mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215948 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET F.NAIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, la SARL Courtalia, prise en la personne de son liquidateur judiciaire, la société SELAFA MJA représentée par Me Lévy, et représentée à l'instance par Me Naïm, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et amendes, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2013 à 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure est entachée d'irrégularité au regard de sa durée excessive ;
- elle n'a pas respecté les conditions d'un débat oral et contradictoire du fait de l'emport par le service de certains documents pendant la vérification de comptabilité sans que celui-ci ne se soit assuré que le contribuable ait conservé une copie des pièces ;
- les commissions versées aux agents indépendants, les frais de déplacement et les frais de trajet domicile-travail supportés par les gérants doivent être admis en déduction de son bénéfice net.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :
- le rapport de Mme Ostyn, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Courtalia, qui exerce une activité d'intermédiaire dans le domaine du courtage d'assurance, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses exercices clos entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2015. A l'issue des opérations de contrôle, par des propositions de rectification du 14 décembre 2016 et du 10 mars 2017, l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés, suivant la procédure de taxation d'office. L'administration a assorti ces rehaussements de pénalités pour défaut de présentation de la comptabilité, défaut de déclaration des honoraires perçus et défaut de désignation des bénéficiaires des revenus distribués, respectivement prévues par les articles 1729 D, 1736 et 1759 du code général des impôts. Par une réclamation du 31 décembre 2019, la société requérante a demandé la décharge des impositions et amendes mises à sa charge. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 24 mai 2022. La SARL Courtalia demande au tribunal la décharge des impositions, pénalités et amendes mises à sa charge au titre des exercices 2013 à 2015.
Sur la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. " Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".
3. Il résulte de l'instruction que les impositions contestées ont été établies selon la procédure de taxation d'office, en application des dispositions du 2° des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, la SARL Courtalia n'ayant ni déposé dans les délais réglementaires les déclarations d'impôt sur les sociétés au titre des années en litige ni régularisé sa situation dans les trente jours de la notification de la mise en demeure. Par suite, il appartient à la société requérante, qui ne conteste pas avoir régulièrement fait l'objet d'une taxation d'office, d'apporter, devant le juge de l'impôt, la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge à l'issue de cette procédure.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les seuils prévus aux 1° et 2° de l'article L. 162-4 du code des impositions sur les biens et services ; () III. - En cas de mise en œuvre du I de l'article L. 47 A, les délais de trois ou six mois prévus, respectivement, au I et au 4° du II du présent article sont suspendus jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration. "
5. Il résulte de l'instruction que la SARL Courtalia n'ayant présenté, lors du contrôle sur place opéré le 28 octobre 2016, aucune copie de fichiers des écritures comptables liées à la période contrôlée, un procès-verbal pour défaut de présentation de comptabilité sous forme dématérialisée a été dressé le jour même. Une copie des fichiers des écritures comptables a été communiquée à l'administration fiscale, d'une part, le 24 novembre 2016 pour l'exercice 2013, période pour laquelle le contrôle a été clôturé le 14 décembre 2016 et, d'autre part, le 23 janvier 2017 pour l'exercice 2014, période pour laquelle le contrôle a été clôturé le 1er mars 2017. Aucune copie des fichiers des écritures comptables n'a été fournie pour l'année 2015. Il s'ensuit que la SARL Courtalia n'est pas fondée à soutenir que l'administration, qui a respecté le délai prévu à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, aurait entaché la procédure de vérification de comptabilité d'irrégularité du fait de la durée excessive du contrôle.
6. En deuxième lieu, la requérante soutient que la vérification de comptabilité n'a pas été effectuée dans le respect des conditions d'un débat oral et contradictoire du fait de l'emport par le service de certains documents sans que celui-ci ne se soit assuré que le contribuable ait conservé une copie des pièces. En se bornant à soulever le moyen tiré du non-respect d'un débat oral et contradictoire, sans mentionner les documents qui auraient été emportés par le service, la SARL Courtalia n'a pas assorti son moyen des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.
7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la vérification de comptabilité, au demeurant inopérants dès lors que la requérante a été taxée d'office pour défaut de déclaration, ne peuvent qu'être écartés.
Sur le bien-fondé des impositions :
8. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dont l'article 209 étend le champ d'application à l'assiette de l'impôt sur les sociétés : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. () 5. Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements exposés par ces personnes ". Pour être admis en déduction des bénéfices imposables, les frais et charges doivent, d'une manière générale être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.
En ce qui concerne les frais de trajet domicile-travail :
9. En vertu des dispositions du deuxième alinéa du 1° de l'article 39-1 du code général des impôts, les rémunérations directes ou indirectes versées par l'entreprise à ses salariés, y compris les remboursements de frais, ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif. Les frais correspondant aux trajets qu'un dirigeant effectue entre son domicile et son lieu de travail, qui relèvent de la catégorie d'avantages en nature exposés dans l'intérêt du dirigeant et non dans l'intérêt de la société, ne peuvent être regardés, sauf circonstance particulière, comme correspondant à un travail effectif et ne sont donc pas déductibles au regard de ces dispositions. En l'espèce, il n'est justifié d'aucune circonstance particulière qui conduirait à regarder les frais engagés par les deux dirigeants de la SARL Courtalia pour se rendre de leur domicile à leur travail comme exposés dans l'intérêt direct de la société et comme déductibles au regard de ces dispositions.
En ce qui concerne les commissions versées aux agents indépendants et les frais de déplacement :
10. La requérante, à qui incombe la charge de prouver la déductibilité des charges invoquée, ne fournit aucun élément de nature à apprécier si les commissions versées aux agents indépendants et les frais de déplacement des gérants non compris dans les trajets domicile-travail constituent des charges déductibles de son bénéfice net.
11. Il résulte de ce qui précède que la requérante ne démontre pas que l'administration aurait, à tort, intégré les frais de trajet domicile-travail et les frais de déplacement de ses deux dirigeants, ainsi que les commissions versées aux agents indépendants à son résultat imposable.
Sur les pénalités et amendes :
12. Si la requérante demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits, pénalités et amendes, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2013 à 2015, elle ne soulève aucun moyen à l'encontre des pénalités et amendes infligées. Par conséquent, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. "
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Courtalia est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Courtalia, prise en la personne de son liquidateur judiciaire, la société SELAFA MJA représentée par Me Lévy et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.
Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La rapporteure,
I. OSTYNLa présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique , en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026