vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215333 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET EBSTEIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2022 et le 20 décembre 2023, la SARL Aina Assistance Services, représentée par la SELARL Cabinet Ebstein, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel la maire de Paris a rejeté son recours gracieux contre son arrêté du 5 novembre 2021 par lequel elle lui avait refusé de l'autoriser à exploiter un service d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) en mode prestataire auprès des personnes âgées et/ou en situation de handicap sur le territoire de Paris, ensemble cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la maire de Paris de lui délivrer l'autorisation d'exploiter un service d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) en mode prestataire auprès des personnes âgées et/ou en situation de handicap sur le territoire de Paris, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les décisions attaquées sont entachées d'illégalité dès lors, en premier lieu, qu'elle dispose d'un local adapté pour l'activité de SAAD, en deuxième lieu, que sa gérante dispose du niveau de qualification requis, en troisième lieu, qu'elle fournit une information claire et complète des usagers, en quatrième lieu, qu'elle avait déterminé le profil des bénéficiaires du service et les activités correspondantes, en cinquième lieu, qu'elle avait produit un budget prévisionnel détaillé et en sixième lieu, qu'il ne lui appartenait pas d'établir une procédure d'évaluation externe dès lors que l'article L. 312-8 du code de l'action sociale et des familles n'est pas opposable au stade de l'autorisation d'exploitation et en tout état de cause que l'annexe au code prise pour son application a été abrogée par décret du 26 avril 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 10 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2019-14 du 8 janvier 2019 ;
- le décret n° 2022-695 du 26 avril 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Aina Assistance Services a demandé le 17 juillet 2021 l'autorisation d'exploiter un service d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) en mode prestataire auprès des personnes âgées et/ou en situation de handicap sur le territoire de Paris. Par un arrêté du 5 novembre 2021, la maire de Paris a rejeté cette demande. Par un recours administratif du 3 janvier 2022, l'intéressée a demandé le réexamen de sa demande. Par arrêté du 19 mai 2022, la maire de Paris a rejeté ce recours et confirmé le refus d'autorisation. La SARL Aina Assistance Services demande l'annulation des arrêtés des 5 novembre 2021 et 19 mai 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code () : 5 () / 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale () ". Aux termes de l'article L. 313-1-2 du même code : " Pour intervenir auprès des bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie (), un service d'aide et d'accompagnement à domicile relevant des 6° ou 7° du I de l'article L. 312-1 doit y être autorisé () ". Aux termes de l'article L. 313-4 du code : " L'autorisation est accordée si le projet : () / 2° () prévoit les démarches d'évaluation et les systèmes d'information respectivement prévus aux articles L. 312-8 et L. 312-9 () / Pour les projets ne relevant pas de financements publics, l'autorisation est accordée si le projet satisfait aux règles d'organisation et de fonctionnement prévues au présent code, et prévoit les démarches d'évaluation ". Enfin, aux termes de l'article L. 313-1-3 : " Les services d'aide et d'accompagnement à domicile relevant des 6° ou 7° du I de l'article L. 312-1 respectent un cahier des charges national défini par décret () ". Aux termes de l'article D. 312-10-0-1, alors applicable : " Les conditions techniques minimales d'organisation et de fonctionnement des services d'aide et d'accompagnement à domicile mentionnés aux 1°, 6°, 7° et 16° du I de l'article L. 312-1 sont définies dans le cahier des charges figurant à l'annexe 3-0 du présent code ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la société requérante louait, à la date des arrêtés attaqués, un local professionnel adapté pour l'accueil physique et téléphonique du public et garantissant la confidentialité des échanges, conformément aux prévisions de l'article 4.1.1 de l'annexe 3-0 au code de l'action sociale et des familles. Par suite, c'est à tort que les arrêtés attaqués lui ont opposé qu'elle ne respectait pas cette condition, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance, à la supposer avérée, que la société requérante n'aurait pas communiqué les pièces correspondantes avant l'adoption du premier des deux arrêtés. La SARL Aina Assistance Services est donc fondée à soutenir que le motif en cause était irrégulier.
