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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215786

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215786

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215786
TypeDécision
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND - CGCB (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 22 juillet 2022, le 10 avril 2023 et le 9 mai 2023, le syndicat des copropriétaires du 13 rue Presles (Paris 75015), M. G Q, Mme O S, M. et Mme K et R J, Mme E D, M. et Mme B et C H, Mme A P, M. et Mme F et I L, et la SCI Presles FG, représentés par Me Aldigier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris accordant le permis d'aménager sollicité par la République de Cuba pour la division de la parcelle DL 16 située au 12-14 rue de Presles à Paris (75015) en vue de deux unités foncières distinctes nommées DL 16 A et DL 16 B et la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable car ils justifient d'un intérêt à agir ;

- l'autorité administrative de l'Etat n'étant pas compétente pour se prononcer sur le projet qui consiste en une opération d'aménagement sans travaux ;

- le dossier de la demande de permis d'aménager est incomplet en méconnaissance du 1° de l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme et du a) de l'article R. 442-5 du même code ;

- le projet aurait dû être soumis à déclaration préalable et non à permis d'aménager ;

- il méconnaît l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 avril 2023 et le 9 juin 2023, le préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'elle s'en remet à l'argumentation présentée par le préfet de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot, première conseillère ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- les observations de Me Arnoult, avocat des requérants.

Une note en délibéré, enregistrée le 10 avril 2024, a été présentée par la Ville de Paris et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La République de Cuba est propriétaire d'un terrain cadastré DL 16 au 12 et 14 rue de Presles à Paris (75015). Le préfet de la Région Ile-de-France, préfet de Paris a, par un arrêté du 11 février 2022, autorisé la division de cette parcelle en deux parcelles DL 16 A et DL 16 B. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'urbanisme : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : a) Les travaux, constructions et installations réalisés pour le compte d'Etats étrangers ou d'organisations internationales, de l'Etat, de ses établissements publics et concessionnaires ; / () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du code de l'urbanisme : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis () d'aménager () : / a) Pour les projets réalisés pour le compte d'Etats étrangers () ". La notion de réalisation pour le compte de l'Etat, au sens de ces dispositions, comprend toute demande d'autorisation d'utilisation du sol qui s'inscrit dans le cadre de l'exercice par celui-ci de ses compétences au titre d'une mission de service public qui lui est impartie et à l'accomplissement de laquelle le législateur a entendu que la commune ne puisse faire obstacle en raison des buts d'intérêt général poursuivis. Dès lors, la circonstance que le permis d'aménager attaqué ne comprenne pas la réalisation de travaux est sans incidence sur la compétence du préfet dans le département pour délivrer l'autorisation demandée. En outre, par un arrêté du 8 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de la région Ile-de France, préfet de paris a donné délégation à la directrice régionale et interdépartementale de la région Ile-de France pour signer, notamment, le permis d'aménager. En vertu d'un arrêté du 3 décembre 2021, lui-même publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Paris du même jour, M. N M, signataire du permis d'aménager attaqué a reçu de cette directrice délégation de sa signature pour signer tous actes pour lesquels elle a reçu délégation de compétence du préfet en vertu de l'arrêté du 8 novembre 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et celui tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doivent être écartés.

En ce qui concerne l'incomplétude du permis d'aménager :

3. Aux termes l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend également : / 1° Un plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords faisant apparaître () ainsi que, dans le cas où la demande ne concerne pas la totalité de l'unité foncière, la partie de celle-ci qui n'est pas incluse dans le projet d'aménagement ; () ". En outre, aux termes de l'article R. 442-5 du même code applicable aux projets de lotissements : " Un projet architectural, paysager et environnemental est joint à la demande. Il tient lieu du projet d'aménagement mentionné au b de l'article R. 441-2. / Il comporte, outre les pièces mentionnées aux articles R. 441-2 à R. 441-8 : / a) Deux vues et coupes faisant apparaître la situation du projet dans le profil du terrain naturel ; () ".

4. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan de cadastre ainsi que le plan de division parcellaire figurant dans la notice décrivant le terrain (PA 2) font apparaître la partie de l'unité foncière non incluse dans le projet d'aménagement. Il en va de même dans le plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords (PA 3). Il ressort également des pièces du dossier, notamment de la pièce PA 5 que deux vues et coupes font apparaître la situation du projet dans le profil du terrain naturel alors même que le projet ne porte que sur une division parcellaire. Eu égard à l'ensemble des pièces ainsi produites à l'instance, l'administration a été mise à même d'apprécier la conformité du projet à la règlementation applicable. Il s'ensuit que le moyen tiré du caractère incomplet du dossier manque en fait.

En ce qui concerne la méconnaissance du champ de la déclaration préalable :

5. Aux termes de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : a) Les lotissements : () -ou qui sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement ; () ". Aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : / a) Les lotissements autres que ceux mentionnés au a de l'article R. 421-19 ; () ".

