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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215391

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215391

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215391
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI HMAD AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête no 2215391 et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2022 et 9 mai 2024, M. C A, représenté par Me Oloumi, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'abroger, d'une part, l'arrêté du 15 mai 2020 prononçant son expulsion du territoire français et, d'autre part, l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel il l'a assigné à résidence dans les limites de la commune d'Embrun ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de l'assigner à résidence à son domicile familial ou, à titre subsidiaire, dans le département des Alpes Maritimes, plus proche de sa famille et de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à Me Oloumi sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure, aucun motif fondé sur une menace à l'ordre public n'est caractérisé, l'arrêté d'assignation a été pris pour le maintenir sous un régime de détention de fait, il est contraint de rester dans une chambre de 12 m², à 340 km de sa famille, il ne peut ni travailler ni recevoir sa famille, ses demandes de sauf-conduit pour se rendre à une audience ou près de ses enfants sont systématiquement rejetées ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la commune dans laquelle il est assigné à résidence est située à 320 km du domicile de sa famille, la durée moyenne de trajet est de quatre heures en voiture et huit heures en train, la chambre d'hôtel dans laquelle il est assigné, d'une superficie de 12 m², n'est pas adaptée pour recevoir sa famille, qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour effectuer régulièrement les trajets, il ne peut pas voir son enfant le plus jeune qui ne supporte pas les longs trajets, les sauf-conduits qu'il sollicite lui sont systématiquement refusés ;

- sa présence en France ne constitue pas une menace actuelle à l'ordre public ainsi que l'a jugé la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 25 janvier 2022, il a d'ailleurs conservé son statut de réfugié ;

- la décision d'assignation à résidence porte atteinte à sa liberté de circulation, en méconnaissance de l'article 2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à son droit à la liberté et à la sûreté consacré par l'article 5-1 de cette même convention ;

- ses modalités sont disproportionnées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 septembre 2023 et 18 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête no 2216298 et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2022 et 9 mai 2024, M. C A, représenté par Me Oloumi, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés des 31 mai et 27 juin 2022 par lesquels le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a assigné à résidence dans les limites de la commune de Serres ;

2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'abroger l'arrêté du 15 mai 2020 prononçant son expulsion du territoire français et d'annuler les arrêtés des 31 juillet et 13 novembre 2020 par lesquels il l'a assigné à résidence dans les limites respectivement des communes de Guillestre et d'Embrun ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de l'assigner à résidence à son domicile familial ou, à titre subsidiaire, dans le département des Alpes Maritimes, plus proche de sa famille et de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à verser à Me Oloumi sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés ministériels en cause, qui ne sont pas signés, ont été pris par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés notamment au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants et du choix de la ville dans laquelle il est assigné à résidence ;

- la gravité de son comportement n'est pas établie, au moment de son procès, il était sous contrôle judiciaire, il a bénéficié de remises et d'aménagements de peine, la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 25 janvier 2022 a jugé que sa présence en France ne constituait pas une menace actuelle à l'ordre public, il a d'ailleurs conservé son statut de réfugié, aucun risque de réitération n'existe et aucun élément ne vient démontrer, depuis 2014, l'actualité de la menace de sa présence ;

- le lieu et les conditions de son assignation ne lui permettent ni de travailler ni de recevoir sa famille, ses demandes de sauf-conduit sont systématiquement refusées, les décisions sont entachées d'un détournement de procédure afin de le maintenir sous le régime de privation de liberté ;

- son assignation porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la commune dans laquelle il est assigné à résidence est située à 273 km du domicile de sa famille, la durée moyenne de trajet est de quatre heures en voiture et huit heures en train, la chambre d'hôtel dans laquelle il est assigné, d'une superficie de 12 m², n'est pas adaptée pour recevoir sa famille, qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour effectuer régulièrement les trajets, il ne peut pas voir son enfant le plus jeune qui ne supporte pas les longs trajets et les sauf-conduits qu'il sollicite lui sont systématiquement refusés ;

- la décision d'assignation porte atteinte à sa liberté de circulation, en méconnaissance de l'article 2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à son droit à la liberté et à la sûreté consacré par l'article 5-1 de cette même convention ;

