LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216923

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216923

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216923
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantPIERREY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 4 août 2022 sous le numéro 2216923, M. H K et Mme C E, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure, B K, représentés par Me Pierrey, demandent au tribunal :

A titre principal :

1°) de réformer la décision du 27 avril 2022 par laquelle l'Institut National des Jeunes I (A) a refusé l'admission de leur fille B à compter du 1er septembre 2022 au sein de son établissement et d'ordonner à ce dernier de recruter une aide humaine individuelle, à compter du 1er septembre 2022 ;

2°) de réformer la décision du 14 mars 2022 par laquelle l'Établissement Régional d'Enseignement Adapté (EREA) Toulouse-Lautrec a refusé l'admission de leur fille B au sein de son établissement ;

3°) de réformer la décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris a mis fin à la prise en charge de B au sein du service pédiatrique de l'hôpital, cette décision ayant pour conséquence une rupture de scolarisation à l'établissement régional d'enseignement adapté (EREA) G Brel ;

A titre subsidiaire :

4°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle l'Institut National des Jeunes I (A) a refusé l'admission de leur fille B au sein de son établissement à compter du 1er septembre 2022 ;

5°) d'annuler la décision du 14 mars 2022 par laquelle l'Établissement Régional d'Enseignement Adapté (EREA) Toulouse-Lautrec a refusé l'admission de leur fille B au sein de son établissement ;

6°) d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris a mis fin à la prise en charge de B au sein du service pédiatrique de l'hôpital, cette décision ayant pour conséquence une rupture de scolarisation à l'établissement régional d'enseignement adapté (EREA) G Brel ;

En tout état de cause :

7°) d'enjoindre aux établissements concernés d'accueillir B K dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

8°) de mettre à la charge solidaire de A, de l'EREA Toulouse-Lautrec et de l'AP-HP la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en application de l'article R. 142-1 du code de justice administrative, le tribunal doit se déclarer territorialement compétent pour statuer sur la légalité des trois décisions dont il est saisi dès lors que la requête est dirigée principalement contre la décision du 27 avril 2022 prise par A ;

- le présent recours relève du plein contentieux relatif à l'aide sociale ;

S'agissant de la décision de A du 27 avril 2022 :

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) des Hauts-de-Seine en date du 10 janvier 2020 qui, en vertu de l'article D. 351-7 du code de l'éducation, est seule compétente pour prendre une mesure d'orientation d'un enfant en situation de handicap ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le délai d'information de J prévu à l'article D. 312-35 du code de l'action sociale et des familles n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination et porte atteinte au droit d'un enfant mineur handicapé à bénéficier d'une scolarisation, garanti par les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation dès lors que A aurait dû prévoir un aménagement spécifique au handicap de B en recrutant un accompagnateur d'élève en situation de handicap individuel (AESH) ;

- pour les mêmes raisons, elle viole les articles 2, 5, 7 et 24 de la convention internationale des droits des personnes handicapées, l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant puisqu'elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de B.

S'agissant de la décision de l'EREA Toulouse-Lautrec du 14 mars 2022 :

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle porte atteinte au droit d'un enfant mineur handicapé de bénéficier d'une scolarisation, garanti par les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation ;

- elle viole les articles 2, 5, 7 et 24 de la convention internationale des droits des personnes handicapées ;

- elle viole l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision de la directrice de l'hôpital Raymond-Poincaré du 23 juin 2022 :

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle viole le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, A conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Défenseure des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 10 mars 2023.

Par un courrier du 8 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de A du 27 avril 2022, dès lors que le juge judiciaire est seul compétent pour statuer sur une mesure d'exécution d'une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées qui relève du 2° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles et qui prononce l'orientation d'un enfant handicapé vers un établissement médico-social, dans le cadre des articles L. 312-1 et D. 312-112 du code de l'action sociale et des familles.

