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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216937

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216937

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216937
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantMEILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2022 et 15 septembre 2023, la société Royal République, représentée par Me Meilhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle la maire de Paris lui a refusé l'autorisation d'installer, devant la terrasse fermée située devant son établissement situé 9, place de la République dans le 3ème arrondissement de Paris, une terrasse ouverte d'une longueur de 11,80 mètres sur une largeur d'1,40 mètre ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la maire de Paris de l'autoriser à installer une terrasse ouverte d'une largeur de 1,40 mètre dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la terrasse demandée n'entrave pas la circulation des piétons, que les nuisances alléguées ne sont pas précisées par la ville, et que, par ailleurs, elle n'a fait l'objet d'aucune verbalisation pour nuisances sonores ;

- elle méconnaît le principe d'égalité devant les charges publiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Royal République ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance de l'autorité absolue de la chose jugée par le jugement du tribunal n° 2006839/4-2 du 14 mars 2022.

Un mémoire, présenté par la société Royal République, a été enregistré le 24 mai 2024 en réponse au moyen d'ordre public.

Par ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique ainsi que des contre-étalages et contreterrasses, des commerces accessoires aux terrasses et des dépôts de matériel ou objets divers devant les commerces et des terrasses estivales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,

- et les observations de Me Meilhac, représentant la société Royal République.

Une note en délibéré présentée par la société Royal République a été enregistrée le 28 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Royal République est propriétaire d'un fonds de commerce café, bar, brasserie, qu'elle exploite sous l'enseigne " Le Royal République " dans un local commercial situé 9 et 11, place de la République, dans le 3ème arrondissement de Paris. Jouissant d'une autorisation d'occupation du domaine public accordée le 19 octobre 2004 pour une terrasse fermée de 11,80 mètres de long sur 2,65 mètres de large, prolongée par une terrasse ouverte sur 0,60 mètre de large, elle a présenté, le 23 décembre 2019, une nouvelle demande d'autorisation d'occupation du domaine public en vue d'accroître la largeur de cette terrasse ouverte à 1,40 mètre. Par un arrêté du 4 mars 2020, la maire de Paris a refusé l'extension demandée. Par un jugement n° 2006839/4-2 du 14 mars 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé cette décision et enjoint à la ville de Paris de procéder au réexamen de la demande de la société Royal République. Par décision du 23 juin 2022, la maire de Paris a refusé l'extension demandée. La société Royal République demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article DG.1 de l'arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique précédemment visé : " Toute occupation du domaine public viaire par une installation - étalages et contre-étalages, contre-étalages sur stationnement, terrasses fermées, terrasses ouvertes, contre-terrasses, contre-terrasses sur stationnement, terrasses estivales et autres occupations du domaine public de voirie (commerces accessoires, tambours d'entrée, écrans, jardinières, planchers mobiles) au droit des établissements à caractère commercial ou artisanal - est soumise à autorisation préalable délivrée par la Maire de Paris, après dépôt d'une demande auprès de ses services et après consultation pour avis du Préfet de Police et du Maire d'arrondissement. / (). ". Aux termes de l'article DG.5 du même arrêté : " L'autorisation peut être refusée notamment pour des motifs liés () / • aux conditions locales de circulation (piétons, livraisons, accès aux bâtiments ; / • à la configuration des lieux (mobilier urbain, signalisations, émergences, réseaux et concessionnaires, installations voisines, ) ; / (). ". Aux termes de l'article DG.10 du même arrêté : " L'espace public parisien doit ménager dans les meilleures conditions possibles un espace de circulation réservé au cheminement des piétons, en particulier des personnes en situation de handicap. / (). ". Aux termes de l'article DG.11.2 " secteurs à dispositions particulières " du même arrêté : " Place de la République : / - lorsque le trottoir est planté d'arbres, la largeur des terrasses et étalages pourra excéder 50% de la largeur utile du trottoir telle que définie à l'article DG.10, à condition de ménager une zone minimum de 1,60 mètre réservée à la circulation des piétons, libre de toute installation entre la terrasse ou l'étalage et l'arbre. En l'absence de plantation, la règle des 50% s'applique telle que prévue dans l'article DG.10. Afin que ces installations s'intègrent harmonieusement dans ce site urbain rénové et ménagent des espaces de circulation lisibles pour les usagers de l'espace public, une harmonisation des occupations sur chaque portion de la place délimitée par deux avenues adjacentes sera recherchée, afin de maintenir un passage rectiligne et confortable pour les piétons. / - les contre-terrasses et contre-étalages sont interdits. / Ces dispositions s'appliquent aux installations des établissements dont l'adresse est localisée Place de la République. ".

