vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215788 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COBLENCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 22 juillet 2022, le 12 mai 2023, le 13 juillet 2023, le 8 et le 26 septembre 2023, le 2 et le 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Coppinger demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris accordant un permis d'aménager à la République de Cuba pour la division de la parcelle cadastrée DL n°16 située 12-14 rue de Presles dans le 15ème arrondissement de Paris en vue de la création de deux unités foncières distinctes ;
2°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 rejetant son recours gracieux ;
3°) d'ordonner sans délai la remise en état de la parcelle cadastrée DL n°16 dans l'état où elle se trouvait avant les travaux réalisés sans autorisation, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge in solidum de l'Etat et de la République de Cuba une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable car il justifie d'un intérêt à agir et que les délais de recours et formalités du R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectés ;
- le permis de construire attaqué a été obtenu par fraude ;
- le dossier de permis de construire est incomplet et comprend de nombreuses inexactitudes ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UG 2.2.3 du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UG 10 relatif au gabarit-enveloppe du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UG 7.1 et UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet porte atteinte à l'aspect du paysage urbain et au bâti environnant ;
- l'arrêté attaqué méconnaît R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet porte atteinte à la sécurité publique ;
- le projet porte atteinte aux conditions d'éclairement de sa propriété ;
- le projet méconnaît la servitude de vue acquise par la maison voisine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'elle s'en remet aux écritures du préfet de Paris.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 avril 2023, le 9 juin 2023 et le 8 septembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à l'ambassadeur de la République de Cuba qui n'a pas présenté d'observations.
Par courrier du 5 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal est susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que l'autorisation attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des article R. 421-19 et R. 421-23 du code de l'urbanisme.
Par courrier du 9 avril 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a répondu au moyen d'ordre public.
Par un courrier du 9 avril 2024, M. B a répondu au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Voillemot, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Verrecchia, représentant M. B.
Une note en délibéré, enregistrée le 10 avril 2024, a été présentée par la Ville de Paris et non communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La République de Cuba est propriétaire d'un terrain cadastré DL 16 situé 12 et 14 rue de Presles à Paris (75015). Le préfet de la Région Ile-de-France, préfet de Paris a, par un arrêté du 11 février 2022, autorisé la division de cette parcelle en deux parcelles DL 16 A et DL 16 B. Le requérant a formé un recours gracieux contre le permis d'aménager, rejeté le 25 mai 2022. Il demande l'annulation de l'arrêté accordant à la République de Cuba le permis d'aménager du 11février 2022 et le rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fraude :
S'agissant de travaux effectués sans autorisation :
2. Le requérant soutient que le permis de construire a été obtenu par fraude dès lors que la parcelle a été modifiée, des constructions et des aménagements ont été réalisés sans autorisation.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () h) Les travaux ayant pour effet de modifier ou de supprimer un élément que le plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu a identifié, en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23, comme présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique ; () ". Aux termes de l'article L. 151-19 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres ". Aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ".
4. Il résulte de ces dispositions que les travaux ayant pour effet de modifier un élément que le plan local d'urbanisme a localisé et identifié, en application de l'article L. 151-19 ou de l'article L. 151-23, comme présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique est soumis à déclaration préalable. S'il est constant que la parcelle objet du permis de construire est signalé pour son intérêt patrimonial, culturel ou paysager par une étoile dans un document graphique de l'atlas général du règlement du plan local d'urbanisme, le règlement ne précise cependant pas quel élément de la parcelle comporterait un tel intérêt ni si cet intérêt est d'ordre patrimonial, culturel ou paysager. Ainsi, si la parcelle concernée par le projet fait l'objet d'une localisation par le document graphique du règlement, ce dernier ne procède, en revanche, à aucune identification de l'élément devant être protégé, conservé ou mis en valeur au sens des dispositions de l'article L. 151-19 et L. 151-23 du code précité. Ainsi, en l'absence d'une telle identification de l'élément présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique et alors qu'aucune prescription n'accompagne ce signalement et qu'il est explicitement précisé qu'il n'induit pas de servitude de nature juridique, les arbres et la pelouse figurant sur la parcelle objet de l'autorisation ne peuvent être regardés comme les éléments présentant un intérêt d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique au sens de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme. Par suite, les travaux portant sur l'abattage d'arbres et le remplacement de la pelouse par du bitume n'étaient pas soumis à déclaration préalable.
5. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'implantation de l'actuel consulat sur la parcelle DL 16 A n'a pas été effectuée conformément à l'autorisation d'urbanisme qui lui a été délivrée en 1975 mais cet élément est sans incidence sur la légalité du permis d'aménager attaqué et ne démontre pas, en tout état de cause, l'existence de manœuvres frauduleuses destinées à tromper l'administration dès lors que ce bâtiment est représenté, notamment dans le plan de l'état actuel du terrain à aménager (PA3), dans le dossier de demande de permis d'aménager.
6. En dernier lieu, le requérant n'établit pas que d'autres modifications effectuées sur la parcelle faisant l'objet du permis d'aménager auraient dû faire être précédées d'une autorisation d'urbanisme. Le requérant n'évoque pas utilement certains éléments tels que le repérage aérien par drone et l'installation de caméra de vidéosurveillance qui ne relèvent pas du champ des autorisations d'urbanisme.
S'agissant de la création de logements dans le projet d'extension de l'ambassade de la république de Cuba et la méconnaissance de l'article UG 2.2.3 du plan local d'urbanisme :
7. Aux termes du VIII intitulé " Définitions " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " () Pour la détermination de la destination d'un ensemble de locaux présentant par leurs caractéristiques une unité de fonctionnement et relevant d'un même gestionnaire, il est tenu compte exclusivement de la destination principale de ces locaux, sous réserve des dispositions particulières précisées ci-après (logements de fonction, ateliers d'artistes, commerce, entrepôts, artisanat). / Habitation : / Cette destination comprend tous les logements, y compris les logements de fonction et les chambres de service. Elle exclut les logements visés dans la définition de l'hébergement hôtelier. Elle inclut les chambres d'hôtes et les logements mis à disposition occasionnellement en cas d'absence de durée limitée de leurs occupants en titre. () CINASPIC (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif) et Locaux nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif : / Ces constructions et locaux recouvrent les destinations correspondant aux catégories suivantes : / les () ambassades, consulats, () ; ". En vertu de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " 1 - Dans la zone de déficit en logement social délimitée aux documents graphiques du règlement, tout projet de construction neuve, de restructuration lourde ou de changement de destination, entrant dans le champ d'application du permis de construire ou de la déclaration préalable portant sur la création de surfaces d'habitation doit prévoir d'affecter au logement locatif social* au moins 30 % de la surface de plancher relevant de la destination* Habitation, créée, transformée ou objet du changement de destination. / Ces dispositions ne sont pas applicables : / si la surface de plancher d'habitation est inférieure à 800 m² ; / (). En cas de division d'un terrain, l'obligation s'applique globalement audit terrain. / () ".
8. Il ressort des pièces du dossier relatif au projet d'extension de l'ambassade de la République de Cuba sur la parcelle DL 16 A que si le rez-de-chaussée du bâtiment est destiné à accueillir le nouveau consulat de cet Etat, implanté au rez-de-chaussée, les autres niveaux du bâtiment, qui constituent l'extension de l'ambassade et sont accessibles par une entrée privée et indépendante sur la rue, accueilleront des unités d'accueil de passage pour le personnel diplomatique cubain. Le requérant soutient que la surface de plancher de ces unités d'accueil relève de la destination " Habitation " au sens du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, si bien qu'elle doit être prise en compte pour l'application de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif à la création de surface de logement locatif social. Toutefois, d'une part, le projet de construction assis sur la parcelle DL 16 A constitue, en ce qui concerne ses étages, une extension de l'ambassade de la République de Cuba, si bien qu'elle relève de la destination de CINASPIC au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Si ces étages sont organisés en unités d'accueil, celles-ci visent uniquement à recevoir temporairement le personnel cubain de passage à Paris dans le cadre de l'exercice de fonctions diplomatiques, notamment, et ne sont donc pas détachables de la destination générale de l'ambassade. Si le requérant soutient que les unités d'accueil de passage constituent en réalité des logements de fonctions et n'auront aucun " caractère diplomatique ", cet élément n'est pas établi par les pièces du dossier. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les surfaces de plancher créées dans les étages du bâtiment assis sur la parcelle DL 16 A constitueraient des surfaces de plancher relevant de la destination " Habitation " au sens des dispositions invoquées du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris. Ainsi, sur le terrain divisé formé des parcelles DL 16 A et DL 16 B, seul le bâtiment assis sur cette dernière parcelle présente des surfaces de plancher destinées à l'habitation. Celles-ci s'élevant à 798 m2, et donc à moins de 800 m², le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Ce moyen doit donc être écarté.