M. K et Mme C ont présenté des observations en réponse, enregistrées le 9 juin 2023.

Par un courrier du 16 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de A du 27 avril 2022 , dès lors que la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du 21 mai 2021, qui préconise l'accueil de B dans un institut d'éducation motrice (IEM) et mentionne dans la liste des préconisations l'IEM Château de Bailly (78) ou de l'IEM Michel Arthuis (92), s'est substituée à la décision de J du 10 mai 2021 qui préconisait un accueil dans un Institut pour déficients visuels et mentionnait l'Institut national des jeunes aveugles.

L'Institut national des jeunes aveugles et les requérants ont produit des observations en réponse, enregistrées respectivement les 22 et 23 mai 2024.

Un médiateur a été désigné le 1er septembre 2023, sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative. Faute d'accord de A sur son principe, aucune médiation n'a pu être engagée.

Une note en délibéré, présentée par A, a été enregistrée le 25 juin 2024.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 août 2022, le 21 juin 2023 et le 12 mars 2024, sous le numéro 2218074, M. H K et Mme C E, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure B K, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, de réformer la décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a mis fin à la prise en charge de B au sein du service pédiatrique de l'hôpital de jour Raymond Poincaré, cette décision ayant pour conséquence une rupture de scolarisation à l'établissement régional d'enseignement adapté (EREA) G Brel, et à titre subsidiaire, d'annuler cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'AP-HP de l'admettre à l'EREA G Brel à compter du 1er septembre 2022, dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le délai d'information de J prévu à l'article D. 312-35 du code de l'action sociale et des familles n'a pas été respecté ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle viole le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 4 août 2023, l'assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011, notamment son article 33 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la santé publique ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique ;

- les observations de Me Pierrey, représentant M. K et Mme E, en ce qui concerne la requête n° 2216923 ;

- et les observations de Mme E, en ce qui concerne la requête n° 2218074.

Considérant ce qui suit :

1. B K, née le 16 mars 2015, a été victime en juillet 2016 d'un accident ayant provoqué de graves séquelles motrices ainsi qu'une cécité corticale. Elle a été suivie depuis septembre 2016 à l'hôpital de jour pédiatrique de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, dépendant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris. A compter de septembre 2018, B a été scolarisée au sein de l'établissement régional d'enseignement adapté (EREA) G Brel, situé au sein de l'hôpital Raymond Poincaré et accueillant exclusivement les enfants suivis au sein de l'hôpital de jour pédiatrique de cet établissement. Par une décision du 10 janvier 2020, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) a prononcé l'orientation de B vers un institut pour déficients visuels afin de lui apporter un soutien éducatif personnalisé ainsi que les moyens médicaux, scolaires et de rééducation adaptés à sa situation conformément aux dispositions de l'article D. 312-112 du code de l'action sociale et des familles et a proposé à ses parents une liste d'établissements médicaux-sociaux susceptibles d'accueillir leur fille, en préconisant un accueil par l'Institut National des Jeunes I (A) situé à Paris. Toutefois, par une décision du 27 avril 2022, A a refusé la prise en charge de B au motif que l'institut qui n'accueille que des jeunes pouvant bénéficier d'un accompagnement collectif ne dispose pas d'un accompagnateur d'élèves en situation de handicap, d'un ergothérapeute et d'un kinésithérapeute habilités à répondre aux besoins spécifiques de B. Par ailleurs, par une décision du 14 mars 2022, l'EREA Toulouse-Lautrec a refusé d'accueillir B eu égard aux besoins particulier de l'enfant. Enfin, par une attestation du 31 mai 2022, un praticien du pôle pédiatrie de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches a certifié que B K ne sera plus prise en charge à l'hôpital de jour à compter de fin juillet 2022, et qu'en conséquence elle ne pourrait plus être scolarisée à l'EREA G Brel à partir de septembre 2022. Cette décision a été confirmée par la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches par un courrier daté du 23 juin 2022. Par une requête n° 2216923, M. K et Mme E, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineur B, doivent être regardés comme demandant l'annulation de ces trois décisions, ainsi qu'à ce qu'il soit enjoint à A d'accueillir leur enfant et de prendre les mesures nécessaires à cet accueil. Par une requête n° 2218074, ils doivent être regardés comme demandant l'annulation de la décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris a mis fin à la prise en charge de B au sein du service pédiatrique de l'hôpital de jour Raymond Poincaré de Garches.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par M. K et Mme E présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu d'y statuer par un même jugement.