3. Pour s'opposer à la délivrance de l'autorisation demandée, la maire de la ville de Paris relève, dans l'arrêté attaqué, que : " en additionnant les dimensions de la terrasse dont il est demandé l'autorisation avec celles déjà autorisées, cela aurait pour effet de créer une occupation excessive et disproportionnée de l'espace public, ne manquerait pas d'occasionner une gêne à la circulation des piétons, en l'espèce particulièrement importante et augmenterait les risques de troubles à la tranquillité publique ".

4. D'une part, par un jugement n° 2006839/4-2 du 14 mars 2022 passé en force de chose jugée, le tribunal administratif de Paris a annulé, à la demande de la société Royal République, une décision du 4 mars 2020 par laquelle la maire de Paris lui avait refusé l'autorisation d'installer, devant la terrasse fermée située devant son établissement, une terrasse ouverte d'une longueur de 11,80 mètres sur une largeur d'1,40 mètre. Ce jugement était motivé, d'une part, par le fait que la ville ne pouvait motiver son refus par le risque pour la sécurité des personnes ainsi que par les nuisances qu'impliquerait la terrasse demandée, dès lors qu'elle n'établissait pas l'existence des nuisances alléguées. D'autre part, ce jugement était motivé par le fait que la ville ne pouvait motiver son refus par la nécessité de préserver la circulation des piétons, alors qu'un espace d'1,60 mètre de large est ménagé entre la terrasse et les arbres plantés sur le trottoir, et qu'un espace de 4,15 mètres de large est ouvert à la circulation piétonne entre les arbres et la chaussée. Si la décision du 23 juin 2022 a été prise sous l'empire du nouvel arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique, cet arrêté n'a pas eu pour effet de modifier les règles applicables à la délivrance des autorisations de terrasse ouverte. Ainsi, les motifs cités étant le support nécessaire du dispositif du jugement d'annulation, la ville de Paris ne pouvait, sans méconnaître l'autorité absolue de chose jugée attachée au jugement du 24 mars 2022, opposer à nouveau à la société Royal République le risque de troubles à la tranquillité publique, et le risque de gêne à la circulation des piétons.

5. D'autre part, la ville de Paris fait valoir que la terrasse demandée créerait une occupation excessive et disproportionnée de l'espace public. Toutefois, elle n'établit pas la nature ni l'étendue de la disproportion alléguée, alors, au demeurant, que la société requérante fait valoir, sans être contestée en défense, qu'un élargissement de la terrasse ouverte déjà autorisée de 0,60 mètre à 1,40 mètre, permettrait de laisser libre, sur le trottoir qui a une largeur totale de 11,20 mètres, une zone continue de 1,60 mètre de large dévolue à la circulation piétonne entre la terrasse et les arbres plantés sur le trottoir, et respecterait les dispositions de l'article DG.11.2 cité ci-dessus applicables aux installations situées, comme en l'espèce, place de la République. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la maire de Paris a refusé à la société Royal République l'autorisation d'étendre sa terrasse ouverte déjà autorisée devant son établissement, situé 9, place de la République, dans le 3e arrondissement de Paris, doit être annulé.

7. Le présent jugement implique que la maire de Paris délivre l'autorisation demandée par la société requérante. Il y a donc lieu de lui enjoindre de délivrer l'autorisation d'installation demandée par la société Royal République dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Royal République et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 juin 2022 par lequel la maire de Paris a refusé à la société Royal République l'autorisation d'installer une terrasse ouverte d'une largeur d'1,40 mètre devant son établissement situé 9, place de la République, dans le 3e arrondissement de Paris, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de délivrer à la société Royal République l'autorisation d'installation demandée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait.

Article 3 : La ville de Paris versera à la société Royal République la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Royal République et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Berland, première conseillère.

M. Blusseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile de France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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