6. Il est constant que le projet n'est pas situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement. Toutefois, lors du dépôt de la demande de permis d'aménager, l'architecte des Bâtiments de France ne s'était pas encore prononcé sur l'existence ou non d'une visibilité avec les monuments historiques situés dans un rayon de cinq cent mètres autour du projet. En outre, la fiche de renseignement précise que le projet se situe dans le périmètre de protection de monuments historiques. Ainsi, le pétitionnaire, qui avant que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ne soit émis le 11 janvier 2022 ne pouvait pas connaître avec certitude la situation de la parcelle au regard des abords d'un monument historique, en tout état de cause, a pu sans méconnaitre aucune règle d'urbanisme déposer une demande de permis d'aménager en vue d'obtenir une autorisation relevant, finalement, du régime de la déclaration préalable. Le régime auquel est soumis le permis d'aménager étant plus exigeant que celui de la déclaration préalable, la délivrance d'un permis d'aménager, qui n'a privé les tiers d'aucune garantie et au contraire les assurent, au terme d'une instruction systématique et effective de la demande, d'une appréciation complète de la conformité du projet objet du permis d'aménager au règles qui le régissent, alors même qu'une déclaration préalable aurait suffi, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne le respect du règlement du plan local d'urbanisme :

7. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

S'agissant de la méconnaissance de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme :

8.Aux termes du VIII intitulé " Définitions " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " () / Pour la détermination de la destination d'un ensemble de locaux présentant par leurs caractéristiques une unité de fonctionnement et relevant d'un même gestionnaire, il est tenu compte exclusivement de la destination principale de ces locaux, sous réserve des dispositions particulières précisées ci-après (logements de fonction, ateliers d'artistes, commerce, entrepôts, artisanat). / Habitation : / Cette destination comprend tous les logements, y compris les logements de fonction et les chambres de service. Elle exclut les logements visés dans la définition de l'hébergement hôtelier. Elle inclut les chambres d'hôtes et les logements mis à disposition occasionnellement en cas d'absence de durée limitée de leurs occupants en titre. / () / CINASPIC (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif) et Locaux nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif : / Ces constructions et locaux recouvrent les destinations correspondant aux catégories suivantes : / les () ambassades, consulats, () ; ". En vertu de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " 1 - Dans la zone de déficit en logement social délimitée aux documents graphiques du règlement, tout projet de construction neuve, de restructuration lourde ou de changement de destination, entrant dans le champ d'application du permis de construire ou de la déclaration préalable portant sur la création de surfaces d'habitation doit prévoir d'affecter au logement locatif social* au moins 30 % de la surface de plancher relevant de la destination* Habitation, créée, transformée ou objet du changement de destination. / Ces dispositions ne sont pas applicables : / si la surface de plancher d'habitation est inférieure à 800 m² ; / (). En cas de division d'un terrain, l'obligation s'applique globalement audit terrain. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du document PC04a qui présente le projet d'extension de l'ambassade de Cuba sur la parcelle DL 16 A que si le rez-de-chaussée du bâtiment est destiné à accueillir le nouveau consulat de cet Etat, implanté au rez-de-chaussée, les autres niveaux du bâtiment, qui constituent l'extension de l'ambassade et sont accessibles par une entrée privée et indépendante sur la rue, accueilleront des unités d'accueil de passage pour le personnel cubain. Les requérants soutiennent que la surface de plancher de ces unités d'accueil relève de la destination " Habitation " si bien qu'elle doit être prise en compte dans le cadre de l'application de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif à la création de surface de logement locatif social.

10. Toutefois, le projet de construction assis sur la parcelle DL 16 A constitue, en ce qui concerne ses étages et comme cela a été indiqué précédemment, une extension de l'ambassade de la République de Cuba à Paris, si bien qu'elle relève de la destination de CINASPIC au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Si ces étages sont organisés en unités d'accueil, celles-ci visent uniquement à recevoir temporairement le personnel cubain de passage à Paris dans le cadre de l'exercice de fonctions diplomatiques, notamment, et ne sont donc pas détachables de la destination générale de l'ambassade, qui constitue un CINASPIC. La circonstance que la commission de sécurité de la préfecture de police a, dans son avis du 24 mai 2022, qualifié ces unités d'accueil d'habitation au sens de la législation du code de la construction et de l'habitation, est sans influence sur la détermination, par l'autorité administrative compétente en matière d'urbanisme, de la destination du bâtiment au regard des règles du droit de l'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les surfaces de plancher créées dans les étages du bâtiment assis sur la parcelle DL 16 A constitueraient des surfaces de plancher relevant de la destination " Habitation ". Ainsi, sur le terrain divisé formé des parcelles DL 16 A et DL 16 B, seul le bâtiment assis sur cette dernière parcelle et dont la construction a été autorisée par l'arrêté attaqué présente des surfaces de plancher destinées à l'habitation. Celles-ci s'élevant à 798 m2, et donc à moins de 800 m2, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris en délivrant le permis d'aménager alors que les projets de construction ne prévoient pas la création de logements sociaux. Ce moyen doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Paris et la Ville de Paris, que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande les requérants au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires du 13 rue Presles (Paris 75015), de M. Q, Mme S, M. et Mme J, Mme D, M. et Mme H, Mme P, M. et Mme L, et de la SCI Presles FG est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 13 rue Presles (Paris 75015), à M. G Q, Mme O S, M. et Mme K et R J, Mme E D, M. et Mme B et C H, Mme A P, M. et Mme F et I L, la SCI Presles FG, à l'ambassadeur de la République de Cuba, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

C. VOILLEMOT

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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