Sur l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Paris pour statuer sur les conclusions de la requête dirigée contre la décision du 14 mars 2022 de l'EREA Toulouse-Lautrec :

3. Aux termes de l'article R. 351-3 du code de justice administrative : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence d'une juridiction administrative autre que le Conseil d'Etat, son président, ou le magistrat qu'il délègue, transmet sans délai le dossier à la juridiction qu'il estime compétente. () ". Aux termes de l'article R. 312-1 du même code : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 221-3 du même code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Cergy-Pontoise : Hauts-de-Seine () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise par le directeur de l'Établissement Régional d'Enseignement Adapté Toulouse-Lautrec de Vaucresson. Aucune circonstance propre au litige ne justifie la compétence territoriale du tribunal administratif de Paris. Par suite et en application des dispositions précitées de l'article R. 312-1 du code de justice administrative, ces conclusions relèvent de la compétence du tribunal administratif de Cergy-Pontoise auquel il y a lieu de transmettre le dossier, étant précisé que le dossier de la requête 2218073 qui tend aux mêmes fins a d'ores et déjà fait l'objet d'une transmission au tribunal administratif désigné compétent, par une ordonnance de la vice-présidente de la 1ère section du tribunal administratif de Paris en date du 14 septembre 2022.

Sur la légalité de la décision du 23 juin 2022 de la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris :

5. En premier lieu, les requérants sollicitent, à titre principal, la réformation, et à titre subsidiaire, l'annulation de la décision du 31 mai 2022. Toutefois, cette décision, qui est un certificat médical par lequel le praticien hospitalier chargé du suivi de la petite B au sein de l'hôpital Raymond Poincaré a mis fin de la prise en charge de celle-ci en hôpital de jour à compter de juillet 2022 et s'est borné à en tirer les conséquences sur sa scolarisation à l'EREA G Brel, est insusceptible de recours. Les requérants doivent donc, en réalité, être regardés comme dirigeant leurs conclusions à l'encontre de la décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré a confirmé la fin de la scolarisation de B au sein de l'EREA G Brel à partir de septembre 2022.

6. En deuxième lieu, par un arrêté du 8 février 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-107 de la préfecture de Paris du 8 février 2022, le directeur du groupe hospitalier " hôpitaux universitaires Paris centre" a donné délégation à Mme D G, directrice du site de Raymond Poincaré, à l'effet de signer pour ce site tous les actes liés à ses fonctions de directrice de site, dans le champ d'attribution du directeur du groupe hospitalier, déterminé par l'arrêté directorial n° 2013318-0006 DG du 14 novembre 2013. Aux termes de cet arrêté, délégation de signature est donnée par le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) " aux directeurs des groupes hospitaliers et hôpitaux ne faisant pas partie d'un groupe hospitalier (). Cette délégation comprend les actes suivants : () H - Pour les questions relatives aux admissions, à l'état-civil, à l'hospitalisation des patients, et, d'une manière générale, aux mesures nécessaires au fonctionnement courant du groupe hospitalier ou de l'hôpital ne relevant pas d'un groupe hospitalier : () 2°) les décisions relatives à l'admission et au séjour des patients et notamment celles relatives à l'état civil, aux naissances, à la sortie des patients () 4°) l'ensemble des mesures nécessaires pour assurer le fonctionnement courant de l'hôpital, du groupe hospitalier, du pôle d'intérêt commun ; () ". Par conséquent, le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté attaqué n'aurait pas été régulièrement habilité à cet effet manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision du 23 juin 2022 par laquelle la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches a décidé de mettre fin à la prise en charge de B K au sein de l'hôpital de jour qui, au demeurant, explicite les raisons motivant la décision, n'entre dans aucun des cas de décisions qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée est inopérant et doit être écarté.