4. En deuxième lieu, si l'arrêté du 5 novembre 2021 retient que la gérante de la SARL Aina Assistance Services ne remplissait pas la condition prévue à l'article D. 312-176-7 du code de l'action sociale et des familles de détention d'un diplôme au moins équivalent au niveau II, ce qui, en vertu de l'article D. 6113-9 du code du travail, correspond, dans la nomenclature issue du décret du 8 janvier 2019, à un diplôme conférant le grade de licence, il ressort des pièces du dossier qu'elle est titulaire d'un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS). Elle dispose donc d'un diplôme d'un niveau supérieur à celui requis par les dispositions de l'article D. 312-176-7 du code de l'action sociale. Par suite, ce motif est également irrégulier, sans qu'ait d'incidence là encore la circonstance, à la supposer avérée, que la société requérante n'aurait pas communiqué le justificatif correspondant avant la date d'adoption de l'arrêté attaqué.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les livrets d'accueil produits par la société requérante ne comportent pas l'ensemble des informations devant y figurer en vertu de l'article 4.3.1 de l'annexe 3-0 au code de l'action sociale et des familles, et notamment pas les conditions générales de remplacement des intervenants en cas d'absence, les recours possibles à une procédure de médiation conventionnelle ou à tout autre mode alternatif de règlement des différends, la possibilité de recourir à une personne de confiance, les coordonnées des services du président du conseil départemental territorialement compétent ou la mention de ce que les tarifs des prestations proposées figurent dans un document annexe joint au livret d'accueil. Si la société requérante soutient que ces informations figurent dans d'autres documents qu'elle met à disposition des usagers, il résulte des termes de l'article 4.3.1 de l'annexe 3-0 qu'elles doivent figurer directement dans le livret d'accueil. Par suite, la SARL Aina Assistance Services n'est pas fondée à soutenir que ce motif lui a été opposé irrégulièrement par les arrêtés attaqués.
6. En quatrième lieu, si la société requérante énumère l'ensemble des activités qu'elle propose, elle se borne à indiquer que ces activités sont destinées à " un public vulnérable en raison de son âge, de son état de santé ou de son handicap, en mode mandataire sur l'ensemble du département parisien ", sans préciser les catégories de personnes susceptibles d'en bénéficier. Elle ne contredit dès lors pas le motif des arrêtés attaqués suivant lequel son projet ne permet pas d'identifier précisément le profil des usagers concernés par les activités qu'elle propose. Par suite, elle n'est pas fondée à remettre en cause la régularité de ce motif.
7. En cinquième lieu, si les décisions attaquées opposent à la SARL Aina Assistance Services que les budgets prévisionnels qu'elle a établis présentaient des incohérences tenant à la sous-estimation de dépenses ou la surestimation de recettes, il ne résulte d'aucune disposition légale ou règlementaire que la société était tenue de lui communiquer son budget prévisionnel. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que ce motif est irrégulier.
8. En sixième lieu, il résulte du 2° de l'article L. 313-4 du code de l'action sociale et des familles que l'autorisation sollicitée était conditionnée, contrairement à ce que soutient la société requérante, au fait de prévoir une démarche d'évaluation conformément à l'article L. 312-8 du même code, dans les conditions prévues à l'annexe 3-10 au code jusqu'à son abrogation par le décret du 26 avril 2022 et, au-delà, dans le référentiel d'évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux adopté par la Haute autorité de santé le 8 mars 2022. Il est constant que la société n'avait prévu aucune procédure d'évaluation externe, en méconnaissance de ces dispositions. Par suite, ce motif n'était pas irrégulier.
9. Il résulte de ce qui précède que les motifs mentionnés aux points 3, 4 et 7 n'étaient pas de nature à justifier la décision attaquée. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction, eu égard à la teneur des motifs mentionnés aux points 5, 6 et 8, qui ont été régulièrement opposés à la société requérante par la maire de Paris, que cette dernière aurait pris les mêmes décisions si elle ne s'était fondée que sur ces motifs. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la neutralisation des motifs mentionnés aux points 3, 4 et 7. Dès lors, la SARL Aina Assistance Services est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Eu égard à ce qui est dit au point précédent, l'annulation des décisions attaquées implique seulement qu'il soit enjoint à la ville de Paris de procéder à un nouvel examen de la demande d'autorisation de la société requérante dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris le versement à la SARL Aina Assistance Services de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés de la maire de Paris des 5 novembre 2021 et 19 mai 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris de procéder à un nouvel examen de la demande d'autorisation d'exploitation d'un service d'aide et d'accompagnement à domicile présentée par la SARL Aina Assistance Services dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du jugement.
Article 3 : La ville de Paris versera à la SARL Aina Assistance Services une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Aina Assistance Services et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026