S'agissant des informations manquantes ou erronées du dossier de permis de construire :
9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
10. Le requérant soutient que le dossier de permis d'aménager comporte des erreurs et des imprécisions révélant des manœuvres frauduleuses. Il fait notamment valoir que le plan de situation et le plan cadastral mentionne une situation antérieure aux changements opérés sur la parcelle avant la demande de permis d'aménager. Toutefois, d'une part, le plan de situation permet de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune. D'autre part, si le plan cadastral ne comporte pas un élément pourtant présent sur la parcelle, cette circonstance ne démontre pas une intention frauduleuse du pétitionnaire qui, par ailleurs, décrit précisément l'état initial de la parcelle dans les autres pièces du dossier de permis d'aménager. En outre, si le requérant fait état d'erreurs sur le nombre d'étages des propriétés voisines dans la notice architecturale, la hauteur des bâtiments voisins et le nombre d'étage de la maison du requérant sont cependant bien visibles, notamment, dans les photographies permettant de situer le terrain dans l'environnement proche (PA 6) et précisément représentés dans les plans de coupe concernant l'héberge GH-HI. De même, si le plan de l'état actuel du terrain mentionne des arbres, ce plan est daté du mois d'août 2019 et peut être mis en relation avec les autres pièces du dossier dans lesquelles n'apparaissent plus les arbres mentionnés cet élément étant, en tout état de cause, sans incidence sur le permis d'aménager portant exclusivement sur une division parcellaire. Les mentions contestées sur le plan de composition d'ensemble du projet qui a pour vocation de représenter le projet et non l'environnement de celui-ci, qui apparaît d'ailleurs flouté sur ce document, n'ont pas été davantage de nature à induire en erreur l'autorité administrative. Les autres approximations relevées sur les plans de façades incluant la propriété du requérant, à les supposer même établies, ainsi que la présence d'arbres sur les photographies produites alors qu'ils ont été abattus avant le dépôt de la demande de permis d'aménager, n'ont pas été de nature à avoir une incidence sur l'appréciation portée par le service instructeur sur la division parcellaire. Ne peuvent être utilement invoqués par le requérant les éléments qui auraient démontré l'existence d'une méconnaissance de dispositions du code civil. Le requérant n'établit pas que les mentions selon lesquelles le projet de division n'implique pas de travaux préalables d'aménagement et que la surface de plancher des logements est inférieure à 800 mères seraient erronées. Enfin, il est constant que la République de Cuba n'est pas un lotisseur qui procèdera à la vente ou à la location de lots, notamment avant l'exécution des travaux, et n'avait donc pas à produire de garantie d'achèvement des travaux ni d'engagement que sera constitué une association syndicale des acquéreurs de lots à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien des terrains et équipements communs. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration n'a pas pu apprécier la conformité du projet au regard de la règlementation applicable et que le pétitionnaire aurait transmis des éléments comportant des erreurs ou des imprécisions dans le but de tromper l'administration et de se voir délivrer le permis d'aménager attaqué de manière frauduleuse.
En ce qui concerne la méconnaissance de la compatibilité des futures constructions avec les règles d'urbanisme :
11. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
En ce qui concerne l'atteinte aux conditions d'éclairement :
Sur la méconnaissance de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme :
12. Aux termes de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. () ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.