9 En quatrième lieu, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions de l'article D. 312-35 du code de l'action sociale et des familles qui énonce que : " Le directeur prononce l'admission de l'enfant ou de l'adolescent conformément à la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées et dans les conditions fixées à l'article D. 312-10-3. Le directeur est tenu d'informer dans un délai de quinze jours la maison départementale des personnes handicapées de la suite réservée à la désignation opérée par la commission des droits et de l'autonomie conformément aux dispositions de l'article R. 146-36. " dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'hôpital de jour de Raymond-Poincaré aurait été désigné par la CADPH pour prendre en charge B.

10.En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11.Il ressort des pièces du dossier que, dès décembre 2019, les responsables de l'hôpital de jour pédiatrique de l'hôpital Raymond Poincaré ont indiqué aux parents de B que la situation de celle-ci ne relevait plus d'une rééducation motrice intensive, en raison notamment de la nécessité de prendre en charge la cécité de l'enfant et de son épuisement physique, et les ont orientés vers d'autres structures permettant la scolarisation de leur enfant, tels les instituts d'éducation motrice (IEM). J a également donné son accord pour une orientation en IEM, valable du 21 mai 2021 au 31 août 2024. Toutefois, les parents de B à ce jour n'ont pas souhaité donner suite aux contacts noués avec les IEM de Neuilly (92) et Bailly (78), alors même que ce dernier établissement a accepté l'admission de B le 10 septembre 2022, ainsi qu'il ressort de l'indication non contestée portée dans le document émanant du service social hospitalier de l'hôpital Raymond Poincaré daté du 13 septembre 2022. Si les requérants font valoir que ce type d'établissement ne correspond pas aux besoins de leur fille en termes de scolarité, il ne résulte pas de l'instruction, dans les circonstances précédemment rappelées et en l'état des pièces du dossier, que la décision de ne pas renouveler l'accueil de B à L'EREA G Brel de Garches méconnaîtrait le droit de B à bénéficier d'une scolarisation, telle que l'imposent notamment les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation, ou aurait été édictée sans que ne soit pris en compte l'intérêt supérieur de B en méconnaissance de l'obligation posée au premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12.Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée est entachée de détournement de pouvoir.

13.Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 23 juin 2022 de la directrice de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches relevant de l'assistance publique-hôpitaux de Paris.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de A du 27 avril 2022 :

En ce qui concerne la recevabilité :

14.Les requérants demandent l'annulation de la décision du 27 avril 2022 par laquelle A a refusé d'accueillir leur fille, contrairement aux préconisations formulées par J dans sa décision du 10 janvier 2020, valables pour la période allant du 10 janvier 2020 au 31 août 2024. Si, par une décision du 21 mai 2021, J a préconisé l'accueil de la petite B vers un institut d'éducation motrice (IEM) et mentionné dans la liste des préconisations l'IEM Château de Bailly (78) ou de l'IEM Michel Arthuis (92), il ne résulte pas de l'instruction que cette nouvelle décision ait eu pour effet de faire disparaître la décision du 27 avril 2022, comme en attestent la mention de cette décision dans le projet personnalisé de scolarisation recensant les décisions d'orientation en cours de validité ainsi que la décision de la Maison départementale pour les personnes handicapées du 26 avril 2024 renouvelant l'accord concernant une orientation vers un institut pour déficient visuel. Il en va de même du plan d'accompagnement global du 30 septembre 2022, qui a uniquement pour objet de définir une solution d'accueil alternative et transitoire dans l'attente d'une admission dans l'orientation cible, et ne s'est, ainsi, pas substitué à la décision attaquée. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision de A du 27 avril 2022 sont recevables.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

15.Aux termes de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction. ". Aux termes de l'article 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune () ". Il résulte de la combinaison de ces textes que constitue une discrimination fondée sur le handicap le refus, opposé par l'administration, sans raison objective et raisonnable, d'apporter des aménagements destinés à permettre l'accès des personnes en situation de handicap à l'instruction. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation () veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction. ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. ".

