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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216408

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216408

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216408
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2022 et un mémoire enregistré le 19 juillet 2023, M. C B, représenté par la SELARL Fabre et Associées, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (A) à lui verser la somme totale de 48 677,97 euros, sous déduction de l'indemnité provisionnelle de 8 000 euros versée, avec intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2021, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de sa prise en charge, le 31 décembre 2012, par le service d'hématologie de l'hôpital Robert Debré ;

2°) de mettre à la charge de A les frais d'expertise ;

3°) de mettre à la charge de A la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de A est engagée du fait de la faute commise dans la prise en charge qui a suivi l'accident d'extravasation du produit de chimiothérapie dans le service d'hématologie de l'hôpital Robert Debré ;

- les préjudices subis du fait de cette faute doivent être évalués à la somme totale de 48 677,97 euros, se décomposant comme suit : 1 757,60 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 9 000 euros au titre des souffrances endurées, 9 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 5 850 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 7 000 euros au titre du préjudice moral, 8 070,37 euros au titre des frais divers.

Par un mémoire enregistré le 4 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par la SELARL Kato et Lefebvre associés, demande au tribunal :

1°) de condamner A à lui verser la somme de 21 945,70 euros au titre des prestations versées pour M. B, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 mai 2023 ;

2°) de condamner A à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L.376-1 du code de sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a pris en charge l'accident survenu le 31 décembre 2012 en versant des dépenses de santé actuelles pour un montant de 21 945,70 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2023, A conclut à ce que le montant de l'indemnité sollicitée par le requérant, ainsi que celui de la somme demandée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient ramenés à de plus justes proportions.

Elle soutient que :

- elle ne conteste pas sa responsabilité ;

- les demandes pécuniaires formulées par M. B et non étayées de justificatifs doivent être écartées ;

- il convient de ramener à de plus justes proportions le montant des autres sommes sollicitées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doan,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de Me El Boustani, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 20 décembre 1995, victime d'une maladie de Hogkin, a été traité par chimiothérapie à l'hôpital Robert Debré de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (A), où il a subi le 31 décembre 2012, lors d'une séance réalisée en ambulatoire, une extravasation, pour laquelle il n'a reçu que des soins locaux, ce qui a ensuite rendu nécessaire une intervention chirurgicale réparatrice de greffe de peau. Sollicitée par les parents de M. B, alors mineur, A leur a adressé une proposition transactionnelle, qu'ils ont refusée. Saisi par M. B, désormais majeur, le tribunal administratif de Paris, par une ordonnance du 4 janvier 2016, a condamné A à lui verser la somme de 8 000 euros à titre de provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative et a désigné un expert, lequel a rendu son rapport le 6 septembre 2016. En l'absence de réponse à sa demande indemnitaire préalable adressée à A le 20 avril 2021, M. B demande au tribunal, par la présente requête, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 48 677,97 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.

Sur la responsabilité de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions du rapport d'expertise du 6 septembre 2016, que M. B a été victime d'une extravasation de chimiothérapie dont la prise en charge n'a pas été conforme aux règles de l'art, dès lors qu'elle n'a pas été suivie d'aspiration secondaire, ce qui a provoqué une nécrose et la mise en place d'un lambeau de grand dorsal dans les mois qui ont suivi. A ne conteste pas sa responsabilité dans la survenue de ce dommage. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de A la réparation des dommages subis.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais divers :

4. En premier lieu, M. B demande le remboursement de la somme de 554,11 euros correspondant aux frais de transport engagés pour se rendre aux consultations médicales et aux frais de visite de ses parents. Toutefois, il n'apporte aucun justificatif à l'appui de sa demande. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit à celle-ci.

5. En deuxième lieu, M. B demande le versement d'une somme totale de 2 926,74 euros correspondant à deux cures thermales auxquelles il a dû se soumettre en août et septembre 2014 et en juillet et août 2015. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces dépenses aient un lien de causalité direct et certain avec la faute en litige. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit à sa demande à ce titre.

6. En dernier lieu, le requérant sollicite le remboursement des honoraires du médecin conseil qui l'a assisté à l'occasion de l'expertise, pour un montant de 3 000 euros. Toutefois, il ne justifie pas la réalité de son préjudice faute d'élément de nature à établir qu'il ait exposé de tels frais. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit à sa demande à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

7. Il résulte de l'instruction que M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire total le 4 janvier 2012, le 1er janvier 2013, le 18 janvier 2013, le 13 mars 2013, le 3 avril 2013, le 5 avril 2013, le 24 mai 2013, le 10 juin 2013, du 17 juin au 24 juin 2013, le 12 juillet 2013, du 14 au 17 juillet 2013, le 18 octobre 2013, le 12 novembre 2013, le 16 décembre 2013, le 10 janvier 2014 et le 3 octobre 2014, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% du 31 décembre 2012 au 28 janvier 2013, et de 10% du 29 janvier 2013 au 10 janvier 2014. En retenant un montant journalier de 20 euros, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui accordant la somme totale de 1 400 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

8. Il résulte de l'instruction que M. B a subi un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 3%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, pour un homme âgé de 18 ans à la date de consolidation, en lui accordant la somme de 5 000 euros à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique :

9. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique de M. B a été évalué par l'expert à 4 sur une échelle allant de 1 à 7 à titre temporaire et à titre permanent. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 8 000 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

10. Il résulte de l'instruction que les souffrances de M. B ont été évaluées par l'expert à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 9 000 euros.

S'agissant du préjudice moral :

11. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B, pour qui les faits litigieux ont été source d'angoisse et de traumatisme alors qu'il était déjà traité pour un lymphome, en lui accordant la somme de 3 000 euros à ce titre.

Sur les droits de M. B :

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner A à verser à M. B la somme de 26 400 euros, sous déduction de la somme de 8 000 euros versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance du 4 janvier 2016.

Sur les intérêts :

13. Il n'est pas contesté par M. B que la somme de 8 000 euros correspondant à la provision au versement de laquelle A a été condamnée lui a été versée le 11 avril 2016. Par suite, le requérant est seulement fondé à demander que la somme de 18 400 euros soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2021, date de réception de sa dernière réclamation préalable ainsi qu'il le demande.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris :

14. Il résulte de l'instruction que la CPAM de Paris a versé, pour M. B, des prestations correspondant à des dépenses de santé actuelles pour un montant de 21 945,70 euros. Elle produit l'attestation de créance ainsi que l'attestation d'imputabilité réalisée par son médecin conseil. Il y a lieu, dans ces conditions, de condamner A à lui rembourser la somme de 21 945,70 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 4 mai 2023, date de la première demande de la caisse.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

15. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ".

16. La CPAM de Paris a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 191 euros auquel elle a été fixée par l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale. En conséquence, A versera à la CPAM de Paris la somme de 1 191 euros.

Sur les frais d'expertise :

17. Par une ordonnance du 4 janvier 2017, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 589,52 euros, ont été mis à la charge de M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de A le montant de ces frais.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de A la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la CPAM de Paris tendant au versement d'une somme au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. B la somme de 26 400 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction de la somme de 8 000 euros versée à titre provisionnel en application de l'ordonnance du 4 janvier 2016. La somme de 16 400 euros portera intérêt au taux légal à compter du 20 avril 2021.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie la somme de 21 945,70 euros en remboursement des frais engagés pour M. B. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 4 mai 2023.

Article 3 : Les frais de l'expertise, d'un montant total de 1 589,52 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'Assistance publique hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

R. Doan

Le président,

H. DelesalleLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3

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