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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215635

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215635

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215635
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSFEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une décision n°448225 du 5 juillet 2022, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par M. A, a annulé l'ordonnance n° 2017062/3-3 du vice-président de la 3ème section du tribunal administratif de Paris en date du 26 octobre 2020 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal qui l'a enregistrée sous le n° 2215635.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2020, et des mémoires du 25 octobre 2023 et du 13 février 2024, M. B A, représenté par Me Bohbot, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à lui payer la somme de 2 822,36 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice, outre les intérêts au taux légal, à compter du jugement à intervenir, et jusqu'au parfait paiement ;

2°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 500 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral ;

3°) de condamner la Ville de Paris aux entiers dépens ;

4°) de condamner la Ville de Paris à lui verser une somme de 2 000 euros, par application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative

M. A soutient que la feuille de réclamation mentionne expressément que les services de la fourrière confirment avoir constaté des dégâts sur son véhicule de marque Mercedes Benz modèle classe E lors de son enlèvement à Paris par les services de la Mairie de Paris. Il ne s'oppose pas à l'appel en garantie de la société Inter Dépannage. Il maintient l'intégralité de ses demandes : en effet, le devis qu'il a fait établir prend en compte l'état de la jante avant droite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, et un mémoire du 10 mai 2024 qui n'a pas été communiqué, la ville de Paris demande à appeler en garantie la société Inter Dépannage à titre principal et à titre subsidiaire conclut à la diminution du préjudice, à la somme de 2 029,91 euros.

Elle soutient qu'elle ne conteste pas la faute du service et souhaite que soit appelée à la cause la société Inter Dépannage : le fait dommageable est survenu alors que la garde du véhicule avait été transférée à la société Inter Dépannage. Sur le préjudice matériel, il ressort que le véhicule présentait avant toute manipulation des dégradations aux 4 jantes. Sur le préjudice moral, le requérant ne justifie pas de son existence.

Par un mémoire en défense du 26 janvier 2024, la société Inter Dépannage, représentée par Me Sfez, conclut au rejet de la requête, au rejet de la demande de la Ville de Paris tendant à ce que la société Inter Dépannage soit condamnée à garantir sa propre condamnation et demande de condamner M. A et la Ville de Paris à lui payer une somme de 1 000 euros chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle soutient qu'elle n'est pas responsable du dommage causé au véhicule, que le lien de causalité n'est pas établi, que le préjudice est limité à la somme de 1 467,11 euros, que l'article 11 du CCAP applicable au marché s'oppose à ce qu'elle soit appelée en garantie d'une éventuelle condamnation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Renvoise ;

- et les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire d'un véhicule de marque Mercedes Benz modèle classe E, immatriculé EQ-918-ZN. Le 23 août 2019, son véhicule qui était stationné au 74, avenue des Champs Elysées à Paris (75008) a été transporté à la préfourrière Balard par la société Inter Dépannage. Le jour de la restitution de son véhicule, M. A a constaté des dommages sur l'avant droit de sa voiture. Par courrier du 3 décembre 2019, le requérant a adressé une demande indemnitaire au titre des dommages causés à son véhicule lors de sa mise en fourrière. Par une décision du 7 décembre 2022, la ville de Paris a proposé une indemnisation à hauteur de 2 029,91 euros TTC. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la condamnation de la ville de Paris à réparer le préjudice subi du fait de ces dégradations.

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Il résulte de l'instruction et notamment de la feuille de réclamation établie contradictoirement, que le véhicule a été endommagé au moment de son enlèvement sur la voie publique. Lors de la restitution de son véhicule, M. A a constaté une " grande rayure avec plusieurs sur tout le flanc droit du véhicule avec un impact et un enfoncement sur l'aile avant droite, avec de la peinture rouge de la grue de vos services et traces blanches sur la jante droite avec un impact ". Il a ainsi rempli une feuille de réclamation, le préposé précisant que les dégâts ont été constatés. Lors de l'arrivée en préfourrière du véhicule, le préposé a également signalé un dommage sur la partie avant droite de la voiture, qui n'avait pas été constaté par l'agent verbalisateur. En revanche, il résulte de la fiche d'enlèvement produite par le requérant et la ville de Paris que le véhicule présentait déjà des dégradations sur les 4 jantes. Ainsi, les conditions de mise à la fourrière du véhicule de M. A, qui ont eu pour conséquence la dégradation dudit véhicule, révèlent une faute de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris.

3. Dans ces conditions, la Ville de Paris, qui avait d'ailleurs admis sa responsabilité dans sa proposition d'indemnisation, ne conteste pas le lien de causalité entre les conditions de mise en fourrière du véhicule de M. A et les dégradations qui s'en sont suivies.