16.En l'espèce, pour refuser d'admettre B K dans son établissement, A s'est fondé sur la circonstance, d'une part, que les jeunes accompagnés par l'institut ne disposent pas d'un accompagnateur d'élèves en situation de handicap mais d'un accompagnement collectif et, d'autre part, que l'institut ne dispose pas d'ergothérapeute ni de kinésithérapeute en son sein. Toutefois, il résulte de l'instruction que, conformément à l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, J a désigné comme structure d'accueil A, après évaluation de B par une équipe pluridisciplinaire, estimant que la structure était en capacité de répondre à ses besoins. En effet, aucun établissement ne peut répondre à lui seul à l'ensemble des besoins de B liés à ses multiples handicaps mais un accueil aménagé au sein de A apparaît, comme le démontrent en particulier la décision de J ainsi que le certificat établi par le docteur F en date du 11 décembre 2019, le mieux à même de répondre aux besoins éducationnels de B. D'autre part, les requérants font valoir, sans être contestés, qu'une convention a été signée le 15 juin 2021 afin de créer une passerelle entre l'EREA G Brel et A pour y assurer l'accueil de B à la rentrée 2022 et que des démarches ont été entreprises auprès du SESSAD 92 et du SESSAD ENVOLUDIA, situé à Paris, pour adapter la prise en charge de l'enfant au sein de A à son handicap. Si l'accueil de B nécessite des aménagements importants et une coordination spécifique à la prise en charge de ses polyhandicaps, dont les démarches entamées en juin 2021 démontrent la possibilité, les arguments avancés par A ne suffisent pas à démontrer que de tels aménagement présenteraient un caractère déraisonnable. Dès lors, en refusant d'accueillir B et de mettre en place un accompagnement individualisé, A a méconnu l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 14 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales combinés, ainsi que les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

17.Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

18.Il résulte de ce qui a été dit au point 13 qu'il y a lieu d'enjoindre à A, sauf changement de circonstances de droit ou de fait qui y ferait obstacle, de procéder à l'admission de B K dans son établissement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

En ce qui concerne les frais liés à l'instance :

19.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de A, partie perdante, une somme de 2 400 euros, à verser à M. K et Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions s'opposent, en revanche, à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de A tendant à mettre à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes, une somme à ce titre. Il y a lieu de rejeter également les conclusions de M. K et de Mme E présentées sur le même fondement et dirigées contre l'AP-HP.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2216923 tendant à la réformation ou l'annulation de la décision du 14 mars 2022 de l'Etablissement Régional d'Enseignement Adapté Toulouse-Lautrec situé à Vaucresson (92) sont transmises au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Article 2 : La décision du 27 avril 2022 par laquelle l'Institut national des jeunes aveugles a refusé d'accueillir B K dans son établissement est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Institut national des jeunes aveugles d'accueillir B K dans son établissement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sauf changement de circonstances de droit ou de fait qui y ferait obstacle.

Article 4 : L'Institut national des jeunes aveugles versera à M. K et Mme E la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par l'Institut national des jeunes aveugles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. H K et à Mme C E, à l'Institut National des Jeunes I, à l'assistance publique-Hôpitaux de Paris et à l'Etablissement Régional d'Enseignement Adapté Toulouse-Lautrec. Copie sera adressée, pour information, à la Défenseure des droits.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par sa mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

I. OSTYN

La présidente,

S. VIDAL

La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui les concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2216923 et 2218074/1-1

Décisions similaires

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

01/04/2026

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.

01/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.

01/04/2026

← Retour aux décisions