à demander la condamnation de la société AR-C bureau d'études à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre à hauteur de 45% des sommes qui seront mises à leur charge.
En ce qui concerne les appels en garantie formés par la société Ingérop :
33. En premier lieu, il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise que les infiltrations au niveau des zones du perron et du bassin sont le résultat des techniques constructives mises en œuvre par la société Cover, sous-traitante du groupement solidaire chargé du lot 201 composé des sociétés Lainé Delau, aux droits de laquelle vient la société DP.r, GTM bâtiment et Pradeau et Morin, aux droits de laquelle vient la société Eiffage construction équipements. S'agissant de la zone perron, ainsi qu'il a été dit au point 28, la simple pose d'une feuille de plomb n'était pas de nature à empêcher les infiltrations et n'était pas conforme aux règles de l'art. S'agissant de la zone bassin, l'expert a estimé que " Les étanchéités mises en place ne correspondent pas aux plans de détails produits. " Il en résulte que la société Ingérop est fondée à demander la condamnation des sociétés DP.r, GTM bâtiment et Eiffage construction équipements à la garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre, à hauteur de 55%.
34. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 31, la société Ingérop était seule chargée de la maîtrise d'œuvre s'agissant du lot 201, de sorte qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la société Atelier d'architecture Chaix-Morel aurait commis une faute à l'origine des désordres affectant la zone perron et la zone bassin de nature à engager sa responsabilité à son égard.
35. En troisième lieu, la compétence de la juridiction administrative pour connaître des litiges nés de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux ne s'étend pas à l'action en garantie du titulaire du marché contre son sous-traitant avec lequel il est lié par un contrat de droit privé. Les conclusions tendant à voir la responsabilité de la société Ingérop garantie par AR-C bureau d'études, qui était son sous-traitant, doivent dès lors être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
36. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, la société Eiffage construction Ile-de-France n'a pas participé aux opérations de construction en cause. Par ailleurs, la société Ingérop ne précise pas quelle faute à l'origine des dommages en cause pourrait être reprochée à la société SOCRA, qui était exclusivement chargée de la pose des mosaïques sur les margelles des bassins, ni à la société Apave infrastructure construction France, venant aux droits de la société Apave parisienne, agissant en tant que bureau de contrôle. Ses conclusions d'appel en garantie dirigées contre ces sociétés devront donc être rejetées.
En ce qui concerne les appels en garantie formés par la société AR-C bureau d'études :
37. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 33 et en tenant compte de ce que la société Apave n'a pas participé aux opérations de construction litigieuses ainsi qu'il a été dit au point 2, la société AR-C bureau d'études est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés DP.r, GTM bâtiment et Eiffage construction équipements à la garantir à hauteur de 55% de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre.
En ce qui concerne les appels en garantie formés par la société Eiffage construction équipements :
38. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 28 et 31, les conclusions à fin d'appel en garantie formées par la société Eiffage construction équipements à l'encontre des sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop, Apave et SOCRA doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres appels en garantie :
39. Les conclusions d'appel en garantie présentées par les sociétés Apave, SOCRA et Eiffage construction Ile-de-France, dont la responsabilité n'est pas mise en cause dans le cadre de la présente instance, doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
40. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la Ville de Paris à verser à la société SOCRA, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 2 000 euros à la charge des sociétés DP.r et GTM bâtiment, à verser solidairement à la Ville de Paris sur le même fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes des sociétés Apave, Eiffage construction Ile-de-France, Eiffage construction équipements, Ingérop, AR-C bureau d'études et Atelier d'architecture Chaix-Morel présentées au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les sociétés DP.r, GTM bâtiment et Ingérop verseront solidairement la somme de 150 371,49 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 8 juillet 2022, à la Ville de Paris.
Article 2 : La charge définitive des dépens est solidairement mise à la charge des sociétés DP.r, GTM bâtiment et Ingérop, à hauteur de 24 480,80 euros.
Article 3 : La société AR-C bureau d'études est condamnée à garantir les sociétés DP.r et GTM bâtiment à hauteur de 45% des sommes qui pourraient être mises à leur charge.
Article 4 : Les sociétés DP.r, GTM bâtiment et Eiffage construction équipements sont solidairement condamnées à garantir les sociétés Ingérop et AR-C bureau d'études à hauteur de 55% des sommes qui pourraient être mises à leur charge.
Article 5 : Au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la Ville de Paris versera la somme de 2 000 euros à la société SOCRA et les sociétés DP.r et GTM verseront solidairement la somme de 2 000 euros à la Ville de Paris.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la Ville de Paris et aux sociétés Atelier d'architecture Chaix-Morel, Ingérop conseil et ingénierie, DP.r, GTM bâtiment, SOCRA, Eiffage construction Ile-de-France, Apave, Apave infrastructures construction France, AR-C bureau d'études et Eiffage construction équipements.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
MM. Gaël A et Arnaud Blusseau, premiers conseillers,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Le rapporteur,
G. ALa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026