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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2215893

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2215893

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2215893
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJOUANIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 27 septembre 2022, M. C E, représenté par Me Jouanin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande tendant à substituer à son patronyme " E " celui de " Larquey D " ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de faire droit à sa demande de changement de nom dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous peine d'astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 61 du code civil dès lors qu'il justifie d'un intérêt légitime à changer de nom au titre de la possession d'état en établissant l'usage du nom sollicité depuis près de soixante ans et sur plusieurs générations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. E ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le décret n° 94-52 du 20 janvier 1994 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- l'arrêté du 30 décembre 2019 relatif à l'organisation du secrétariat général et des directions du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madé,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Goldschmidt, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Par une requête publiée au Journal Officiel du 19 mars 2020, M. E a demandé à la garde des sceaux, ministre de la justice, de l'autoriser à changer son nom de famille en " Larquey D ". Par une décision du 16 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions, () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () /2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs () ". En outre, aux termes de l'article 17 de l'arrêté du 30 décembre 2019 relatif à l'organisation du secrétariat général et des directions du ministère de la justice : " La direction des affaires civiles et du sceau comprend trois sous-directions : - la sous-direction du droit civil ; - la sous-direction du droit économique ;

- la sous-direction des professions judiciaires et juridiques. ". Aux termes de l'article 19 de cet arrêté : " La sous-direction du droit civil () exerce les attributions de la chancellerie en matière de sceau. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, signataire de la décision contestée, a été nommée cheffe de service, adjointe au directeur des affaires civiles et du sceau, par un arrêté du 28 mars 2022 publié au Journal officiel de la République française le 31 mars suivant. Or il résulte des dispositions de l'arrêté du 30 décembre 2019 précité que, parmi les attributions exercées au sein de la direction des affaires civiles et du sceau, figurent celles de la chancellerie en matière de sceau. Mme B était donc compétente, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 précité, pour signer la décision en litige.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 20 janvier 1994 relatif à la procédure de changement de nom : " Le refus de changement de nom est motivé. () ".

5. La décision contestée vise l'article 61 du code civil et indique que les pièces produites n'établissent pas un usage constant et ininterrompu du nom Larquey D dans tous les domaines de sa vie dès lors qu'il ne justifie de cet usage que depuis 1992 et essentiellement dans les domaines personnel et social. Par ailleurs, cette décision ne souffre d'aucune contradiction de motifs qui révèlerait une insuffisance de motivation alors qu'il ressort de ses termes que le ministre a considéré que l'usage du nom sollicité durant trente ans était insuffisamment long pour caractériser la possession d'état du nom considéré. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom. La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré. Le changement de nom est autorisé par décret. ".

7. La possession d'état, qui résulte du caractère constant et ininterrompu, pendant plusieurs dizaines d'années, de l'usage d'un nom, peut caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.

8. M. E soutient que ses aïeux portaient le nom de " D ", que l'usage du nom " Larquey D " remonte au mariage de ses parents en 1961, qu'il a été présenté dès sa naissance en 1963 sous ce nom et qu'il justifie depuis cette date de l'usage constant de ce nom dans tous les domaines de sa vie. Toutefois, l'intéressé produit essentiellement des documents établissant l'usage du nom " D ", lequel n'équivaut pas, contrairement à ce qu'il soutient, à l'usage du nom sollicité. Les documents attestant de l'usage du nom " Larquey D " ne sont quant à eux pas suffisamment nombreux et variés pour établir un usage constant de ce nom dans sa vie privée et professionnelle et dans ses relations avec l'administration sur une durée suffisamment longue. De même, les documents produits concernant ses parents, sont insuffisamment nombreux et ne portent pas sur une durée suffisamment longue, pour établir qu'ils usaient de ce nom de manière constante et interrompue depuis leur mariage en 1961. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le ministre de la justice a considéré que M. E ne justifiait pas d'un intérêt légitime à changer de nom au sens des dispositions de l'article 61 du code civil précité.

9. En dernier lieu, à supposer que le requérant ait entendu invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que la décision refusant le changement de nom sollicité porterait au droit de l'intéressé au respect de la vie privée et familiale une atteinte excessive au regard de l'intérêt public qui s'attache au respect des principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi. Ce moyen doit donc être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. E doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.

La rapporteure,

C. MADÉ

La présidente,

M-O. LE ROUX La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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