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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214824

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214824

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214824
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET GELBLAT ASSOCIES (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2022, la société Lehna Thawant, représentée par Me Teboul-Gelblat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 27 mars 2022, ainsi que la décision explicite du 7 juin 2022, par lesquelles la maire de Paris a refusé de l'autoriser à installer une terrasse ouverte au droit de son établissement ;

2°) d'enjoindre à la ville de Paris, à titre principal, de lui délivrer l'autorisation demandée, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 7 juin 2022 est entachée d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ; les signalements antérieurs au 1er décembre 2018, date à laquelle elle a commencé son activité, ne peuvent lui être imputables ; en outre, de nombreux établissements à proximité exploitent des terrasses ; il n'est pas établi qu'elle soit responsable des nuisances sonores reprochées ;

- ces décisions méconnaissent le principe d'égalité de traitement, dès lors que d'autres établissements situés à proximité bénéficient d'autorisations de terrasse ;

- la terrasse demandée est économiquement vitale pour son activité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Lehna Thawant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique ainsi que des contre-étalages et contreterrasses, des commerces accessoires aux terrasses et des dépôts de matériel ou objets divers devant les commerces et des terrasses estivales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, représentant la ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La société Lehna Thawant, qui exploite depuis le 1er décembre 2018 un établissement de type café bar brasserie sous l'enseigne " La Cordonnerie " au 142, rue Saint-Denis, dans le 2e arrondissement de Paris, a déposé, le 27 janvier 2022, une demande d'installation d'une terrasse ouverte permanente de 3,30 mètres de long sur 0,80 mètre de large sur le trottoir, au droit de son établissement, au 142, rue Saint-Denis. Une décision implicite de rejet est née le 27 mars 2022. Par une décision du 7 juin 2022, la maire de Paris a explicitement rejeté la demande de la société requérante. Par la présente requête, la société Lehna Thawant demande l'annulation des décisions implicite et explicite rejetant sa demande.

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet, née le 27 mars 2022, doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 7 juin 2022.

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 mars 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 18 mars suivant, M. B A, adjoint au chef de la circonscription centre-est, chef de la section juridique, fiscale et paysage de la rue, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes ou décisions concernant l'occupation temporaire du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 7 juin 2022 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 7° Refusent une autorisation () ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise le code général des collectivités territoriales et mentionne les dispositions de l'article DG.13.1 du règlement du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses. En outre, elle fait état de ce que l'établissement a fait l'objet de nombreux signalements pour nuisances sonores. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article DG.13.1 du règlement des étalages et des terrasses du 11 juin 2021 : " Les bénéficiaires de l'autorisation d'occupation du domaine public s'engagent à respecter la réglementation en matière de bruit ainsi qu'à informer et inciter leur clientèle à respecter l'environnement de leur établissement. / () Il incombe au titulaire de l'autorisation de veiller à ce que l'exploitation de sa terrasse ne trouble pas la tranquillité du voisinage, notamment par des exclamations de voix, des débordements de clientèle ou des mouvements de mobilier, notamment pendant le rangement de la terrasse et tout particulièrement après 22 heures. / En cas de constat de nuisances sonores par les agents dûment habilités, des sanctions administratives peuvent être prises à l'encontre du bénéficiaire de l'autorisation dans les conditions définies à l'article DG.20.1 du présent règlement sans préjudice des sanctions prises sur le fondement de la législation relative aux bruits de voisinage. ".

7. Les autorisations privatives d'occupation du domaine public, telles que les autorisations d'implantation de terrasses ou leur renouvellement, ne constituent pas un droit pour les demandeurs ou leur titulaire. Il appartient à l'autorité compétente de fixer, tant dans l'intérêt du domaine public et de son affectation que dans l'intérêt général, les conditions auxquelles elle entend subordonner les permissions d'occupation. La prévention des nuisances à la tranquillité des riverains générées par l'installation d'une terrasse sur la voie publique est au nombre des motifs d'intérêt général qui peuvent fonder un refus d'autorisation de terrasse.

8. Il ressort des pièces du dossier que le président du conseil syndical de l'immeuble du 142, rue Saint-Denis a adressé, les 19 avril et 30 mai 2019, aux services de la ville de Paris, des courriers de plainte concernant les nuisances sonores produites par l'établissement exploité par la société requérante. En outre, les 19 février 2022 à 23h22, 21 avril 2022 à 23h45, 25 mai 2022 à 22h58 et 3 juin 2022 à 20h47, des procès-verbaux constatant des nuisances sonores imputables à l'activité de l'établissement ont été dressés par des agents de la ville de Paris. Les allégations de la société requérante, qui indique que, compte tenu de la présence d'autres établissements avec terrasse à proximité, sa responsabilité dans les nuisances sonores constatées n'est pas établie, ne sont pas de nature à infirmer les procès-verbaux dressés en 2022 qui font foi jusqu'à preuve contraire. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant l'autorisation demandée en raison des nuisances sonores provoquées par l'établissement qu'elle exploite, la maire de Paris a commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.

10. En l'espèce, la circonstance que les établissements voisins de la société requérante disposent d'une autorisation de terrasse ne caractérise pas, par elle-même, une rupture d'égalité de traitement, et ce d'autant plus qu'il n'est pas établi que ces établissements auraient fait, comme la société requérante, l'objet de signalements en raison de nuisances sonores.

11. En dernier lieu, la société Lehna Thawant ne peut utilement faire valoir, dès lors qu'une décision de gestion domaniale n'a pas vocation à prendre en compte les intérêts particuliers, que la décision de refus lui cause un préjudice commercial.

12. Il résulte ce qui précède que les conclusions de la société Lehna Thawant à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Lehna Thawant est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lehna Thawant et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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