En ce qui concerne les préjudices :

4. D'une part, ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que, après avoir récupéré son véhicule, M. A a indiqué avoir constaté des dommages sur le flanc droit du véhicule avec un impact et un enfoncement sur l'aile avant droite. Par la suite, il a produit un devis de réparation à hauteur de 2 822,36 euros. Par une note du 13 janvier 2020, l'expert mandaté par l'administration, a retenu un montant d'indemnisation de 1 467,11 euros et a indiqué que le devis du requérant prend en compte des éléments n'entrant pas dans le cadre de l'enlèvement, à savoir le remplacement de la jante avant droite et la réparation de la portière avant droite. L'expert a également admis le remplacement du pneu pour un montant de 100 euros TTC au lieu de 336, 50 euros. La ville de Paris a, pour sa part, pris en compte les observations de l'expert sur le prix du remplacement du pneu et l'état déjà dégradé avant l'enlèvement de la jante avant droite tout en prenant en considération les taux horaires retenus par le devis de M. A. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de prescrire un jugement avant-dire droit ou une expertise, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. A en lui allouant une somme de 2 029,91 euros.

5. D'autre part, si M. A soutient qu'il a également subi un préjudice moral, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations permettant d'apprécier la réalité et l'étendue du préjudice allégué.

En ce qui concerne l'appel en garantie :

6. Les collectivités publiques peuvent, en matière contractuelle, soit constater elles-mêmes les créances qu'elle détiennent sur leurs cocontractants et émettre des titres exécutoires, soit saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de ces créances. Si une personne publique peut s'engager, par une convention, à ce que son pouvoir d'émettre un titre exécutoire à l'encontre de son cocontractant débiteur ne soit le cas échéant exercé qu'après qu'aura été mise en œuvre une procédure de conciliation, elle ne peut renoncer contractuellement ni à ce pouvoir ni à sa faculté de saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de sa créance.

7. Aux termes de l'article 11 du CCAP applicable au marché liant la société inter Dépannage et la ville de Paris : " En cas de dégâts causés à un véhicule transporté en pré-fourrière ou en fourrière, la Préfecture de Police remboursera à son propriétaire le montant des dommages constatés et occasionnés à son véhicule lors de son enlèvement, de son transport, de son déchargement et de sa garde. L'imputabilité des dégâts aux opérations supra découle de la comparaison entre la fiche d'enlèvement et la feuille de réclamation. Toutefois, le titulaire sera responsable à l'égard de la Préfecture de Police de tous dégâts occasionnés aux véhicules lors :- de l'enlèvement ;- du transport ;- du déchargement. Les dégâts imputés au titulaire résulteront des différences relevées entre l'état descriptif sommaire établi par l'agent verbalisateur sur la voie publique et l'état du véhicule constaté par le contrôleur ou le préposé, permettant de compléter l'état descriptif lors de la dépose du véhicule en pré-fourrière ou fourrière. Le support principal utilisé sera la fiche descriptive répondant à la présentation réglementaire (arrêté ministériel du 18 octobre 1996, consolidé le 6 novembre 2015, relatif à la fiche descriptive de l'état du véhicule à enlever en fourrière). () Lorsque la responsabilité de l'entreprise d'enlèvement apparaîtra engagée, le montant des sommes versées par la Préfecture de Police au propriétaire du véhicule endommagé, fera l'objet d'un titre de perception émis à l'encontre du titulaire. "

8. D'une part, il résulte de ce qui a été rappelé au point 6 que la Ville de Paris n'a pu renoncer contractuellement à sa faculté de saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de sa créance. Par suite, elle est fondée à appeler en garantie la société Inter Dépannage, nonobstant la possibilité prévue par l'article 11 du CCAP d'émettre un titre exécutoire à laquelle elle doit être regardée comme ayant implicitement mais nécessairement renoncé.

9. D'autre part, il résulte des termes de l'article 11 du CCAP que l'engagement de la responsabilité de la société titulaire du marché est subordonné, principalement, à la mention dans le descriptif établi lors de l'arrivée en fourrière ou en préfourrière de dommages n'apparaissant pas dans l'état descriptif sommaire établi lors de l'enlèvement, ou, à défaut, à l'existence d'un lien plausible entre le mode d'enlèvement et les dommages constatés.

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que conformément aux stipulations contractuelles applicables, la comparaison entre l'état descriptif avant l'opération d'enlèvement du véhicule et celui effectué lors de la dépose en préfourrière et de la fiche de réclamation que le dommage dont se plaint M. A doit donc être regardé comme imputable à la société Inter Dépannage.

11. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner la société Inter Dépannage à garantir la Ville de Paris à hauteur de la somme de 2 029 ,91 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 décembre 2022, date de réception de la demande indemnitaire préalable.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, faute de dépens dans la présente instance, lesdites conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La Ville de Paris est condamnée à verser à M. A une somme de 2 029,91 euros en réparation du préjudice subi. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 décembre 2022, date de réception de la demande indemnitaire préalable.

Article 2 : La société Inter Dépannage garantira la Ville de Paris à hauteur de la somme de 2 029,91 euros due à M. A.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la Ville de Paris et à la société Inter Dépannage.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président ;

- Mme Merino, première conseillère ;

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

T. RENVOISELe président

J.-Ch. GRACIA

La greffière,

S. TIMITE

La République mande et ordonne au préfet la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2215635

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