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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216378

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216378

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216378
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BROCARD AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 29 juillet 2022, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Grenoble a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la société SD.

Par cette requête, enregistrée initialement le 15 juillet 2022 au tribunal administratif de Grenoble, et un mémoire complémentaire, enregistré le 5 août 2022 au tribunal administratif de céans, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée SD, représentée par Mes Brocard et Pedron, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 juin 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle demande que la présente requête soit transmise par le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat au tribunal administratif de Grenoble en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative et soutient qu'elle ne peut être regardée comme ayant donné son accord aux rectifications proposées, dès lors qu'elle a accepté, dans ce délai, la transaction que lui avait proposée l'administration, laquelle est finalement revenue sur cette proposition après expiration du délai, que l'administration a manqué à son devoir de loyauté et a méconnu l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) SD, qui exerce une activité de vente en ligne de produits manufacturés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019. A l'issue des opérations de contrôle et au terme d'une procédure de taxation d'office, la société s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 12 février 2021, des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 juin 2018 et des rappels de TVA pour la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019, assortis des intérêts de retard et de la majoration de 40% pour absence de dépôt des déclarations d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 1728 du code général des impôts. Ces impositions supplémentaires et les pénalités afférentes ont été mises en recouvrement par avis du 15 avril 2021. Par réclamation du 28 juin 2021, la société SD en a sollicité la décharge auprès de l'administration. En l'absence de réponse de l'administration dans le délai de six mois, elle réitère devant le tribunal de céans ses prétentions.

Sur la compétence du tribunal administratif de Paris :

2. Aux termes de l'article L. R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. ".

3. En l'espèce, la société SD demande la décharge des impositions établies par le service des impôts des entreprises de Paris 8ème par un avis de mise en recouvrement du 15 avril 2021. Il s'ensuit que la présente requête relève de la compétence territoriale du tribunal administratif de Paris.

Sur les conclusions à fin de décharge :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. ".

5. La requérante soutient qu'elle ne peut être regardée comme ayant donné son accord aux rectifications proposées par le service, dès lors qu'elle a accepté, dans ce délai, la transaction que lui avait proposée l'administration, laquelle est finalement revenue sur cette proposition après expiration du délai, que l'administration a manqué à son devoir de loyauté et a méconnu l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du courriel du 5 mars 2021 adressé par la gérante de la société SD, Mme A, au service, que celle-ci a, par la phrase " je souhaitais par la présente accepter cette proposition et faire une demande de transaction comme nous l'avions évoqué lors de notre dernier entretien ", accepté sans condition la proposition de rectification dans le délai imparti par l'article L. 11 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, les échanges entre le service et la requérante, en particulier le courriel du 8 mars 2021 adressé par le service à la requérante, font apparaître que la transaction était envisagée comme une possibilité, susceptible de ne pas aboutir. Dès lors, la société SD n'est pas fondée à soutenir que le service aurait manqué à son devoir de loyauté. Enfin, la requérante entend opposer à l'administration, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, sa doctrine, soit, en l'espèce, les termes du paragraphe 300 du BOI-CF-IOR-50, selon lequel " Lorsque l'acquiescement du contribuable se trouve subordonné à la conclusion d'une transaction, les propositions de l'administration sont établies et notifiées dans les conditions précisées au BOI-CTX-GCX. Si, à la suite de cette procédure, la transaction apparaît impossible ou ne se réalise pas, le rehaussement doit être considéré comme refusé. () Une demande de transaction formulée dans le délai de trente jours, éventuellement prorogé, de la proposition des rectifications sans prise de position nette sur ces dernières peut être assimilée à une acceptation sous réserve de transaction. ". Néanmoins, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait subordonné son acceptation des rectifications à la conclusion d'une transaction.

6. Il résulte de ce qui précède que la société SD n'est pas fondée à solliciter la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 juin 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er juillet 2016 au 30 juin 2019.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. "

8. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme de 3 000 euros au titre des dispositions citées au points précédent.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SD est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée SD et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

Signé

I. OSTYNLe président,

Signé

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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