- ses modalités sont disproportionnées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 septembre 2023 et 18 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision n° 23014144 de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Djemaoun, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2215391/4-2 et 2216298/4-2 présentées par M. A présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A, ressortissant russe né le 6 septembre 1993, entré en France en 2001, s'est vu reconnaître en 2009 le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le 23 juin 2017, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis avec mise à l'épreuve pendant une durée de trois ans pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme. Par deux décisions des 19 novembre 2018 et 31 juillet 2020, l'OFPRA a mis fin à son statut de réfugié pour des motifs d'ordre public. Ces décisions ont fait l'objet de recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 15 mai 2020, le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français et, par deux arrêtés des 31 juillet et 13 novembre 2020, en raison du caractère suspensif des recours de l'intéressé formés devant la CNDA, le ministre de l'intérieur l'a assigné à résidence dans le département des Hautes-Alpes respectivement dans les limites des communes de Guillestre et d'Embrun. Par un courrier du 16 mars 2022, M. A a demandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'abroger ces trois arrêtés mais par deux décisions implicites des 19 mai et 19 juillet 2022, le ministre s'est opposé à ces demandes. Puis, par un arrêté du 31 mai 2022, le ministre de l'intérieur l'a assigné à résidence dans le département des Hautes-Alpes dans les limites de la commune de Serres et, par un arrêté du 27 mai suivant, a modifié son hôtel de résidence. Par la requête n° 2215391, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'abroger, d'une part, l'arrêté d'expulsion du 15 mai 2020 et, d'autre part, l'arrêté d'assignation à résidence du 13 novembre 2020. Par la requête n° 2216298, M. A demande l'annulation des refus implicites d'abroger l'arrêté d'expulsion du 15 mai 2020 et les arrêtés d'assignation à résidence des 31 juillet et 13 novembre 2020 ainsi que l'annulation des arrêtés d'assignation des 31 mai et 27 juin 2022.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Les requêtes n°2215391/4-2 et 2216298/4-2 de M. A ont été enregistrées les 18 et 30 juillet 2022. Pour chacune de ces requêtes, M. A ne justifie, ni même n'allègue, d'aucune urgence justifiant que lui soit attribué l'aide juridictionnelle provisoire ni n'avait, à la date du présent jugement, déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'abrogation de la décision d'expulsion du 15 mai 2020 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

6. M. A n'établit ni même ne soutient avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite litigieuse. Par suite, en application de ces dispositions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2013, M. A a participé à une filière de recrutement et d'envoi de combattants pro-djihadistes en Syrie et a été condamné, le 23 juin 2017, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis avec mise à l'épreuve pendant une durée de trois ans pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme. En outre, il ressort des éléments précis et circonstanciés figurant dans une note blanche qui a été versée au contradictoire et ne sont pas utilement contredits par l'intéressé que M. A, qui s'est signalé par la violence de son comportement en détention, a conservé des liens avec des personnes appartenant à la mouvance djihadiste radicale de la région de Nice et a bénéficié du soutien financier d'un individu radicalisé impliqué dans cette filière. Enfin, si M. A se prévaut de la décision de la CNDA du 21 février 2022 qui a annulé la décision du 31 juillet 2020 par laquelle l'OFPRA a mis fin à son statut de réfugié, cette décision juridictionnelle a été annulée par une décision du Conseil d'Etat du 29 mars 2023 et la requête de M. A dirigée contre la décision de l'OFPRA a été rejetée, après renvoi sur pourvoi, par la CNDA le 8 novembre 2023. Par suite, eu égard à l'effet rétroactif de l'annulation prononcée par le Conseil d'Etat, le requérant doit être regardé comme n'ayant plus le statut de réfugié depuis le 31 juillet 2020 et il ne peut se prévaloir de la décision de la CNDA du 21 février 2022 pour soutenir que le lien entre son comportement et des activités à caractère terroriste et l'actualité de la menace grave pour l'ordre public, ne seraient pas établis. Le moyen doit donc être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui () ".

10. M. A, arrivé en France en 2001 à l'âge de sept ans, reconnu réfugié à sa majorité, en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il a quatre enfants mineurs, soutient que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations précitées. Toutefois, compte tenu de la nature et de la gravité des faits qui lui sont reprochés ainsi que de l'actualité de la menace qu'il représente, rappelés au point 8 du présent jugement, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le ministre de l'intérieur, a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion de M. A du territoire français. Le moyen sera donc écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'abrogation des arrêtés d'assignation à résidence des 31 juillet et 13 novembre 2020 :

11. En premier lieu, M. A n'établit, ni même ne soutient avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite litigieuse. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. A ne peut utilement se prévaloir de la décision de la CNDA du 21 février 2022 pour établir qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public.

14. En troisième lieu, M. A soutient que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations citées au point 9 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait valoir que la commune dans laquelle il est assigné à résidence est située à plus 300 km du domicile de sa famille, composée de sa concubine et leurs quatre enfants mineurs et que la chambre d'hôtel dans laquelle il est assigné, d'une superficie de 12 m² ne lui permet pas de recevoir sa famille. Toutefois, M. A n'établit, ni même ne précise, les difficultés, notamment financières, de sa famille pour lui rendre visite ni ne soutient qu'elle ne pourrait s'installer plus proche de son lieu d'assignation, situé dans un département voisin. Par suite, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce et, notamment, de la nature et de la gravité des faits qui lui sont reprochés, rappelés au point 8 du présent jugement ainsi que de la nécessité de tenir M. A éloigné des individus appartenant à la mouvance djihadiste radicale implantés dans la région de Nice avec lesquels il ne conteste pas être resté en contact, le ministre de l'intérieur n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant d'abroger les décisions par lesquelles il a décidé de l'assigner à résidence dans un lieu éloigné de sa résidence habituelle.