13. Le permis d'aménager n'a pas pour objet ni pour effet d'autoriser des constructions, par suite, le requérant ne soulève pas utilement le moyen tiré de la méconnaissance, par le permis d'aménager contesté, des dispositions de l'article UG 7.1 précitées. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'étude d'évolution du niveau de luminosité réalisée le 28 septembre 2023 que les pertes de luminosité liées au projet oscillent entre 54,24 et 58,82%. Le requérant produit également une étude d'ensoleillement réalisée le 22 mars 2022 mentionnant une perte d'ensoleillement annuel de variant de 65,36% à 84,82 %. Toutefois, d'une part, la simple perte d'ensoleillement ne suffit pas à démontrer l'existence d'une atteinte grave aux conditions d'éclairement. D'autre part, ces études ne portent que sur trois endroits de la maison de M. B, la fenêtre de toit du bâtiment sur rue, la toiture verrière reliant les deux bâtiments de sa propriété et la fenêtre gauche du 1er étage du bâtiment en fond de parcelle, et ne contiennent aucune indication sur les pièces concernées par les pertes de luminosité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet de construction portera gravement atteinte aux conditions d'éclairement de la maison du requérant au sens de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, et que le permis d'aménager portant division parcellaire devait être refusé dès lors que la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises, doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles relatives au gabarit-enveloppe :
14. Aux termes de l'article UG 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Le gabarit-enveloppe se compose successivement : () 2°- Voies de largeur égale ou supérieure à 8 mètres et inférieure à 12 mètres : () a - d'une verticale de hauteur H égale au prospect P sur voie augmenté de 4 mètres, / b - d'une oblique de pente 2/1 limitée par une horizontale située à 4,50 mètres au-dessus de la verticale ". Aux termes de l'article UG 11.1 du même règlement, seul applicable au projet : " Notamment, pour éviter de créer ou de laisser à découvert des murs pignons, la hauteur d'une construction projetée en bordure de voie peut être soit réduite, soit augmentée, nonobstant les dispositions de l'article UG.10.2, sans créer de décalage supérieur, en principe, à la hauteur moyenne d'un étage par rapport aux constructions contiguës. "
15. Le requérant soutient que les projets de construction présenteront un dépassement de gabarit applicable le long de la rue de Presles. Toutefois, et en tout état de cause, les pétitionnaires ont bénéficié d'une faculté offerte par le règlement prévoyant d'autoriser un dépassement du gabarit-enveloppe en vue de combler le mur pignon d'un bâtiment jusqu'à une hauteur n'allant pas, en principe, au-delà de la hauteur moyenne d'un étage, ce décalage étant indicatif. En l'espèce, les constructions projetées éviteront de laisser à découvert le mur pignon de l'immeuble mitoyen de l'actuel ambassade de la République de Cuba. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'insertion de la construction dans le bâti environnant :
16. Aux termes de l'article UG.11.1 : " () / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ". Aux termes du 2° de l'article UG.11.1.3 relatif aux façades sur rues : " ()La bonne transition volumétrique et architecturale de la construction projetée nécessite que soient prises en compte les caractéristiques des bâtiment voisins (nus de façades, hauteurs des niveaux, modénature () ". Aux termes des dispositions du 1° de l'article UG.11.1.4 du même règlement, relatives au traitement des rez-de-chaussée : " () Le traitement des ouvertures (halls d'entrée, parcs de stationnement, portes et baies) doit privilégier une implantation dans le plan de la façade ; les retraits ne sont admis qu'en raison d'une expression architecturale répondant à une meilleure insertion dans l'environnement ou pour des impératifs de sécurité justifiés ; les transparences entre la rue et les espaces libres doivent être privilégiées. / Les rez-de-chaussée doivent présenter des façades les plus ouvertes possible en évitant l'implantation directement en façade sur voies de locaux aveugles (locaux techniques, de service) ; les parties pleines doivent être les plus limitées possibles de façon à éviter l'affichage ou la mise en œuvre de graffitis. ". Aux termes de l'article UG 7.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. () ".
