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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215742

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215742

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215742
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LEICK RAYNALDY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2022 et le 27 novembre 2023, la société à responsabilité limitée Red Factory, représentée par la SCP Leick-Raynaldy et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2022 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son autorisation d'ouverture de nuit ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, d'autoriser l'ouverture de nuit de son établissement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de renouvellement dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 100 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que son gérant n'a pas été invité à présenter ses observations ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle dès lors, d'une part, que l'existence d'un manquement à ses obligations dans la nuit du 13 au 14 décembre 2020 n'est pas établie, l'établissement étant fermé au moment du contrôle et n'accueillait pas de clients mais des membres du personnel pour une réunion d'équipe et, d'autre part, que les membres du personnel de l'établissement ne sont pas à l'origine des nuisances sonores ni n'ont incité à la consommation de cigarettes à l'intérieur de l'établissement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que, à considérer les faits comme établis, ce seul manquement isolé n'est pas de nature à justifier le refus de renouvellement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 4 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

8 décembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- l'arrêté du préfet de police n° 2010-00396 du 10 juin 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino,

- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gorse représentant la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La société Red Factory exploite un débit de boissons, sous l'enseigne

" Red Factory ", sis 25 rue de Lappe, dans le 11ème arrondissement de Paris. En janvier 2022, la société a sollicité le renouvellement de l'autorisation d'ouverture de nuit dont elle bénéficiait depuis un arrêté préfectoral du 21 juillet 2021 pour les jeudis, vendredis, samedis et veilles de jours fériés. Sa demande de renouvellement de son autorisation a été rejetée par une décision du

3 juin 2022 du préfet de police au motif que les conditions d'exploitation de l'établissement n'apportaient pas les garanties nécessaires au respect de l'ordre et de la tranquillité publique, les services de police ayant notamment pu constater, pendant la nuit du 14 décembre 2021, non seulement des faits de tapage nocturne mais également l'absence de respect de la précédente autorisation d'ouverture de nuit, eu égard à la présence de personnes à l'intérieur de l'établissement à 2h50 du matin alors que le bar n'était pas autorisé à ouvrir au-delà de 2h00 cette nuit-là. Par la présente requête, la société Red Factory demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. Dès lors que la société Red Factory, prise en la personne de son gérant, a sollicité le renouvellement de l'autorisation d'ouverture la nuit dont elle bénéficiait en application d'un arrêté préfectoral du 27 juillet 2021, elle ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du préfet de police du 10 juin 2010 fixant l'heure d'ouverture et de fermeture des débits de boissons et des établissements de spectacles et de divertissements publics : " L'heure limite d'ouverture des établissements, dont l'exploitation nécessite l'une des licences prévues aux articles L. 3331-1, L. 3331-2 et L. 3331-3 du code de la santé publique susvisé, est fixée à 05h00 et l'heure limite de fermeture à 02h00 () ". L'article 3 du même arrêté dispose que : " Des autorisations d'ouverture, entre 02h00 et 05h00 peuvent, à titre exceptionnel, être accordées aux établissements à vocation nocturne, à condition qu'il n'en résulte aucun trouble pour l'ordre public. L'autorisation est strictement personnelle et incessible. Elle cesse de plein droit si l'exploitant qui en est bénéficiaire cesse d'exercer la direction de l'établissement pour quelque cause que ce soit. / Ces autorisations sont précaires et révocables () ".

5. En l'espèce, pour refuser de renouveler l'autorisation demandée, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que les conditions d'exploitation de l'établissement n'apportent pas les garanties nécessaires au respect de l'ordre et de la tranquillité publics et qu'en effet, le mode de gestion de l'enseigne a attiré l'attention des services de police.

6. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, tels que corroborés par les conclusions d'un procès-verbal de police du 14 décembre 2021 et d'un rapport de police du

16 décembre 2021, d'une part, que le mardi 14 décembre 2021 à 2 h 50, les effectifs de police ont relevé un tapage provenant de la diffusion de sons amplifiés et des éclats de voix de personnes se trouvant dans l'établissement ainsi que l'aide ou l'incitation à fumer dans l'établissement, d'autre part, que l'établissement était ouvert ce jour-là au-delà de l'heure limite autorisée les mardis par l'arrêté préfectoral du 27 juillet 2021 précité. Si la société fait valoir que, dans la nuit du 13 au

14 décembre 2021, l'établissement était fermé, que seuls les membres du personnel étaient présents à l'heure des faits pour participer à une réunion destinée à faire le point sur l'année écoulée et que l'établissement n'a réalisé cette nuit-là aucun chiffre d'affaires comme en atteste l'expert-comptable, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, l'attestation de l'expert-comptable, à la supposer suffisamment probante, n'étant d'ailleurs pas produite à l'instance. Aussi, ces seules constatations, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, suffisaient à établir que le fonctionnement de l'établissement est à l'origine de troubles à l'ordre public et à justifier le refus d'autorisation d'ouverture attaqué. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'inexactitude matérielle ou commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions dérogatoires de l'article 3 de l'arrêté précité du 10 juin 2010 que le préfet de police a refusé de renouveler l'autorisation d'ouverture de nuit de l'établissement exploité par la société Red Factory.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Red Factory doit être rejetée en toutes ses conclusions sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de police.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société Red Factory est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Red Factory et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

Mme Merino, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

La rapporteure,

M. MERINO

Le président,

J-Ch. GRACIA La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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