15. En quatrième lieu, les arrêtés d'assignation à résidence des 31 juillet et 13 novembre 2020 obligent M. A à résider dans les limites des communes respectivement de Guillestre et d'Embrun en demandant à la préfète des Hautes-Alpes une autorisation écrite préalable pour se déplacer en dehors du territoire de ces communes, à demeurer tous les jours de 21 heures à 7 heures dans les locaux où il réside et à se présenter trois fois par jour à la brigade de gendarmerie y compris les dimanches et jours fériés. Compte tenu de la nature et de la gravité des faits reprochés, ces assignations ne constituent pas, eu égard à leurs modalités qui sont proportionnées, ni une privation de liberté ou une atteinte à la sûreté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni une entrave à la liberté de circulation au sens de l'article 2 du protocole n° 4 à ladite convention.

16. En cinquième et dernier lieu, M. A n'apporte pas la preuve que la décision contestée refusant d'abroger les arrêtés des 31 juillet et 13 novembre 2020 l'assignant à résidence sur les communes de Guillestre et d'Embrun, qui sont fondés sur l'impossibilité d'exécuter l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet le temps de la procédure contentieuse relative à son statut de réfugié et dont les modalités sont proportionnées, ainsi qu'il a été dit précédemment, aurait été prise pour des considérations étrangères à la règlementation régissant les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés d'assignation à résidence des 31 mai et 27 juin 2022 :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L.212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".

18. Aux termes de l'article R.* 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article R. 732-2, le ministre de l'intérieur est compétent pour assigner à résidence un étranger, en application du 6° de l'article L. 731-3 ou de l'article L. 731-4, dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il a lui-même édicté la décision d'expulsion ". Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ".

19. Il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que l'original des arrêtés contestés comportent la signature, le prénom et le nom et la qualité de leur signataire en caractères lisibles. En l'espèce, le signataire des arrêtés attaqués a été nommé par arrêté, régulièrement publié au Journal officiel de la République française, dans des fonctions qui, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, précité, lui donnaient compétence pour signer les arrêtés d'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

20. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté du 31 mai 2022 attaqué vise notamment les articles L. 731-3, L. 732-1, L. 732-2, L. 732-5, et L. 733-1 à L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle la procédure suivie et notamment que M. A fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du 15 mai 2020. Il indique que la CNDA a annulé la décision rendue par l'OFPRA qui avait mis fin à son statut de réfugié pour des motif d'ordre public et précise que si un recours en cassation a été introduit contre cette décision, il n'est pas suspensif et que l'intéressé n'est ainsi pas en mesure de quitter le territoire français pour regagner son pays d'origine. Enfin, il fait état de la nature et de la gravité des faits commis par l'intéressé. D'autre part, l'arrêté du 27 juin 2022 attaqué, qui a seulement pour objet de changer l'hôtel dans lequel M. A est assigné à résidence, vise notamment les articles L. 731-3, L. 732-1, L. 732-2, L. 732-5, et L. 733-1 à L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle la procédure suivie et notamment que M. A fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du 15 mai 2020 et d'un arrêté d'assignation à résidence du 31 mai 2022 et indique que l'intéressé ne peut plus être accueilli au sein de l'hôtel du Nord où il demeurait jusqu'à présent. Ainsi les décisions litigieuses, qui n'avaient pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle et familiale du requérant, mentionnent les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, nonobstant la circonstance qu'elles ne visent pas la convention internationale des droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

21. En troisième lieu, les moyens tirés de l'absence de menace à l'ordre public et de l'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale soulevés à l'encontre des arrêtés en litige, qui au demeurant assignent l'intéressé dans une ville située plus proche du domicile familial, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8, 13 et 14 de la présente décision.

22. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, les assignations litigieuses, qui réduisent à deux le nombre de présentations quotidiennes obligatoires à la gendarmerie, ne constituent pas, eu égard à leurs modalités qui sont proportionnées compte tenu de la gravité des faits reprochés à M. A, ni une privation de liberté ou une atteinte à la sûreté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni une entrave à la liberté de circulation au sens de l'article 2 du protocole n° 4 à ladite convention.

23. En cinquième et dernier lieu, M. A n'apporte pas la preuve que les décisions contestées l'assignant à résidence sur la commune de Serres, qui sont fondées sur l'impossibilité d'exécuter l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet le temps de la procédure contentieuse relative à son statut de réfugié et dont les modalités sont proportionnées, ainsi qu'il a été dit précédemment, auraient été prises pour des considérations étrangères à la règlementation régissant les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation, d'une part, de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'abroger l'arrêté du 15 mai 2020 prononçant l'expulsion de M. A du territoire français ainsi que les arrêtés des 31 juillet et 13 novembre 2020 l'assignant à résidence dans les communes de Guillestre et Embrun et, d'autre part, des arrêtés des 31 mai et 27 juin 2022 par lesquels le ministre l'a assigné à résidence dans la commune de Serres doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes nos 2215391 et 2216298 présentées par M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

Mme Lisa Barruel, première conseillère,

Mme Florence Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La rapporteure,

L. BLa présidente,

A. Seulin

La greffière,

F. Rajaobelison

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2215391/4-2, 2216298/4-

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