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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215516

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215516

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215516
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET SCP AVOCATS MICHEL LABROUSSE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 27 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer lui a retiré son titre de séjour et a prononcé son expulsion du territoire français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer de lui restituer son titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est illégal, dès lors qu'il méconnaît le principe général du droit de non-rétroactivité des lois et des règlements ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 4° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son expulsion ne constitue pas une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2023.

Par une décision du 7 octobre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 2 septembre 1988 à Sidi A (Algérie), entré en France en juin 2016, demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de police lui a retiré son titre de séjour et l'a expulsé du territoire français.

2. En premier lieu, M. B soutient que la décision attaquée est illégale, dès lors qu'elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des lois et des règlements. Toutefois, d'une part, l'expulsion ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative destinée à préserver l'ordre public. Ainsi, les principes de non-rétroactivité de la loi pénale ou de légalité des délits et des peines ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une mesure d'expulsion. D'autre part, l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 n'a procédé qu'à une codification à droit constant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les dispositions législatives ou réglementaires applicables à une mesure de police administrative sont les dispositions en vigueur à la date de laquelle la décision intervient. Par suite, une telle mesure peut légalement être fondée sur des manquements commis par l'individu qui en fait l'objet antérieurement à l'entrée en vigueur de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des lois et des règlements doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes :/ () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en juin 2016, et qu'il y résidait régulièrement depuis sept ans à la date de la décision attaquée. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 4° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à l'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".

6. Pour prononcer la mesure d'expulsion dont fait l'objet M. B, le ministre de l'intérieur a entendu se fonder exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent l'expulsion du territoire français d'un ressortissant étranger, si cette mesure constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique, alors même que l'intéressé justifie être parent d'un enfant français mineur, résidant en France, à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue, ou être marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, sans rupture de la communauté de vie depuis le mariage.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est marié depuis 2015 avec une ressortissante française avec laquelle il a trois enfants mineurs de nationalité française, et que les liens familiaux ont été maintenus au cours des périodes de détention du requérant. Par suite, ce dernier entrait dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 631-2 du même code et ne pouvait, dès lors, faire l'objet d'une expulsion que si cette mesure constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a fait l'objet de trois condamnations pour délits routiers, en mars 2018, octobre 2019 et septembre 2020, a également été condamné le 4 avril 2019 par le tribunal correctionnel de Brive-la-Gaillarde à 12 mois d'emprisonnement, dont six avec sursis, avec mise à l'épreuve de 18 mois assortie, entre autres, d'obligation de soins et d'inscription au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, pour des faits d'agression sexuelle et de violation de domicile, jugement confirmé par la cour d'appel de Limoges le 10 janvier 2020. Il a, à nouveau, été condamné par le tribunal correctionnel de Brive-la-Gaillarde le 14 juin 2019 à un an d'emprisonnement, dont six mois avec sursis, avec mise à l'épreuve de 24 mois assortie d'obligations, dont l'interdiction de se livrer à l'activité professionnelle ayant servi à commettre l'infraction, pour des faits d'agression sexuelle et violation de domicile. Enfin, le 26 novembre 2021, il a été condamné à un an d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde pour agression sexuelle (récidive de tentative) et violation de domicile (récidive). Compte tenu de la répétition des infractions et de leur nature, le ministre de l'intérieur et des outre-mer pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que l'expulsion de M. B constituait une nécessité impérieuse pour la sureté de l'Etat ou la sécurité publique.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B fait valoir que sa vie personnelle et familiale se trouve en France, où il réside depuis 2016 et où résident son épouse et ses trois enfants mineurs, tous de nationalité française. Toutefois, si le requérant bénéficie d'une réelle insertion familiale en France, son insertion professionnelle est limitée, dans la mesure où il fait l'objet d'une interdiction judiciaire d'exercer son activité professionnelle ayant servi à commettre les infractions pour lesquelles il a été condamné. En outre, l'intéressé n'est pas dépourvu de toute attache en Algérie, où il a résidé jusqu'à l'âge de 28 ans et où réside toujours son père. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale n'apparaît pas excessive au regard de l'intérêt public dont la préservation a été poursuivie par la décision de son expulsion, alors, au demeurant, qu'il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 du ministre de l'intérieur prononçant l'expulsion de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUXLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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