17. Ainsi qu'il a été dit précédemment, l'arrêté attaqué n'autorise pas de constructions. Si le requérant soutient que la division parcellaire autorisée l'a été en méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'insertion des constructions dans le bâti environnant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la division parcellaire est de nature à permettre l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme invoquées ne sera pas ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Il ressort notamment des pièces du dossier que les projets s'adapteront aux niveaux des immeubles voisins pour créer une construction homogène, s'insérant avec une descente progressive entre la hauteur de l'immeuble de l'actuelle ambassade en R+8 et la maison individuelle en R+1 du requérant, seule construction de cette hauteur dans la rue de Presles. Les constructions s'inscriront dans une rue comportant des constructions de tailles et de styles hétérogènes. En outre, la circonstance que l'architecture sera contemporaine, comme la plupart des immeubles de cette rue, ne permet pas de démontrer que les projets de construction porteront atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants alors que les façades seront traitées de façon homogène garantissant leur bonne intégration dans le tissu architectural existant. Par suite, le permis d'aménager ne pouvait être refusé au regard de la prétendue méconnaissance par les constructions à édifier des dispositions de l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article UG 7.1 du même règlement relatives à l'insertion de la construction dans le bâti environnant.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
18. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
19. Si M. B soutient que l'implantation de l'actuel ambassade de la République de Cuba a engendré des problèmes de sécurité dans sa propriété, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis d'aménager procédant à la division parcellaire d'un terrain qui a pour vocation d'accueillir l'installation du consulat en rez-de-chaussée et des unités d'accueil pour les représentants cubains de passage dans les étages, enfin, un immeuble de logements sera de nature à porter atteinte à la sécurité publique.
En ce qui concerne la méconnaissance de sa servitude de vue :
20. Le permis est délivré sous réserve des droits des tiers. Ainsi le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de son recours en annulation du permis d'aménager contesté, d'une atteinte à une servitude de vue.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 et du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que celle tendant au prononcé d'une injonction de remise en état de la parcelle.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la République de Cuba, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'ambassadeur de la République de Cuba, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
Mme Voillemot, première conseillère,
M. Paret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
Le rapporteur,
C. VOILLEMOT
Le président,
J-F. SIMONNOT
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401325
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société SFR pour l’implantation d’antennes de radiotéléphonie mobile à Paris 13e. Le tribunal a d’abord jugé que M. B... ne justifiait pas d’un intérêt à agir suffisant au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, car il n’a pas démontré que le projet affecterait directement ses conditions de jouissance de son bien. Par suite, la requête a été déclarée irrecevable, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens, notamment ceux tirés de l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France ou de la méconnaissance de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2324980
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... contestant son expulsion du territoire français en urgence absolue, décidée par le ministre de l'intérieur le 22 octobre 2023. Le tribunal a jugé que la procédure d'urgence absolue, prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispensait de consulter la commission spéciale d'expulsion, et que les autres moyens, notamment le détournement de procédure et la méconnaissance des articles L. 631-3 et L. 252-1, n'étaient pas fondés.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431132
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui demandait l’annulation d’un arrêté d’expulsion du 21 octobre 2024 et de la décision d’assignation à résidence prise le même jour par le préfet de police. Le tribunal a jugé que l’arrêté d’expulsion était suffisamment motivé et que le préfet n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en considérant la présence de l’intéressé comme une menace grave pour l’ordre public, au vu de ses condamnations pénales. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur les articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, sans que ces derniers soient méconnus.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432395
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... qui demandait l'annulation des décisions du garde des sceaux refusant son changement de nom de « A... » en « Sallaberry ». Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que la décision de refus était suffisamment motivée au regard de l'article 6 du décret n°94-52 du 20 janvier 1994, et que l'absence d'enquête préalable n'entachait pas la procédure d'irrégularité. Sur le fond, il a estimé que les motifs affectifs invoqués par la requérante ne constituaient pas, en l'espèce, un intérêt légitime au sens de l'article 61 du code civil justifiant de déroger au principe de fixité du nom.
06/01/2026