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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215203

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215203

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215203
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET INTERBARREAUX MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022 et régularisée le 25 juillet 2022, ainsi que des mémoires complémentaires enregistrés les 27 avril 2023 et 13 juin 2023, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître le statut d'apatride, ou à tout le moins de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, ne pouvant bénéficier de la nationalité française ou italienne, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait dû lui reconnaître la qualité d'apatride ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention de Genève du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Gualandi, rapporteur public,

- et les observations de Me Cabral de Brito substituant Me Monconduit et représentant M. B.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, été enregistrée le 14 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 août 2021, M. A B a déposé une demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 582-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". L'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 stipule que : " 1. Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit des démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

3. M. B, né à Rome le 7 septembre 1984 et qui résiderait habituellement en France depuis l'âge de deux ans, fait valoir qu'il ne peut prétendre à la nationalité française et à la nationalité italienne. S'il ressort des pièces du dossier que la mère de M. B est de nationalité française, il est constant que la filiation du requérant à l'égard de cette dernière n'a été établie qu'en 2015, soit à la majorité de l'intéressé, ce qui n'a pu avoir d'effet sur sa nationalité conformément à l'article 20-1 du code civil. En outre, alors qu'il est également constant que le père de M. B, qui a résidé en France plusieurs années, était titulaire d'une carte nationale d'identité falsifiée, le requérant ne peut se prévaloir de la nationalité française de celui-ci. Enfin, il n'est pas contesté que le requérant ne peut bénéficier du droit du sol alors qu'il est entré en France au plus tôt à l'âge de deux ans. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le père de M. B, dont on ne connaît pas la nationalité, est né le 8 mai 1956 à Rome, laissant présumer sa nationalité italienne, nationalité qu'il aurait ainsi pu transmettre à son fils en vertu de la législation en vigueur en Italie. Or, si le requérant justifie avoir sollicité auprès du consulat de France à Rome et auprès de l'Office d'état civil à Rome l'acte de naissance de son père, ces deux seuls courriers ne sauraient démontrer qu'en dépit de démarches personnelles répétées et assidues, l'Italie dont il peut être présumé avoir la nationalité, aurait refusé de donner suite à ses démarches afin d'obtenir la nationalité italienne. Dans ces conditions, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. B n'entrait pas dans le champ d'application de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ouvrant droit à la qualité d'apatride.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. La décision attaquée, qui refuse d'attribuer la qualité d'apatride à M. B, n'a par elle-même ni pour objet ni pour effet de conférer ou de retirer à l'intéressé le droit de séjourner en France. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis, ni qu'elle porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants qui résident en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés, ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Philippe Séval, président,

Mme Chloé Hombourger, première conseillère,

Mme Sybille Mareuse, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

Signé

S. C

Le président,

Signé

J.-P. Séval

La greffière,

Signé

S. Rahmouni

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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