jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215921 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SELURL PHELIP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, la société Axa France, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 16 026, 75 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 16 décembre 2019 et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des dommages subis par l'immeuble sis 82-90 avenue des Champs-Elysées à l'occasion de la manifestation des " Gilets jaunes " du 16 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies ;
- en tout état de cause, les dommages résultent d'une défaillance fautive des autorités de police ;
- elle a versé à son assurée, dans les droits de laquelle elle est subrogée, la somme de 15 186,75 euros, au titre de la réparation des dommages causés par la manifestation des " gilets jaunes " du 8 décembre 2018 ;
- elle a réglé des frais d'expertise pour un montant de 840 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les dommages indemnisés par la société requérante sont l'œuvre d'un groupe de personnes organisé pour commettre délibérément des infractions ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de lien de causalité entre le cortège de manifestants et les dommages, la requérante n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- les préjudices ne sont pas démontrés ;
- la somme demandée au titre des frais d'expertise n'est pas justifiée et est manifestement excessive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 mars 2019, l'immeuble situé au 82-90 avenue des Champs-Elysées a fait l'objet de dégradations. La société Axa France, assureur de l'immeuble, a versé à son assurée la somme de 15 186,75 euros en réparation de ces dommages. Par un courrier du 16 décembre 2019, la société Axa France, agissant en qualité de subrogée dans les droits de son assurée, a demandé au préfet de police le remboursement de la somme de 15 878 euros au titre des dégradations qu'elle impute à des débordements commis en marge de la manifestation dite des " gilets jaunes " qui s'est tenue à Paris le 16 mars 2019. Du silence gardé sur cette demande par le préfet de police est née une décision implicite de rejet. La société Axa France demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 16 026, 75 euros.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la plainte déposée par la société requérante le 26 mars 2019 et du rapport d'expertise établi le 30 avril 2019 par la société Elex, que des vitrages de la " porte monumentale " de l'immeuble situé 82-90 avenue des Champs-Elysées dans le 8ème arrondissement de Paris, ont été brisés, que des pierres de façades et un nez de marche ont été endommagés, ainsi que la façade de l'immeuble taguée, le 16 mars 2019 entre 16h00 et 18h00 à l'occasion de la manifestation des " gilets jaunes " se déroulant le même jour. Il est constant que ces dégradations résultent d'actes commis à force ouverte ou par violence et caractérisent le délit de dégradation de biens appartenant à autrui prévu à l'article 322-1 du code pénal. Si le préfet de police fait valoir en défense que la majorité des manifestants avait quitté l'avenue des Champs Elysées à compter de 17h41 de sorte que le dommage allégué n'a pu être causé que par des " blacks blocs " dans le seul but de procéder à de telles dégradations, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal établi le 16 mars 2019 par le commandement du dispositif opérationnel de la préfecture de police mis en place pour faire face au rassemblement des " gilets jaunes " dans la capitale, que la manifestation a donné lieu à des affrontements violents entre les manifestants et les forces de l'ordre au niveau de l'avenue des Champs-Elysées, y compris entre 17h41 et 18h00. Il résulte de l'instruction, notamment des captures d'écrans de vidéo réalisées au cours de cette manifestation et montrant des personnes, participants à la manifestation, qui procédaient à des dégradations de commerces sur le secteur et à proximité immédiate de l'immeuble situé au 82-90 avenue des Champs-Elysées. Si le représentant de l'Etat invoque la présence, au cours des manifestations de cette période ou même de ce jour, de nombreux groupes violents dont l'action doit être distinguée de celle des manifestants, et s'il produit des photos, des articles de presse de ces éléments perturbateurs, ainsi que la plainte du magasin " HetM " situé au rez-de-chaussée de l'immeuble en cause mentionnant des dégradations entre 16h30 et 17h00, les éléments qu'il produit ne sont pas suffisants pour établir que ces derniers seraient à l'origine des dégradations de l'immeuble assuré par la société requérante, compte-tenu de la présence de manifestants dans le secteur. Dans ces conditions, les dommages subis le 16 mars 2019 entre 16h00 et 18h00, c'est-à-dire concomitamment à la manifestation des " gilets jaunes ", par l'immeuble situé au 82-90 avenue des Champs-Elysées sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur l'évaluation des préjudices :
4. Le rapport d'expertise du 30 avril 2019, diligenté par la société Axa France, dont il résulte qu'un représentant de la préfecture de police était présent lors du rendez-vous contradictoire et a donné son accord pour le chiffrage, a évalué à 15 878 euros le montant des dommages subis par la copropriété de l'immeuble en raison des dégradations. La société Axa France produit la quittance subrogative, signée par le représentant de la copropriété de l'immeuble (Property S2) et un relevé de l'historique de ses opérations financières pour attester qu'elle a bien réglé cette somme à son assurée, dans les droits de laquelle elle est subrogée à due concurrence de l'indemnité versée. Il résulte également de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 4 décembre 2019, qu'un représentant de la préfecture de police était présent lors des constatations relatives aux causes et circonstances et à l'évaluation des dommages. Il y a ainsi lieu de condamner l'Etat à rembourser à la société Axa France la somme de 15 186,75 euros en réparation des dégradations subies lors de la manifestation des " gilets jaunes ".
5. Par ailleurs, la société Axa France établit avoir acquitté des frais d'expertise en lien direct avec le dommage subi par l'immeuble, pour la somme de 840 euros. Il y a lieu de condamner l'Etat à lui rembourser cette somme.
6. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société Axa France une somme de 16 026,75 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019, date de réception de la demande indemnitaire préalable et des intérêts capitalisés à compter du 19 juillet 2020 puis à chaque échéance annuelle.
Sur les frais du litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société Axa France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Axa France une somme de 16 026,75 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019, date de réception de la demande indemnitaire préalable. Elle sera également assortie des intérêts capitalisés à compter du 19 juillet 2020 puis à chaque échéance annuelle.
Article 2 : L'Etat versera à la société Axa France une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Axa France et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Salzmann, présidente,
- Mme Armoët, première conseillère,
- Mme Guglielmetti, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
S. Guglielmetti
La présidente,
M. SalzmannLa greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026